PROMOTION DU "XEESAL" DANS LES TÉLÉS : BABACAR DIAGNE BRANDIT LE BÂTON

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MÉDIAS

Après la mise en garde relative à l’interdiction de faire la promotion des produits de dépigmentation, le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) n’écarte pas de sortir le bâton. « On commencera par des sanctions pécuniaires si des gens s’obstinent ». La précision est faite par son président, Babacar Diagne, dans un entretien accordé au groupe Emedia.


Comment protéger nos chaînes après l’arrivée de la chaine "Sunu Yeuf" de Canal avec un contenu 100% local ?

« Par une bonne production. Vous savez le numérique, c’est ça l’enjeu fondamental. Aujourd’hui, avec une fréquence, on a 6, 8, 10, 12 chaînes. Aujourd’hui, c’est la qualité de la production qui fait la différence. Maintenant, est-ce que les chaînes peuvent à elles-seules arriver à un standard de productions qui peut concourir avec ces chaînes ? On peut se poser des questions. Je suggère que l’Etat aide. Je pense que le ministre de la Communication avec qui j’ai discuté à plusieurs reprises, est disposé à accompagner les chaînes. Je pense que, franchement, pour ce que je vois aujourd’hui, le nombre de chaînes étrangères, qui arrivent, et les chaînes qui vont arriver en plus, je viens juste d’un forum organisé par des chaînes étrangères, je pense qu’il faut qu’on se prépare et qu’on pense "qualité de la production" ».

Quel commentaire faites-vous des médias étrangers qui s’installent et diffusent en langues nationales dans un contexte de ressources naturelles avec le pétrole et le gaz ?

« Le commentaire que j’en fais, c’est qu’aujourd’hui, les gens iront chercher les ressources financières où elles se trouvent. C’est vrai qu’aujourd’hui, nous sommes bientôt, un nouveau Qatar, un nouveau Koweït, une petite Arabie saoudite. Nous allons à 150 000 barils/jour alors qu’aujourd’hui, on a à peine 10 000 ou 15 000 barils/jour. Cela veut dire que nous sommes un pays potentiellement riche. Donc, nous serons un pays intéressant pour tout le monde. Il faudrait qu’on pense à cela. En conséquence, il faudrait qu’on reste vigilant. Mais qu’on se dise qu’en matière d’audiovisuel, ce qui est important, c’est produire et bien produire par rapport à sa cible. Je pense que nous connaissons mieux la cible. Nous sommes, donc, mieux préparés pour produire pour ces populations-là ».

Après votre communiqué relatif à l’interdiction de la promotion des produits dépigmentant, est-ce que les éditeurs de radios et chaînes de télévision se sont exécutés ?

« Effectivement, nous avons fait la Une en interdisant la promotion du ’’Xessal’’ (dépigmentation). Je n’ai pas interdit le ’’Xessal’’ mais la promotion du ’’Xessal’’ dans les radios et télévisions. »

Est-ce que les chaînes se sont exécutés ?

« Je pense que oui. Je pense qu’il y a quelques résidus, et les gens qui sont chez nous, préposés au visionnage, ont signalé quelques résidus mais cela ne devrait pas tarder à arrêter définitivement. Les chaînes incriminées ne seront pas citées tout de suite parce que nous vérifions d’abord la responsabilité des uns et des autres avant d’aller plus loin. Pour le moment, ce sont des choses marginales qui se sont produites ce week-end. C’est ce matin que j’ai replié, j’étais au Mali dans le cadre d’un séminaire mais nous allons faire le bilan de ce qui s’est passé. Il est vrai que j’ai eu plusieurs messages de plusieurs confrères, patrons de chaînes, et producteurs de série, qui ont posé le problème de leurs contrats qu’ils ont déjà signé. Mais sur cela nous allons statuer, et nous prononcer bien entendu. »

Selon des chiffres, 67% des femmes se livrent à la dépigmentation, et il y a même des hommes. AIIDA demande qu’on interdise l’importation, et la commercialisation des produits dépigmentant. Est-ce que l’Etat ne gagnerait pas à aller plus loin, et ne pas se limiter à un simple communiqué du CNRA ?

« La question est très sérieuse. Très franchement, quand je vois des chaînes faire ce qu’elles ont fait ces derniers temps, je me dis ’’enough, c’est enough’’, (Assez, ça suffit !). Ce combat est très vieux. Est-ce que vous savez que ’’chants d’ombre’’ de Senghor date de 1945 ? ’’Femme nue, femme noire, vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté’’. Quand Senghor disait cela, personne ne croyait à la beauté noire, et Senghor qui dit ’’Et la beauté me foudroie en plein cœur comme l’éclair d’un aigle’’. Ce combat là a été mené pendant des dizaines et des dizaines d’années. Vous avez connu ’’Peau noire, masque blanc’’ de Frantz Fanon, qui date de 1952. (...) Pendant très longtemps, les gens ont dit qu’il faut avoir la peau claire, et les cheveux longs, sinon vous n’êtes pas belle. Tous ces gens qui ont mené ce combat-là sont encore là, certains sont vivants. Et encore, il y a des plus jeunes. Je connais Rokhaya Diallo, et Bilguiss Diallo, qui ont mené le mouvement ’’nappy’’. C’est un combat extrêmement important qu’on mène. Maintenant, la pharmacopée, c’est plus compliqué. Nous avions été saisis, c’est pourquoi d’ailleurs il y a eu un retard, par l’Ordre des médecins, qui a pris le combat en charge, qui nous a demandé notre soutien. Je pense que ce sera devant les Tribunaux. (...) Le ’’Xessal’’, la promotion qu’on en fait, c’est plus grave que tout. »

Quels sont les niveaux de sanctions qui sont à la disposition du CNRA ?

« (...) Il y a eu des sanctions pécuniaires parce que cela va de la sanction pécuniaire au retrait de la licence. Il y a eu une chaîne qui avait payé 8 millions F CFA. On peut commencer par cela, nous le ferons certainement pour cette affaire de ’’Xessal’’. Mais on sait le business model de nos chaînes de télévision, je pense qu’en discutant, et en parlant aux confrères, on évitera ces sanctions. Il ne faut pas qu’on soit maso. »

Donc, sous votre magistère, aucune chaîne ne sera fermée ?

« Je ne peux pas le dire comme vous-même le dites si les gens outrepassent terriblement tout ce qui est réglementation, on finira par fermer des chaînes. Mais en tout cas, ce n’est pas mon souhait. Mon souhait est de discuter, et de nous entendre. Mais enfin, il y a quand même beaucoup de bon sens. Nous l’avons vu pendant la Coupe d’Afrique. Votre Directeur Mamoudou Ibra Kane, quand je l’ai appelé, il m’a dit ’’grand-frère, je ne savais pas’’. Et tout de suite, il s’est mis en règle. D’autres chaînes ont résisté quelques peu avant de voir que la sanction allait tomber, et ont fini par respecter. Je ne vais pas privilégier la sanction, je vais appeler les gens, leur dire vers où ils vont s’ils ne font pas ce qu’on leur demande de faire, et très souvent, ils l’ont fait. Je pense qu’on peut continuer à faire cela. Maintenant quand on verra des gens s’obstiner, pour ceux-là, il faudra taper mais on le fera à contre cœur. »

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