Pseudo Inauguration d’un TER inachevé - (Par Fary NDAO)

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CONTRIBUTION

Aucun des intellectuels, cadres, universitaires qui soutiennent le Président Macky Sall n’accepterait de réceptionner un travail inachevé pour le compte de son entreprise, du service qu’il dirige ou sur son chantier personnel. Et pourtant quand il s’agit de pseudo-inaugurations, comme de ce TER inachevé, par le Président Macky Sall, ils vont jusqu’à revendiquer publiquement une réussite éclatante. Mais "lutax Sénégalais bu far di fanatique" ? Qu’est-ce qui, dans nos schémas sociaux, fait que l’on accepte pour nos chefs ou pour le bien commun, ce que nous n’accepterions jamais pour nous-mêmes ?

En quoi ce comportement est-il différent des wadistes qui louaient le leadership visionnaire du Président Wade quand il avait attéri sur une piste poussiéreuse à l’aéroport de Diass en février 2012, juste avant le 1er tour de la présidentielle, affirmant qu’il ne restait plus que des "finitions". Ce n’est que 5 ans et demi après que cet aéroport a accueilli ses premiers vols et passagers.

Un train, c’est un projet industriel. Ou tout marche en même temps ou rien n’est prêt. Les rails, les gares, la signalisation, l’alimentation électrique, la sécurité, tout doit être opérationnel en même temps. C’est de la mécanique de haute précision, des lignes haute tension etc.

Ce qui s’est passé ce 14 janvier 2019, c’est que le Président de la République a commandé aux prestataires (Alstom, Engie, Thales, Eiffage etc.) un quasi-nouveau projet, différent du projet TER prévu et qui n’est pas encore prêt. Tout ce qui a été fait aujourd’hui et qui nous a coûté des dizaines de millions d’euros, est un "one shot". C’est un événement unique, où l’on a accéléré la finition de ce qui pouvait être fini, et créé les conditions d’un trajet unique. Hors ce travail est titanesque et a été facturé au contribuable, les ingénieurs et prestataires n’ont pas dormi ces dernières semaines car ont du modifier leurs plans initiaux, créé les conditions de viabilité d’un tel trajet, car leur réputation aussi était en jeu. Ce mini projet (trajet du 14 janvier 2019) rajouté au grand projet (TER Diamniadio - Dakar) nous aura coûté plusieurs dizaines de millions d’euros. C’est sidérant.

Ce train, ses gares, son alimentation électrique, sa sécurisation totale, ses passerelles ne seront pas pleinement opérationnels avant un an au moins. Juste pour des raisons électoralistes, pendant que le pays connait des difficultés budgétaires, plusieurs dizaines de millions d’euros ont été dépensés juste pour que le Président de la République puisse dire en direct à la télé "Voici un projet structurant sur le chemin de l’émergence". Plusieurs dizaines de millions d’euros. C’est absolument révoltant quand on sait que le bloc opératoire d’un de nos plus grands hôpitaux publics a été fermé car le toit, endommagé, laisser couler de l’eau dans la salle d’opération. C’est révoltant. Notre mauvaise foi collective, culturellement ancrée, me révulse.

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