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PROPOSITION DE LOI MIMI TOURÉ, CE QUE J’EN PENSE

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D’abord, il convient de préciser que je ne serai pas trop tenté d’aborder la problématique sous l’angle de sa conception, de la personne initiatrice de cette proposition de loi ou même de ses intentions implicites ou pas. Mais je serai plutôt, humblement, dans l’analyse de l’esprit de cette proposition de loi.

Il est important de souligner que le principe de bonne gouvernance concernant des cas d’incompatibilité liée à l’existence des liens familiaux a été réglé et intégré dans pas mal de domaines et de corporations, que ça soit dans les organismes internationaux, dans la fonction publique, dans l’administration, dans les entreprises privées ou même dans un niveau décentralisé de l’État à savoir les collectivités territoriales. Nous pouvons prendre pour exemple corroboratif le cas entre madame Mariama Sarr et monsieur Ndiaye Rahma. À l’origine, Mariama, maire, avait parmi ses adjoints Ndiaye Rahma. Mais une fois qu’ils se sont mariés, le principe interdisant l’existence de liens familiaux entre membres d’un même bureau municipal a été évoqué et l’un d’eux a été obligé de démissionner. Dans le cas d’espèce, Ndiaye Rahma.

Au demeurant, dans la vie politique qui demande une certaine élégance des acteurs, certains cas d’incompatibilité liée à l’existence de liens familiaux n’ont pas été traités et donc laissés à l’appréciation du gentleman agreement des acteurs politiques. Et puisque que l’on n’a pas assez de garantie sur les valeurs éthiques, morales et déontologiques de ceux qui sont au pouvoir ou qui seront au pouvoir pour ne pas que des fonctions stratégiques soient occupées par leur progéniture ou par des personnes liées à eux par des liens sanguins ou conjugaux, il faudrait tout simplement l’encadrer juridiquement.

Une loi trouve parfois les éléments de sa genèse à partir des expériences précédentes vécues par une nation (exemple : 3e mandat). De tout temps, les sénégalais ont toujours fustigé l’immixtion de la famille présidentielle dans la marche de l’État. C’est pourquoi, du fait des précédents constatés dans la confusion entre cour familiale et cour républicaine - de 2000 à nos jours - je suis parfaitement en accord avec l’esprit de cette proposition de loi.

Je pense que l’esprit de cette proposition de loi vise substantiellement la moralisation de la vie politique. C’est une loi de contraintes certes, mais aussi une loi de protection car ça protège non seulement les deniers publics, mais protège également la fonction présidentielle, les institutions de la République et même la famille présidentielle. Les hommes passent et les institutions demeurent, nous dit-on.

Ceci étant, puisque toute loi mérite consensus au préalable, il faudrait de larges et dépassionnées discussions, avec toutes les parties prenantes, pour que l’esprit de la proposition de loi soit le plus fidèlement traduit au niveau de son écriture, tout en tenant compte de son périmètre d’applicabilité et des risques de glissades et de dérapages. Il faudra prendre garde à ne pas trop élargir les mailles du périmètre.

Pour terminer, il est nécessaire de se questionner sur cette magie qu’ont certains à ne commencer à voir et prendre conscience des défauts et impairs qu’une fois hors des affaires ou en position de victime ; le fameux « mér Ngémbu ». Le tempo/contexte d’une dénonciation ou d’un combat peut porter préjudice sur l’utilité et la pertinence de ce dernier. On peut avoir un bon message tout en restant un mauvais messager, disait Youssoupha. Il faut savoir dénoncer à temps, librement, pendant qu’on est dans les affaires, en situation de responsabilité et d’autorité, car vérité et constatation de celle-ci ne sauraient être fonction du bord et du contexte politique surtout si elle est transcendantale et partagée par tous. Mais bon, mieux vaut tard que jamais, nous dit l’adage.

Mouhamadou DIENG

18 octobre 2022


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