PROJET DE LOI CRIMINALISANT LE VIOL : « NOUS AVONS DES RAISONS D’ÊTRE SATISFAITES »

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DIOR FALL SOW, 1ERE FEMME PROCUREURE

Après avoir rué dans les brancards, l’Association des juristes sénégalaises (AJS) rétropédale. Dior Fall Sow, la présidente d’honneur de l’AJS, salue l’examen du projet de loi portant criminalisation du viol et de la pédophilie, après-demain lundi, 30 décembre. L’ex-magistrate se dit rassurée après l’atelier qui a réuni hier vendredi, 27 décembre, le ministre de la Justice, les femmes parlementaires et les organisations de la société civile pour la défense des droits humains.

Interrogée par Emedia.sn, la première femme nommée procureure de la République au Sénégal dit : « Je pense que c’est une excellente chose pour nous association de défense des droits humains plus particulièrement des droits humains des femmes. Nous sommes vraiment satisfaites de la décision qui est intervenue, et criminalise effectivement le viol et la pédophilie. »

Pourquoi ce retournement de situation ? « Lorsque nous avons analysé le projet de loi qui a été transmis par décret de présentation au niveau de l’Assemblée nationale, par le président de la République, nous avons vu qu’en fait, le viol en lui-même n’était pas criminalisé. Ceux qu’ils avaient criminalisé, c’était le viol avec les circonstances aggravantes. Et que la pédophilie aussi, de la même façon, n’avait pas été criminalisée. Puisqu’il n’y avait que les mêmes peines d’emprisonnement qu’il y avait dans la loi actuelle de 1999 qui a modifié celle de 1965. Et que c’était des peines d’emprisonnement de 5 à 10 ans. Donc, ça ne rentrait pas dans la catégorie des peines prononcées dans le cadre des crimes. Alors, nous en étions offusquées, il faut le dire. Et nous avions fait nos observations. Il est heureux qu’après, nous avons été donc convoquées à des réunions avec le ministère de la Justice, la commission des lois, où nous avons donné et défendu notre point de vue. Hier (vendredi, 27 décembre), il y a un atelier organisé par le collectif des femmes parlementaires et par le ministre de la Justice. Et toutes les associations de la société civile ont été invitées. Je pense que là maintenant, nous avons des raisons d’être satisfaites. Puisqu’il a été précisé que maintenant, le viol était effectivement criminalisé (avec) une peine de réclusion de 10 ans à 20 ans. Et pour la pédophilie, c’est de 5 à 10 ans. Je pense qu’il n’y a pas de problème à ce niveau pour nous. »

Quid de l’application de la loi posant problème au Sénégal ? « Tout le monde soulève le même problème. Et c’est parce que c’est un constat qu’entre ce que la loi dit et ce qu’on applique au niveau des juridictions, ce n’est pas très souvent conforme. Nous le dénonçons à chaque fois, nous avons fait des études par exemple sur le viol, par rapport à la loi ce qu’elle demandait par rapport aux décisions au niveau de la justice. Malheureusement, on se rend compte qu’il y a pas mal de problèmes à ce niveau-là, quelque fois même des violations assez graves de la loi pénale. Mais, nous allons continuer ce travail de veille et d’alerte. Nous ne sommes pas, contrairement à ce que les gens disent, des va-t-en-guerre, nous sommes des défenseurs, la société civile, on défend les droits humains. Je pense que c’est notre devoir et notre rôle de faire ce que nous devons faire, de veiller, d’alerter et quelque fois même de faire pression pour que les droits humains soient respectés ».

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