PROJET DU TER : PAROLE AUX IMPACTÉS

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TRANSORTS

"Ils ont confisqué nos biens illégalement et ils nous ont laissé nager dans la pauvreté totale". C’est le cri du cœur lancé par le président des Personnes affectées par le projet (PAPs) du Train express régional (TER), Ibrahima Cissé. S’exprimant à l’occasion du lancement, ce vendredi, 27 août, du rapport ’’Se retrouver subitement sans toit, sans terre et sans travail", élaboré en partenariat avec Lumière synergie pour le développement (LSD), il décrit un "désastre" dont il peut, dit-il, témoigner, parce que lui-même impacté."

Le TER présenté comme une "fabrique de sans-abris"

Déjà, Aly Sagne, président de LSD, campant le débat, a parlé de "partager le quotidien des impactés plongés dans un désarroi profond par le TER, depuis quatre ans." D’ailleurs, dans le résumé exécutif du rapport, le projet est présenté comme "une fabrique de sans-abris", évoquant des "expropriations forcées" ayant engendrées des "réfugiés". "Même amplement indemnisées (ce qui n’est pas le cas), les PAPs ne seraient pas en mesure d’acquérir des terrains dans leurs localités d’origine pour la bonne et simple raison qu’il n’y a pas de terrains à vendre. Les sites d’accueil possible sont en dehors de leurs localités, souvent de leurs départements, et même de leur région". Ainsi, "la notion de réinstallation prend donc d’autres dimensions que celles envisagées par le PAR (Plan d’action de réinstallation)."

Aussi, "l’indemnisation mixte (pécule et terrains) se révélant impossible à réaliser, il ne restait aux PAPs que l’indemnisation financière. Malheureusement, les barèmes proposés se sont révélés très en dessous des prix réels du marché."

50 milliards F CFA réclamés en guise d’indemnisations et de réparations

C’est là que la voix de Cissé s’est élevée. "Le projet, dans les sauvegardes opérationnelles, recommandait que l’indemnisation soit juste et préalable et en même temps simultanée. Ce qui n’a pas été le cas. Cette faute seule devait même servir de prétexte pour l’annulation de ce processus dès le départ", a-t-il pesté, soulignant que "l’argent était disponible" mais "quand il s’agit de nous indemniser, ils nous paient en déféré. C’est-à-dire depuis quatre ans, ils ont confisqué nos biens illégalement et ils nous ont laissé nager dans la pauvreté totale."

Comment ? "Quand on parle des familles, il y avait plus de 2 500 maisons installées le long du tracé, de Dakar à Rufisque. Dans cette zone, un bidonville, vivaient des gens qu’on appelle des ’’goorgorlu’’, qui se sont débrouillés pour y construire des maisons de fortune." Alors que "les indemnisations devaient leur permettre de se procurer des maisons identiques dans la même zone, la plupart des pères de famille sont en location depuis 48 mois. C’est le prix d’une maison consommé avant même paiement de l’indemnisation." A l’en croire, "les commerçants ont été lésés au même titre que les concessions."

Cissé et Cie réclament "leurs indemnisations en plus de réparations", estimant le préjudice subi à 50 milliards F CFA.

"D’autres impactés ont été relogés au centre commercial Aly Diallo mais ils ont reçu une sommation de déguerpissement. Dans une semaine, s’il n’y a pas de réaction, ils seront déguerpis", a-t-il, par ailleurs, révélé. Au moment où, a-t-il fulminé, "c’était une situation transitoire parce qu’il y avait un centre qui devait être construit au niveau du camp militaire de Thiaroye. Ce centre devait être livré depuis avril 2018. Trois ans après, on se pose la question : où sont les fonds destinés à sa construction estimés à sept milliards F CFA ?"

En l’état, "plus de 2000 commerçants ont dû fermer boutiques et leurs fonds d’indemnisation toujours bloqués", dénonce-t-il, par ailleurs, accusant l’Agence pour la promotion des investissements et grands travaux (APIX), maîtresse d’ouvrage du TER. Et, avec la Covid-19 qui vient se greffer à leur situation, les impactés se demandent s’ils pourront entrevoir le bout du tunnel.

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