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REFUGE DU GRAND BANDITISME

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La forêt classée de Mbao est l’un des endroits les plus dangereux de la banlieue dakaroise. Les auteurs du sabotage et du vol de câbles du Train express régional seraient venus de ce repaire de malfrats dans certains de ses compartiments. Bés bi s’y rend à bord d’un taxi.

Quand vous arrêtez un taxi pour lui dire que vous allez à la forêt de Mbao, la première réponse du chauffeur ne sera pas le tarif. Mais la suspicion. Il vous regardera plusieurs fois avant de vous répondre. Parce que c’est une destination peu prisée pour sa réputation de zone dangereuse. Un repaire de grands bandits. Il est 11h dans la banlieue dakaroise, Momar, 35 ans, chauffeur de profession, a démarré sa journée depuis 6h du matin mais les clients ne sont pas au rendez-vous en cette journée de mardi où le soleil est au zénith, avec une chaleur suffocante.

Pour une course à la forêt de Mbao, demandée par votre serviteur, le chauffeur qui semble surpris, n’a pas tardé à nous répondre : « Connaissez-vous les lieux ? » Une question-réponse. Mais il prend le risque quand même. Le monsieur accepte 2 500 FCFA mais nous prévient en cours de route que le milieu est très dangereux. « J’avoue que je n’ai pas l’habitude de transporter des clients dans cette zone à cause de l’insécurité qui y règne. Plusieurs de mes amis taximen ont été victimes d’agressions dans cette zone. C’est très dangereux de passer dans cette forêt à cause de grands voyous qui y sèment la terreur et parfois même peuvent vous tuer », insiste-t-il.

Des ouvriers dans la forêt travaillent la peur au ventre
A l’intérieur de la forêt classée de Mbao, Senchim y a installé ses locaux depuis un certain temps. Cette entreprise chinoise qui travaille dans le domaine des canalisations, emploie plusieurs jeunes sénégalais qui sont obligés, tous les jours, de côtoyer des malfrats. Bien évidemment, la peur au ventre. « Nous ne pouvons pas vous expliquer les risques auxquels nous sommes confrontés tous les jours en venant au travail ou en sortant d’ici. Dans cette forêt classée de Mbao, on y voit tout. Nous sommes obligés de sortir pour chercher à manger mais personne ne s’aventure à y aller seul. Il nous faut à chaque fois être au nombre de 7 personnes. Un de mes amis a commis l’erreur, un jour, de sortir de cette forêt vers 18h mais il a failli être tué par un groupe de bandits. Il a reçu trois coups de couteaux et en souffre encore », renseigne ce ressortissant de Matam qui travaille dans cette forêt depuis maintenant un an.

Pour Abdourahmane Baldé qui travaille lui aussi avec la société chinoise au sein de la forêt classée de Mbao, cette insécurité est inexplicable. « Il y a des gens qui y ont installé leur campement. Ce sont de grands voyous. Ils n’en sortent qu’après 18h pour agresser les gens aux abords de la forêt. Après leur forfait, ils y retournent. Ce sont des gens lourdement armés qui n’hésitent pas à arrêter des voitures pour dépouiller les passagers. Franchement je n’ai jamais vu ça de ma vie », affirme ce jeune ouvrier, originaire de la région de Kolda. Il nous informe d’ailleurs que la plupart des ouvriers de la société ont arrêté le boulot à cause de cette insécurité grandissante à l’intérieur de la forêt de Mbao.

Des malfaiteurs organisent des « rituels mystiques » dans la forêt
Plusieurs témoins affirment que des gens ont failli être sacrifiés dans cette forêt classée, située dans la commune de Mbao et non loin de la ville de Keur Massar. C’est dire que ces agressions dépassent même l’entendement. Dans un entretien accordé à un site d’information en ligne, Bakary, un jeune sénégalais raconte sa mésaventure après avoir frôlé la mort. En effet, un marabout installé dans cette forêt a tenté de le faire tuer. Il estime avoir vu un sac contenant des organes humains et c’est ainsi qu’il a fini par fuir pour échapper à la mort.

Une histoire similaire nous a été racontée par un jeune qui gère un garage mécanique à Djeddah Thiaroye Kao. Cheikh Marème confirme les propos de Bakary. En 2016, un jeune a voulu le conduire à son marabout dans la forêt de Mbao pour les mêmes raisons. « Mais franchement si je suis en vie aujourd’hui et en face de vous pour témoigner, c’est parce que Dieu m’aime vraiment. A l’intérieur de la forêt classée de Mbao, une bande bien organisée a voulu me sacrifier mais ce jour Dieu m’a donné la force de courir beaucoup plus vite que tous. Dieu m’a sauvé ». Cheikh Marème demande aux Sénégalais d’être très prudents quand ils rencontrent des gens qu’ils ne connaissent pas et à la gendarmerie de faire une descente musclée dans cette forêt pour mettre fin aux agissements de ces malfrats.

ENCADRE
Sources de revenus
Une forêt d’opportunités écologiques et économiques
La forêt classée de Mbao est l’un des endroits les plus dangereux de la banlieue dakaroise. Elle a été immatriculée au nom de l’Etat en 1908 et a été classée le 7 mai 1940. Derrière ce poumon vert de Dakar, se camoufle le grand banditisme. Un repaire de marabouts en quête d’organes humains destinés à des sacrifices.

Mais il n’y a pas que ça pourtant. C’est aussi une forêt d’opportunités écologiques et économiques. C’est « un espace de conservation de la biodiversité forestière et une source de revenus pour les populations », comme le soutenait Mme Amata Diabaté, Représentante résidente du Pnud au Sénégal à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de l’Environnement en 2020. Dans un numéro spécial de janvier 2019, la Revue ivoirienne de géographie des savanes (Riges), Sidia Diaouma Badiane, Assistant Laboratoire de biogéographie au département de Géographie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar s’est penché sur cette « zone de moyens d’existence » pour les femmes notamment.

« Le suivi de l’Union des femmes pour le développement de Kamb (Ufdk), constituée de 17 femmes très actives, pratiquant l’agriculture dans la forêt classée de Mbao, permet d’apprécier le rôle de cet espace dans l’amélioration des conditions de vie des femmes et la contribution de ces dernières à sa sauvegarde. Une méthode d’évaluation simple de la production maraîchère et des revenus des femmes a été appliquée. Elle est complétée par un inventaire du peuplement arboré de leur aire de maraîchage. Les résultats montrent qu’en combinant maraîchage et arboriculture, les femmes gagnent des revenus conséquents leur permettant de satisfaire les besoins divers de leurs ménages respectifs. Elles ont contribué à la restauration de la portion de la forêt qu’elles occupent », écrivait-il dans le résumé.

Boudal NDIATH

31 mai 2022


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