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QUAND LES FILLES BRISENT LE PLAFOND DE VERRE

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Longtemps considéré comme un milieu machiste, le secteur des Bâtiments et Travaux Publics (BTP) attire de plus en plus les filles. A l’école supérieure de bâtiment, plus d’une centaine sont inscrites dans la filière génie civil. Le choix n’est pas du tout facile. Elles sont souvent confrontées aux stéréotypes.

Les BTP sont réputés masculin et requièrent quelques aptitudes physiques. Mais en vérité, le métier a beaucoup évolué au fil des années. « Le génie civil est un ensemble de métiers. Et aujourd’hui, il y a des activités qui sont moins contraignantes physiquement, mais qui sont tout à fait accessibles à la gent féminine. Dans notre établissement, il y a environ 130 filles inscrites dans la filière génie civil, soit le tiers de l’effectif », déclare M. Daniel Diarra, directeur administratif de l’école supérieur de bâtiment.

Aminata Chié Diarra, étudiante en génie civil, adore le métier de Bâtiment. Originaire du Mali, elle a rejoint Dakar dès l’obtention du baccalauréat, pour mettre en pratique cette passion qui l’anime depuis toujours. « Dès l’enfance, quand on construisait chez moi, je m’approchais des maçons pour contempler leur travail. C’est vrai que le génie civil est un milieu occupé par les hommes, mais cela ne doit pas empêcher les filles d’y accéder. Quand on veut, on peut. L’Afrique a besoin de filles ingénieurs », confie-t-elle, d’une voix suave.
Son amie, Thérèse Ndiaye, étudiante en 4eme année génie civil, est issue d’une famille d’ingénieurs. Auparavant, elle a suivi une formation en architecture. Un métier qu’elle considère comme de l’art et de l’imagination. Elle a toujours été curieuse de savoir comment un immeuble pousse sous terre. « Dans ma famille, il y a des militaires, des médecins etc. Moi j’ai préféré le génie civil, car le Sénégal en a besoin, surtout des filles. On est très en retard dans ce domaine », laisse-t-elle entendre.

Affronter les stéréotypes

La dureté et la pénibilité supposées des travaux effectués sur les chantiers, laisse à penser que la force physique est un prérequis obligatoire pour exercer ce métier. Ces idées reçues sont loin de dissuader Rokhayatou Daba Diouf, étudiante en première année, option génie civil. « Je n’aime pas me calfeutrer dans le bureau. Je veux descendre sur le terrain. Il n’y a aucune raison pour qu’une fille ne réussisse pas dans le BTP. Il suffit juste de le vouloir et d’être performant », clame la future ingénieure.

Selon M. Daniel Diarra, directeur administratif de l’école supérieur de bâtiment, de plus en plus, les filles qui évoluent dans secteur sont bien formées et trouvent facilement de l’emploi dans les bureaux d’études, dans les cabinets d’architecte ou dans les entreprises de BTP.

Le bâtiment est un secteur purement pratique. Les filles vont devoir descendre sur le terrain, pour se confronter aux réalités. Elles doivent également affronter les stéréotypes, qui considèrent que le métier de BTP est fait pour les hommes. « Sur le terrain, je suis un peu angoissée, car les hommes sont très réticents en nous voyant à leurs côtés. Parfois, ils se sentent frustrés, quand on essaye de corriger une erreur sur leur travail », confie Aminata Chié Diarra. Ce qui est loin de les démotiver. Pour ce faire, elles usent de la diplomatie. Souvent elles arrivent à s’entendre avec ces vétérans, qui ne sont pas toujours ravis de recevoir des ordres émanant d’une petite fille, qui peut avoir l’âge de sa benjamine. « Sur le terrain, je ne me considère pas comme ingénieure. Je sais qu’ils ont de l’expérience, donc j’y vais pour apprendre. Il faut accepter de les écouter », ajoute Thérèse Ndiaye. Pour Rokhayatou Daba Diouf, les hommes doivent les accepter sur le terrain. « On n’y va pas dans l’optique de les guider. On y va en tant que fille, mais aussi en tant que future ingénieure ».

Fodé Bakary CAMARA

12 décembre 2021


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