PSYCHOSE…

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Éditorial - Par Mamadou NDIAYE

Ils incarnaient l‘Ecole de la confiance. En même temps, ils étaient le point d’équilibre. Puis le silence, comme s’il s’agissait d’un acte de communication ! Pr Seydi, les Dr Bousso, Khemess, Diouf et même le Ministre Diouf Sarr devenaient familiers aux Sénégalais par leur gestion concertée et concentrée de la pandémie du covid-19 et de ses avatars. Sans jamais se lasser, ils ont fait le job. Avec devoir et application, ils sont devenus les symboles de la quiétude, les visages qui rassurent et leur travail d’équipe a projeté sur l’opinion un esprit de collégialité face à un mal pernicieux : le coronavirus.

Ils étaient les seuls à avoir droit à la parole. Ils forçaient l’écoute tant leurs démarches se fondaient sur la science, donc le savoir. En un mot leur exposition médiatique sonnait le glas de la spéculation, sport favori des Sénégalais en toutes saisons. Pourtant, ils étaient sourdement critiqués à travers les gestes barrières, le confinement, le fameux « restez chez vous » et l’instauration ici et là du couvre-feu ! La malveillance, peinant à s’exprimer, guettait la moindre faille pour s’y engouffrer. Le pays se lassait alors que l’économie plongeait dans la récession. La conjoncture devenait maussade avec un effondrement généralisé des revenus et du pouvoir d’achat.

Les restrictions suscitaient une avalanche de commentaires qui ont poussé les pouvoirs publics à alléger les mesures. Résultat : les Sénégalais retrouvent la liberté qu’ils ont célébrée à leur manière. Sans le faste, bien entendu. Ils reviennent de loin. Mais ils se laissent aller au relâchement. Ils considèrent ainsi le reflux annoncé comme un recul qui devrait les dispenser de toutes précautions. Erreur monumentale. En reprenant goût au contact, ils négligent paresseusement les gestes qui sauvent. Une psychose gagne les foules…

Les brassages reprennent de plus belle : cérémonies, rassemblements, meetings, tournées, prières et autres festivités se succèdent à un rythme inquiétant. Faut-il dès lors s’étonner du rebond de la pandémie ? La seconde vague a sévi. La troisième, tant redoutée, se fraye un chemin à une cadence flippante. Un malheur ne venant jamais seul, il se dit partout que le variant delta du covid-19 s’est largement répandu au Sénégal. Pire, il se propage. A cette angoisse s’ajoute désormais la pénurie de vaccins, comme semble en attester la ruée actuelle vers les officines, les centres de santé, les hôpitaux pour espérer s’immuniser contre l’infection.

Une réalité s’impose : la situation complexe qui se précise de jour en jour exige une réponse rapide, circonstanciée et massive. Laisser planer le doute c’est prendre le risque d’une panique incontrôlable aux conséquences incalculables. Vers quels laboratoires se tourner ? En Chine ? En Inde ? En Russie ? En Europe ? Aux Etats-Unis ? Le mal étant endémique et d’intensité mondiale tous les pays développent un réflexe de survie avant de songer à aider les moins nantis. Submergés de pression, ces derniers sont sur liste d’attente.

Dans ce contexte de peur grandissante, il revient au Président de la République de fixer le cap politique et sa mise en œuvre au Sénégal tout au moins. Oui, ne l’oublions pas, il n’y a plus de Premier ministre dans l’actuel attelage gouvernemental si bien que le chef de l’Etat est à la fois l’inspirateur et le patron de l’exécutif. Le voilà servi. Mais en même temps il est mis à l’épreuve avec cette récurrente pandémie qui n’en finit pas de se muer.

Un moindre signe d’affaiblissement stratégique est susceptible de réveiller de façon inespérée les forces hostiles. Celles-ci prendraient prétexte du contexte pour déplacer l’équation sur le terrain politique et en découdre avec un régime dont elles veulent contrecarrer les initiatives et les projets. C’est de bonne guerre. Mais le jeu politique ne doit pas occulter l’enjeu du moment : sauver la population en acquérant suffisamment de vaccins. Le plus vite serait le mieux pour ne guère laisser la rumeur prospérer ou se répandre.

La parole de l’Etat est attendue de même que l’attitude de l’opposition est scrutée. Pour en dire plus, le Président de la République choisit des tribunes circonstanciées. Sa récente sortie, par visio-conférence, aux rencontres économiques d’Aix-en-Provence a donné écho à sa lecture des défis qui assaillent l’Afrique. N’a-t-il pas, au sujet du service de la dette, plaidé à cette occasion pour des « maturités plus longues et des taux d’intérêts plus bas » ?

En se prononçant sur la gouvernance mondiale, il n’a pas manqué de pointer du doigt la taxation des grandes multinationales en indiquant que l’impôt doit être payé « là ou la richesses est produite ». Auquel cas, poursuit-il, l’Afrique n’aurait pas besoin d’aide dans la relance économique post-Covid-19. Sans doute faisait-il allusion à la « solidarité fiscale » sur la base d’une taxation minimale de 15 % des multinationales préconisée conjointement par le G7 et l’Ocde, l’Organisation de coopération et de développement économique.

Macky Sall revêt-il déjà les habits neufs du Président en exercice de l’Union Africaine (UA) ? Une ère nouvelle s’amorce. Plus aucun continent ne détient le monopole de l’explication du monde. Ce relativisme politique caractérise de plus en plus les rapports entre nations toujours mues par leurs intérêts respectifs mais également attentives aux intérêts bien compris des autres. En clair, le marché n’est plus unipolaire, notamment celui des capitaux ainsi que les quotités au sein du tour de table du FMI.

Il touche du doigt une aberration consubstantielle à la création du Fonds. Les quotes-parts inégales entretiennent l’inégalité entre les nations au point de maintenir certains pays de l’hémisphère sud à la lisière du progrès, de l’émancipation, de l’expansion, en un mot de la prospérité qui est pourtant la finalité propre de cette institution obsolescente de Bretton Woods. Elle n’a pas vu venir le Japon. Elle ne prévoyait pas le surgissement de la Chine, du Brésil, de la Turquie, de l’Argentine, de la Corée. Elle assiste impuissante à l’essor des marchés des capitaux qui ringardisent son mode opératoire et pulvérisent ses modalités de décaissement.

Ombre de lui-même, le FMI survit grâce à son prestige dans le passé. Son influence fléchit. Et il ne suit plus le rythme des innovations, se contentant simplement de marcher pour suivre le mouvement qu’il a cessé d’impulser faute de leadership renouvelé. Faut-il s’en plaindre ? Pas vraiment. Faut-il s’en détourner alors ? Certainement pas.

Mais le temps est venu de faire respirer le portefeuille du Fonds pour retrouver son rôle d’incubateur et non de gendarme financier d’un monde désormais multipolaire. Pendant longtemps, il a « gardé au chaud » les quotes-parts des pays industrialisés sans pour autant les injecter par nécessité dans les économies naissantes. La raison de ce gel n’a jamais été clairement explicitée. Toutefois les langues se délient.

Un mythe s’effondre. Et avec lui l’ancien monde. Il était une fois…le FMI !

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