PROCÈS DE HABRÉ : RETOUR SUR UNE AFFAIRE AUX MULTIPLES PÉRIPÉTIES

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DECES DE L’ANCIEN PRESIDENT TCHADIEN

Hissène Habré est mort. L’ancien président tchadien, condamné à perpétuité pour crimes contre l’humanité et tortures, a succombé des suites de covid-19 dans un centre hospitalier à Dakar. Retour sur l’épisode politico-judiciaire qui a mené l’ancien président en prison à Dakar.

Le régime de Hissein Habré a été accusé d’avoir brutalement réprimé tous ses opposants, arrêtés par la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), torturés, parfois exécutés. Après sa chute, l’ancien homme fort de Ndjamena s’était installé au Cameroun mais avec l’avancée des troupes rebelles d’Idriss Déby, il a pris la direction de la capitale sénégalaise. Où étant, il a obtenu l’asile politique. Mais le 21 mai 1992, une commission d’enquête sur « les crimes et détournements » commis par Habré estime à 40000 le nombre de personnes mortes en détention ou exécutées. Ladite commission affirme avoir nommément identifié 4 000 de ces victimes.

Plusieurs tchadiens et des ONG ont alors porté plainte contre Hissein Habré afin d’élucider cette affaire. C’est ainsi qu’une information judiciaire a été ouverte à Dakar contre Habré, le 27 janvier 2000, pour « crimes contre l’humanité et actes de torture ». Les choses semblent aller très vite puisque le 3 février de cette même année, Habré est inculpé pour « complicité d’actes de torture ». En novembre, une plainte avec constitution de partie civile est déposée par une vingtaine de victimes en Belgique, où a été adoptée une loi de « compétence universelle ».

Cinq ans plus tard, c’est-à-dire le 19 septembre 2005, la Belgique lance un mandat d’arrêt international contre l’ex-président tchadien pour « violations graves du droit humanitaire international » et une demande d’extradition. C’est sur ces entrefaites qu’il a été arrêté à Dakar le 15 novembre. 10 jours après son arrestation, la Cour d’appel de Dakar se déclare incompétente et Hissein Habré rentre chez lui à Ouakam.

CRÉATION DES CHAMBRES AFRICAINES EXTRAORDINAIRES

Malgré cela, un procès a été ouvert au Tchad. Et le 15 août 2008, Hissène Habré et onze chefs rebelles ont été condamnés à mort par contumace au Tchad pour « atteinte à la sécurité de l’État ». Par ailleurs, l’Union africaine avait mandaté le Sénégal pour juger Habré. Mais Abdoulaye Wade, le président de la République d’alors n’a jamais voulu organiser ledit procès. Mieux, il a tenté en vain d’obtenir son départ ou de se décharger du dossier sur l’UA. Avec la chute de Wade et l’élection du président Macky Sall en 2012, les choses ont pris une nouvelle tournure. Macky Sall assure que Habré sera jugé au Sénégal et exclut son extradition.

Quelques mois après ; la Cour internationale de justice (CIJ) met en demeure le Sénégal de le poursuivre ou de l’extrader. La communauté internationale était donc décidée de faire la lumière dans cette affaire. Le 22 août, le Sénégal et l’UA signent un accord, qui sera ratifié en décembre par le Parlement, portant création de quatre « chambres africaines extraordinaires » (CAE) : deux pour l’instruction et l’accusation, une cour d’assises et une cour d’appel.

CONDAMNATION À PERPÉTUITÉ

Le 30 juin 2013, Hissène Habré sera donc placé en garde à vue à Dakar. Deux jours plus tard, il est inculpé de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et tortures, avec cinq autres responsables de la répression sous son régime, par des juges des CAE, qui le placent en détention provisoire. Hissein Habré n’a jamais reconnu les Chambres africaines et a refusé même de ne pas comparaître devant les juges. Le 20 juillet 2015, Hissène Habré est amené de force à l’ouverture de son procès devant les CAE. Cette tâche sera confiée par les CAE à trois avocats commis d’office. Invité à faire ses réquisitions dans cette affaire, le maître des poursuites a requis la prison à vie contre Habré. Malgré les lourdes charges qui pèsent sur lui, l’ancien président n’a jamais tenu un mot devant les juges. Il refusait même de s’entretenir avec ses avocats qui, le 11 février 2016, ont plaidé l’acquittement.

En rendant sa décision le 30 mai 2016, l’ancien dictateur du Tchad Hissène Habré a été condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité et torture, notamment pour viols et esclavage sexuel, ainsi que pour crimes de guerre, par les Chambres africaines extraordinaires au sein des juridictions sénégalaises. Le 27 avril 2017, une Chambre d’appel a confirmé le verdict et a ordonné à Habré de payer près de 123 millions d’euros pour l’indemnisation des victimes.

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