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PR SONGUÉ DIOUF REVIENT SUR LE MOBILE, LE BILAN ET DRESSE LES PERSPECTIVES

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La synthèse de philosophie, initiée par le Professeur Songue Diouf, est devenue une propriété des élèves. Elle occupe une place de choix dans le calendrier éducatif, surtout pour les élèves inscrits en classe de terminale. Après une quinzaine d’années d’exercice, l’initiateur revient à l’origine de ses ’’follies’’, tire un bilan et dégage des perspectives.

Synthèse de philosophie, une initiative annuelle que vous avez lancée, il y a de cela une quinzaine d’années. Qu’est-ce que qui vous avez poussé à prendre une telle initiative ?

« Cette initiative, elle participe un peu d’une passion. C’est l’histoire d’une passion personnelle que j’entretiens avec cette discipline qui s’appelle la philosophie. Il y a cette passion qui m’a poussée à la cultiver au long des années. C’est d’abord lié à mon métier d’enseignant de philosophie. Et également au fait que j’aille chercher et trouver les moyens, en dehors du cadre formel que nous offre l’école pour le partager avec le plus grand public.

C’est ça qui a prévalu à l’idée de Synthèse de philosophie. Elle a traversé tout mon parcours d’enseignant. Déjà, à ma sortie d’école d’enseignement supérieur et que je fusse affecté à mon premier poste, à Oussouye, en Casamance, et que je n’avais pas beaucoup de classes au début, ce qui faisait que j’avais beaucoup plus de temps, je me disais qu’il fallait faire quelque chose. Et au nom de cette folie, de cette passion, je me disais que j’allais organiser, ce que l’on a appelé, à l’époque, des cafés littéraires qui, d’ailleurs, n’ont pas tardé à accrocher.

Quand je suis revenu à Dakar, au lycée Seydina Limamou Laye, à Guédiawaye, je l’ai organisé dans des endroits différents : au foyer de l’école, par exemple. Bref, c’est comme ça que les choses se sont organisées. Jusqu’à un jour, autour de ces folies dont je suis coutumier, je suis allé à Sorano. Au début, les gens rouspétaient. C’était fou que l’on puisse organiser une synthèse de philosophie à Sorano. Bref, c’est cette folie et cette passion-là qui m’ont porté et qui me portent toujours, qui ont donné naissance à cette sensation d’organiser des synthèses de philosophie ».

Peut-on avoir une idée du modus operandi ? Comment est-elle organisée ?

« Aujourd’hui, la synthèse est organisée, parce qu’il y a un parrain. Depuis 5 ans, il y a l’ancien ministre de l’Économie et des Finances et ancien ministre des Affaires étrangères, M. Amadou Ba, qui nous accompagne. C’est lui qui nous appuie. Je précise que nous nous ne sommes pas allés vers lui. Mais c’est lui, à travers les médias, qui suivez ce que nous faisons, et qui nous a appelé pour nous dire qu’il allait prendre en charge tous les frais d’organisation liés à l’atelier.

C’est ainsi que la collaboration a commencé. Donc, de manière pratique, il y a un groupe d’étudiants, qui sont mes anciens élèves, qui constituent un noyau et travaillent à l’organisation matérielle de l’activité. On avait commencé au niveau de la salle de Sorano. Mais elle était devenue trop petite et ne pouvait plus nous contenir. C’est ainsi que nous avons expérimenté le Monument de la Renaissance. Depuis lors, nous y sommes ».

Quinze années après, si on devait s’arrêter pour faire un bilan d’étape, qu’est-ce que l’initiateur que vous êtes pourrait nous servir ?

« Objectivement, je peux dire que le bilan est satisfaisant. Aujourd’hui, des gens parlent de synthèse de mathématiques, de géographie… Ça me fait sourire, parce qu’il y a un moment, où, j’avais de farouches détracteurs, y compris dans ma propre discipline, qui disaient du n’importe quoi sur cette activité. Mais je suis heureux de constater que ça a fait école. Et chacun y va de sa synthèse. Alors que moi, je ne l’appelle plus synthèse.

Le désir de nommer est proprement humain. Il faut donner un nom à quelque chose. Cela participe des attributs que Dieu a donnés à l’Homme. Donc, on a vu que cette synthèse s’est multipliée dans toutes les disciplines. Alors, à l’heure du bilan, je ne peux qu’être satisfait. Mais je le dis encore, l’idéal, c’était que cette passion qui me portait soit partagée avec un plus large public. De faire en sorte que la philosophie puisse taper à nos salons. Qu’elle puisse vraiment se réconcilier avec ce qu’elle est. La philosophie est inséparable des affaires de la cité. C’est dans cette perspective-là que nous l’avons fait. Et pour dire franchement, je suis très heureux que l’initiative puisse faire tache d’huile aujourd’hui, malgré les cris ».

Quelles sont les perspectives qui s’offrent à cette initiative qui occupe aujourd’hui une place dans le calendrier éducatif ?

« Oui, il y a des perspectives. Je ne suis pas un homme à m’éterniser sur une chose. Je suis en train de réfléchir en me disant même, si ce n’est pas la dernière synthèse de philosophie. Je suis sur presque sûr que oui. Mais je suis un homme de challenge. Un homme qui aime les défis. Quand je fais une chose pendant un certain temps, je dis que Dieu nous a donné un esprit et nous a dotés d’une certaine créativité. Je suis de ceux qui sont persuadés que pendant toute une vie, nous n’utilisons même pas le ¼ des potentielles intellectuelles qui nous sont propres.

Cette aventure, elle a été très belle. Il y a des gens qui estiment que je ne peux pas l’abandonner. C’est parce qu’aussi, depuis quelque temps, je dis que c’est la dernière. Des élèves viennent chaque fois me dire : ‘’ne nous privez pas de la synthèse’’. Il faut dire que la chance est que les élèves se sont appropriés l’affaire. Dès le mois de mars, ils viennent me demander la date de l’activité. Mais je crois que j’ai envie de faire autre chose liée toujours à la philosophie. Tout ce que je ferai sera lié à la philosophie, en tant que discipline, en tant que discipline d’enseignement, mais en tant que moyen de vivre de façon éclairée. Donc, j’ai bien envie de dire que c’est peut-être la dernière grande synthèse de philosophie. Je vais en faire autre chose. Comment ? Je ne sais pas encore exactement. Mais il faut sortir inventer encore d’autres folies qui me permettront d’abord d’être en accord avec moi-même et accessoirement avec le public ».

Le fait que la philosophie n’est enseignée qu’en classe de terminale ne constitue-t-il pas en soi un handicap pour les élèves ?

C’est clair. Parce que le temps d’appropriation des fondamentaux de la philosophie est trop court. L’année scolaire démarre officiellement au mois d’octobre. Mais on sait que les cours démarrent au mois de novembre. Et au mois de mai, juin, on évalue pour ce qui est du premier diplôme universitaire. C’est difficile. J’ai toujours milité pour que l’on commence à enseigner la philosophie dès la classe de première. Et même en seconde en alléchant un peu le contenu.

Le fait qu’elle soit enseignée qu’en classe de terminale est un handicap, un obstacle à la performance des élèves au niveau de cette discipline. Et d’ailleurs, l’intérêt de la synthèse est que beaucoup d’élèves qui y participent viennent en classe de première. Ce sont eux même qui disent Monsieur, il faut y aller doucement, parce que nous venons en classe de première. Donc, ils ont déjà piqué le virus de cette matière. Cela veut dire que si on leur offre la possibilité de s’y exercer, ça serait bénéfique. Au lycée Limamou Laye, j’avais demandé, pendant 7 ans ou 8 ans, que l’on m’affecta des classes de première. C’était à l’époque du proviseur Souleymane Diop. Je faisais des cours d’initiation à la philosophie pour les élèves de série littéraire. D’ailleurs, j’ai eu aux concours général de philosophie, en 2010, trois prix ».

Propos recueillis par Babacar FALL

17 juillet 2022


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