REPORTAGE - LERAL PLONGÉ DANS LES TÉNÈBRES

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LA PRESSE EN DEUIL

C’est une ambiance extrêmement lourde qu’on retrouve dans les locaux de Leral TV, quelques heures après la triste nouvelle de l’accident aux conséquences dramatiques qui a touché les envoyés spéciaux du groupe de presse partis couvrir la tournée économique du chef de l’Etat au centre et à l’est du pays.

Dans ce coin du quartier Ouest-Foire (Dakar), les agents sont totalement consternés, dévastés. Les yeux bouffis qui ont finalement viré au rouge, c’est l’image peinte par ces malheureux qui pleurent la perte tragique de leurs collègues. Devant la porte du siège de Leral, plusieurs personnes sont regroupées, toutes avec une mine déconfite, regards perdus.

Le journaliste Abou Mamadou Sy, le cameraman Mamadou Yoro Diallo et le chauffeur Ousmane Ndiaye sont tombés en martyrs sur la route reliant Tambacounda à Kédougou pour la tournée économique du Président Macky Sall. D’ailleurs, c’est dans les locaux de Leral que nous apprenons que le chef de l’État s’est arrêté sur les lieux du drame, après qu’il a donné des instructions pour le transfert des corps et la prise en charge des blessés à l’hôpital Amath Dansokho de Kédougou dont l’inauguration était justement le point central du programme de la mission qui a emporté les envoyés spéciaux de Leral.

PARMI LES VICTIMES, UN ÉTUDIANT EN MASTER ET UN PÈRE D’UNE PETITE FILLE

Ici, depuis l’annonce de la nouvelle, le travail est à l’arrêt. Tous se sont mobilisés pour se soutenir mais également pour accueillir, dans la dignité, ceux qui viennent d’ailleurs après avoir eu écho de la nouvelle pour partager la peine. Elle est immense, mais les employés de Leral restent soudés autour de leur Administrateur général M. Dame Dieng.

Ce dernier, emmitoufle dans son boubou noir aux bandes rouges, est encore sous le choc. Il ne cesse de murmurer des phrases, comme pour se donner bonne conscience : "Je leur ai dit d’être prudents. Je leur ai dit de rouler doucement. Je leur ai envoyé un message dans le groupe WhatsApp, je les ai aussi appelés pour le leur dire". Puis, le regard hagard, il se tient le visage dans les mains.

Visiblement abattu, il lui est difficile de se remettre de ses émotions. Pas besoin d’être un psychologue pour voir toute la souffrance qu’il essaie de contenir. Toutefois, il a promis d’assister les familles des jeunes victimes, dont l’un était encore étudiant en Master dans une école de journalisme. "Je vais remettre 1 million F CFA à chaque famille. Également, le salaire qu’ils percevaient sera versé aux familles pendant 1 an", annonce-t-il.

Dans cette salle où il est entouré de ses employés, il y est aussi en compagnie de quelques proches de Yoro Diallo le cadreur, une des victimes. Ce jeune cameraman, originaire de Ziguinchor est en réalité père d’une petite fille. Son oncle et ses amis présents dans la salle n’ont pas cessé de couvrir d’éloges le défunt technicien. Il en est de même pour les deux autres victimes, Ousmane Ndiaye le chauffeur et Abou Sy, le journaliste. Leurs visages défilent en boucle sur le petit écran bloqué sur la chaine de Leral TV qui a récemment intégré le bouquet de la TNT.

Les témoignages sont unanimes pour saluer le dévouement, l’humilité et la bonne compagnie des victimes. Fatima Coulibaly, journaliste à Leral TV, encore sous le choc ne peut exprimer son désarroi tellement elle est peinée par ce malheur. Les larmes aux yeux, elle se lance : "C’est compliqué mais c’est la volonté divine. Je ne peux m’exprimer comme il se doit car c’est vraiment très difficile pour nous et tout ce qu’on peut dire c’est qu’on a perdu mais, nous nous en rendrons compte que lorsque leur absence commencera à peser dans notre quotidien. Ces jeunes frères que nous avons perdu aujourd’hui, ils avaient beaucoup de fougue dans le travail car voulant tout le temps faire un très bon travail. Yoro, une personne exceptionnelle, Ousmane, très disponible, Abou, très dynamique". Puis, elle perd ses mots.

La presse, comme toujours, a rapidement manifesté sa solidarité face au drame. Les associations de professionnels des médias n’ont pas tardé à se pointer sur les lieux, tout comme certains, à l’instar d’Oumar Charif Ndaw, sont venus à titre personnel, marquer leur soutien. M. Pape Doudou Boye s’est présenté au nom de l’association nationale des caméramans professionnels du Sénégal.

Charles Faye du Groupe Futurs Médias aussi était de la partie. Le chroniqueur de la Tfm s’est exprimé, avec peine, pour dire que "c’est la presse, dans son ensemble, qui a perdu aujourd’hui car ce sont de jeunes soldats partis au combat, qui sont tombés sur le champ de bataille. Nous n’avons pas de fusils, nous n’avons pas d’armes mais les journalistes sont des soldats. Nous sommes confrontés à plusieurs difficultés, aujourd’hui hélas, nous ne pouvons que prier pour eux, qu’Allah les accueille dans son paradis céleste".

LE SYNPICS ANNONCE L’IDENTIFICATION DU CAMION

Bamba Kassé, secrétaire général du Synpics, a aussi fait le déplacement pour témoigner son soutien et présenter ses condoléances au groupe Leral. D’ailleurs, il a sorti un communiqué pour exprimer sa peine face à cette nouvelle épreuve à laquelle la presse fait face. "Un Camion identifié comme faisant partie du parc des Grands Moulins de Bamako a dévié et entré en collision avec le véhicule SUV emprunté par l’équipe de Leral, causant sur le coup la mort (des trois personnes). Le SYNPICS s’incline devant la mémoire des disparus et présente ses condoléances les plus émues à leurs familles respectives ainsi qu’à toute la corporation. Les Professionnels de l’Information et de la Communication réitèrent leur solidarité agissante à l’administrateur du groupe Monsieur Dame Dieng. Le Synpics salue la promptitude annoncée de la prise en charge médicale des blessés de cet accident et invite les médias engagés à la couverture de cette activité à faire preuve de prudence".

Cette journée du 31 mai sera à jamais gravée dans le calendrier de la presse mais encore plus dans l’agenda du groupe Leral. Cette date constitue un jour noir pour tous ces agents qui tentent par tous les moyens, de surmonter cette épreuve et dompter la douleur.

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