RACISME ET DISCRIMINATION : LETTRE À MES NIÈCES/NEVEUX DE FRANCOVILLE, POITIERS ET NICE

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CONTRIBUTION

Je vous dérange ce jour pour vous parler du racisme et de discrimination.

Malheureusement votre « bappa » et « kaw » (oncle) n’a pas le talent de feu James Baldwin (qui a écrit une lettre à son neveu sur la condition de l’homme noir aux Etats-Unis). Il n’aura pas la prétention d’écrire comme Tahar Ben Jelloun et surtout ce style adopté par l’écrivain marocain quand il s’est adressé à sa fille, Meriem, sur l’absurdité du racisme. Encore moins la plume acerbe de l’Américaine Maya Angelou dans son fameux testament dédié aux jeunes générations afro-américaines.
Je vous dérange, sans avoir le talent de l’excellent Ta-Nehisi Coates, qui, dans sa « Lettre à mon fils », s’est indigné de constater que la condition noire demeure toujours un enfer aux Etats-Unis. Evidemment, je ne gâcherai pas votre journée pour vous parler seulement de l’Amérique de Trump, même si dans ce pays, l’histoire des noirs, ce n’est pas du tout une belle histoire.

En fait, je vous dérange pour dénoncer le racisme et son déni en France. Un racisme subtil qui va de la représentation dans les médias, en politique, aux discriminations en Seine Saint-Denis, sans oublier les violences policières et les contrôles au faciès (chut, je le dis à voix basse !).
Je vous dérange pour que mon silence ne soit pas complice de la montée du racisme dans nos sociétés, ici et ailleurs...Le plus inquiétant serait de se taire pour acheter la paix (nom de l’assimilation), d’esquisser un simple sourire pour calmer les ardeurs de mes voisins d’un petit village jouxtant les Alpes suisses ou collègues de bureau, au point de développer en moi une forme d’autodéfense intérieure...

Adja, Bintou, Aïssatou, Ibrahima, Maya et Aïcha Rassoul, je vous dérange pour vous rappeler que le racisme prospère dans le silence — alors donnons de la voix. Le racisme est un problème qui appartient à tous. C’est mon combat, votre combat, notre combat.
Je vous dérange pour que vous compreniez la colère légitime et le mouvement d’exaspération, devant la persistance du racisme et son caractère meurtrier qui nous a ravi George Floyd, Adama Traoré et tant d’autres victimes de bavures policières.
J’en profite pour vous dire d’ailleurs que l’aspect foncé de ma peau, de notre peau, est dû à un pigment appelé la mélanine. Ce pigment existe chez tous les êtres humains. Il est cependant fabriqué par l’organisme en plus grande quantité chez les Africains que chez les Européens ou les Asiatiques. Alors je vous dérange pour vous inciter à être ferme et à répondre avec dignité à toute personne qui vous méprise en raison de la différence de votre couleur de peau.

Et pour rester dans l’humanisme, je vous parle du geste héroïque d’un militant noir du mouvement « Black Lives Matter » qui a sauvé la vie d’un sympathisant zélé d’extrême droite, lors d’une manifestation contre le racisme à Londres. Ce samedi 13 juin, Patrick Hutchinson n’a pas hésité à transporter sur son épaule ce manifestant blessé, pour l’extraire d’une foule menaçante. J’imagine qu’à cet instant-là, M. Hutchinson a pensé à ces policiers de Minneapolis qui ont regardé leur collègue Derek Chauvin assassiner George Floyd sans lever le moindre doigt.

Bouchez-vous les oreilles…

Je vous dérange pour vous parler de cette info qui vous a échappé sûrement. J’avoue avoir été effaré en réécoutant ce podcast d’Arte Radio au sujet de conversations WhatsApp de policiers de Rouen. « Bougnoules », « nègres », « fils de pute de juifs » sont notamment utilisés au sein de cette « ligue » de conversation privée.
Bien inspiré, le journaliste Daniel Schneidermann a eu le mot juste pour peindre le paradoxe de ce pays du racisme sans racistes. Hé oui ! Avec le déni, je sais que c’est flippant et difficile de se rassurer quand vous entendez, en toute impunité, ces agents toujours en fonction tenir des propos racistes, misogynes, antisémites. D’autant que les auteurs de ces messages se gargarisent d’être des « nationalistes racialistes ». « On est fichés F comme fachosphère », aurait plaisanté l’un d’eux.

Khadija, Fatima Binta, Abdallah et Akewa, je vous dérange pour vous rappeler que ces propos ne datent pas de la France de Sarkozy. Mais bien dans cette République en marche, cette sorte de nouvel « en même temps ». Cette rupture en marchant, Jupiter l’a déroulé lors de son discours du dimanche 7 juin 2020. Morceaux choisis : « La République n’effacera aucune trace, aucun nom de son histoire », « la police mérite notre soutien »...
En gros, ne vous attendez pas à voir cette France-là déboulonner les statues d’esclavagistes et de figures sombres de son « histoire » coloniale. Alors, quand vous serez de passage à Paris, vous pourrez faire un tour à l’avenue Bugeaud, oui ce général français responsable du massacre de nombreux Algériens au XIXe siècle… Alors tant mieux pour notre « sœur » Sibeth et tant pis pour ceux qui ont cru à la rupture et cette nouvelle ère du macronisme...

Mais je vous dérange, une nouvelle fois, pour vous rappeler qu’on peut se réclamer de #BlackLivesMatter sans avoir le sentiment d’être un « séparatiste » qui instrumentalise la cause antiraciste et crache (sa) haine antiflics. Et fustiger la « barbarie de la colonisation » ou de la traite négrière, ce n’est pas une réécriture fausse du passé français, la France de Louis Léon César Faidherbe.
Maitriser cette partie de l’histoire de l’Afrique facilitera la communication avec vos potes de Nice, de Franconville et de Poitiers et surtout leur rappeler que le mouvement #BlackLivesMatter concerne tout le monde. Ce n’est pas Noirs contre Blancs, c’est l’humanité contre les racistes.

En fait, je vous dérange pour vous conseiller de boucher vos oreilles, pour vous se passer de ces voix lisses et trompeuses quand vos parents ont « le malheur » de se caler sur certaines chaînes d’infos en continu. Je préfère que vous perdiez du temps à faire les stars sur « TikTok » que de suivre des grandes gueules dérouler leur haine et des propos outranciers que certains considèrent comme une machine à clash. A mon humble avis, je vous conseille d’éviter ces Fox news à la française, car « Les feux de la haine » ont pris le pas sur le film « les Feux de l’amour ».
Je vous dérange pour vous supplier de mettre vos écouteurs, surtout le dimanche. Le jour du Seigneur est généralement celui du rendez-vous politique, donc du déferlement de haine de l’extrême droite ou de cette droite dite « décomplexée ».

Le déni face au racisme

En fait, je vous dérange pour vous implorer une nouvelle fois de boucher vos oreilles pour ne pas entendre les conneries de l’un des députés cette droite dite « décomplexée » évoquer par exemple qu’une femme voilée est une terroriste en puissance.
Dans cette logorrhée effrayante, j’ai même entendu un parlementaire sur BFMTV estimer que : « Dire que la police est raciste est une contre-vérité ». Ce sont les fondements du déni français. Et cela se manifeste par ce côté ignoble et grotesque, qui consiste parfois à dire les pires horreurs avec un « accent » chantant et une sérénité aussi lisse que son crâne chauve.
Certains voudraient même « invisibiliser » les violences policières jusqu’à interdire de les filmer. Alors que des milliers de personnes ont manifesté ces derniers jours contre les violences policières et pour rendre justice à Adama Traoré, avec cette proposition de loi, vous risquez la case-prison en filmant les « bavures » des flics français. Vous croyez rêver !

Hélas, c’est parfois ça la France du déni du racisme et de l’islamophobie, oubliant au passage que ce sont justement ces vidéos qui ont parfois forcé les différents gouvernements à réagir. Sinon, c’est la politique de l’autruche ou de la dénégation systématique. Comme lorsque des policiers malicieux, rire sous cape et dire « un bicot comme ça, ça ne nage pas, ça coule » à propos de Samir, cet Egyptien « sans papier » qui venait de se jeter dans la Seine à Saint-Denis pour leur échapper.
Mais dans cette quête de guérison, je vous dérange vraiment en vous parlant de deux énergumènes. Il s’agit d’abord d’un ancien ministre de Mitterrand et candidat sans illusion à la Présidentielle togolaise qui a blanchi au magazine « Le Point » sa France, la France de Zemmour.

Ce week-end des faux culs s’est poursuivi avec un journaliste ivoirien dans un quotidien du soir. Cet ex-chantre de l’ivoirité y regrette « l’indignation sélective de l’Afrique ». Comme quoi, dans ce mouvement salutaire #BlackLivesMatter, il y a toujours « des nègres de service » pour disculper l’Occident, en soulevant d’autres sujets de diversion.
Personne ne nie l’esclavage dans les sociétés arabes. Personne ne minimise la discrimination dont sont victimes les Africains subsahariens au Maghreb. Mais c’est être malhonnête aussi de rentrer dans ce jeu des comparaisons et rester silencieux sur la traite négrière transatlantique, un des démembrements du capitalisme occidental.

La stratégie de la diversion

Oui ces « nègres de service » sont mêmes plus pernicieux que leur Original. Un ami, universitaire genevois, me faisait remarquer son simplisme. « En tant qu’Ivoirien contemporain il aurait dû voir le lien immédiat qu’il y a entre ce passé esclavagiste et colonial des pays occidentaux, de la France en l’occurrence et la vie politique présente de la Côte d’Ivoire », a-t-il insisté.
Je vous dérange, pour vous entretenir sur ces nouveaux « Oncle Tom » qui ont le don de nous divertir, de nous éloigner des véritables enjeux. Leur seul mérite est de porter secours au « Maître ».

Ce n’est pas étonnant de voir ces deux petits messieurs occuper une large place dans ces grands médias parisiens. Hormis Mediapart (et à un degré moindre, Libé), la presse française a brillé par son déni du racisme (problème états-unien) et la complicité de ses « frères » ne fera que discréditer la lutte que mènent ces citoyens de la planète et tous ces jeunes français qui aspirent juste, à être traités comme des Français : Justice, Égalité, Fraternité ! Oups pardon, j’ai oublié qu’on vous enseigne à l’école que c’est plutôt, Liberté, Égalité, Fraternité, cette devise héritée du siècle des Lumières…
Reste qu’il est difficile de mener un tel combat quand des « assimilés » minimisent cette lutte contre la discrimination au lieu de la soutenir. Ce n’est pas donc étonnant de voir fleurir au pays de Marianne, le concept de racisme antiblanc. Une fois, la presse parisienne s’était même fait l’écho de la mésaventure du fils d’un commentateur d’une chaîne cryptée.

Celui-là qu’un chroniqueur de France Inter avait traité de Rosa Parks « du peuple blanc », est arrivé même à nous expliquer que son fils avait été victime de ce projet raciste avec des « gangsters » noirs déguisés en footballeurs qui l’avaient délibérément exclus », pas parce qu’il était... piètre footeux mais surtout blanc ! Or M. fils n’aurait même pas sa place dans l’équipe B d’une modeste formation de « navétanes »… Mais il fallait bien que ça arrive. Finalement que restait à piller chez les noirs, certains diront chez les Africains ? La position victimaire !

A ce rythme, il faut s’attendre, dans un avenir proche, que dans les cours de sensibilisation sur la Traite négrière et l’horreur du racisme, qu’on conseille à l’activiste bordelais Karfa Diallo, de faire visiter aux élèves de la banlieue parisienne, l’île de Gorée... et les vestiaires du club du fils de ce journaliste ! Vous avez devant vous le casier de l’oncle Tom !
Alors chers neveux et nièces, n’oubliez pas de remercier cet ex-chantre de l’ivoirité et cet ancien Ministre français de la ville. Mais je doute que vous ayez saisi l’ironie de mes mots sur ces deux « petits mecs »…
Et n’oubliez pas de transmettre cette missive à Selly, votre nouvelle cousine avignonnaise de Paname, qui vient de rejoindre la longue lignée diverse de Lélouma-Telliwel. Désolé de gâcher vos moments de farniente et mes salutations à vos parents. Et j’espère que le déconfinement vous autorise à reprendre le chemin de l’école. Journée paisible ! Dieu nous garde !

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