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RETOUR SUR UN MAGISTÈRE MARQUANT DE 70 ANS

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Jamais aucun souverain britannique n’avait régné aussi longtemps. Le jeudi 2 juin 2022, le Royaume-Uni a célébré le jubilé de platine de la reine Elizabeth II et ses 70 ans de règne. Cette célébration a sonné comme une fin de règne. Élisabeth II quitte ce bas monde ce … septembre 2022. La Reine est morte, vive le Roi Charles. Retour sur un règne marquant.

Élisabeth II née le 21 avril 1926 à Londres, est la reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord ainsi que de quatorze autres États souverains, appelés royaumes du Commonwealth, et de leurs territoires et dépendances de 1952 à 2022. En tant que monarque du Royaume-Uni, elle a été, de droit, gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre et, par tradition, chef du Commonwealth, une organisation intergouvernementale regroupant cinquante-six États. Dans le monde francophone, elle est souvent désignée comme la « reine d’Angleterre », bien que cette appellation soit juridiquement obsolète depuis la fin du royaume d’Angleterre en 1707.

À sa naissance, elle est troisième dans l’ordre de succession au trône après son oncle et son père. En 1936, son oncle devient roi mais abdique quelques mois plus tard, laissant le trône à son frère cadet. La princesse Élisabeth devient alors, à l’âge de 10 ans, l’héritière présomptive de la Couronne britannique. Le 20 novembre 1947, elle épouse Philip Mountbatten, prince de Grèce et de Danemark, avec qui elle aura quatre enfants : Charles, prince de Galles, Anne, princesse royale, Andrew, duc d’York et Edward, comte de Wessex.

Élisabeth II accède au trône britannique à la mort de George VI, le 6 février 1952, alors qu’elle était âgée de 25 ans. Elle devient ainsi la souveraine de sept États indépendants du Commonwealth : l’Afrique du Sud, l’Australie, le Canada, Ceylan, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan et le Royaume-Uni. Entre 1956 et 2021, le nombre de ses royaumes diminue, car des territoires obtiennent leur indépendance et certains royaumes deviennent des républiques. En plus de l’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni susmentionnés, Élisabeth II a été jusqu’à aujourd’hui, reine d’Antigua-et-Barbuda, des Bahamas, du Belize, de la Grenade, de la Jamaïque, de Papouasie-Nouvelle-Guinée, de Saint-Christophe-et-Niévès, de saint-Vincent-et-les Grenadines, de Sainte-Lucie, des Îles Salomon et des Tuvalu.

Au cours d’un long règne où elle a vu se succéder quinze Premiers ministres britanniques différents, dont le dernier Liz Trust vient d’être élue, elle a eu à effectuer de nombreuses visites historiques et superviser plusieurs changements constitutionnels dans ses royaumes, comme la dévolution du pouvoir au Royaume-Uni et le rapatriement de la Constitution du Canada.

La reine et l’Afrique

70 ans plus tôt, le 6 février 1952, c’est lors d’un safari au Kenya qu’Elizabeth II montait sur le trône britannique à la suite de la mort de son père. Elle avait entrepris ce voyage officiel à travers l’Afrique pour le représenter. Le roi George VI était atteint d’une thrombose. Coup du sort, depuis ce moment-là, la reine est restée attachée à maintenir des liens avec le continent.
“Probablement que le fait qu’elle ait appris le décès de son père quand elle était au Kenya a laissé un lien sensible avec les anciennes colonies africaines”, analyse Philippe Chassaigne, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Bordeaux-Montaigne et auteur de “La Grande-Bretagne et le monde – 2ème édition - De 1815 à nos jours”, édition Armand Colin.

Il faut dire que pendant ce temps, l’histoire de l’Afrique est marquée par la décolonisation. Comment redéfinir les relations entre le Royaume-Uni et ses anciennes colonies britanniques ? La montée des régimes d’apartheid en Afrique du Sud et en Rhodésie du Sud, l’actuel Zimbabwe, et l’arrivée au pouvoir de dirigeants indépendantistes décoloniaux comme Robert Mugabe ou Kwame Nkrumah bouleversent l’échiquier du continent.

Une danse avec le président Nkrumah pour sortir le Ghana du giron soviétique

"Lorsqu’une colonie devient indépendante, c’est le moment d’établir des relations d’État à État", explique Philippe Chassaigne. C’est précisément ce qu’elle a en tête lorsqu’elle est invitée au Ghana en octobre 1961.
Comme l’affirme Philippe Chassaigne, La reine Elizabeth se dit que si elle répond à l’invitation du président ghanéen, cela pourrait empêcher que cette dernière tombe totalement sous le joug des Soviétiques. D’autant plus qu’en 1961, le dirigeant ghanéen et porte-étendard du panafricanisme Kwame Nkrumah avait reçu Nikita Khrouchtchev, dirigeant alors de l’URSS qui était prête à accorder des prêts au Ghana et des sources de financement pour assurer son développement.

Quand la reine Elizabeth II reçoit, elle aussi, son carton d’invitation par Kwame Nkrumah, pas question de manquer à l’appel. Elle se rend au Ghana et, contre toute attente, elle ouvre le bal en dansant avec le président Nkrumah. Ce geste est perçu comme une marque de considération par le président ghanéen. Son pays est traité d’égale à égale par rapport au Royaume-Uni. Conséquence directe ou indirecte : le Ghana, contrairement à l’Égypte de Nasser, n’est pas devenu un des pays clients de l’URSS.

Le désaveu de la reine aux politiques d’apartheid, l’exemple de l’Afrique du Sud
Cette fois-ci, c’est le choix de la reine de ne pas se rendre en Afrique du Sud pendant plusieurs années qui étonne. La royauté a toujours battu en retrait face à la politique d’apartheid menée par les colons britanniques et afrikaners. George VI, son père, voit d’un mauvais œil la politique d’appartheid du régime lors de sa visite en Afrique du Sud en 1947. Il s’évertue à rencontrer des Sud-africains issus de toutes les catégories de la population, des noirs et des blancs.

"Entre 1952 et 1995, la reine ne s’est pas rendue en Afrique du Sud parce que ça aurait été cautionner la politique d’apartheid qui s’était mise en place", explique Philippe Chassaigne. En 1990, elle rencontre Nelson Mandela une première fois au Royaume-Uni. Elle s’envole ensuite pour l’Afrique du Sud en 1995. Au premier jour de sa visite, la reine Elizabeth II félicite ce pays d’avoir réussi en douceur sa transition vers la démocratie. La reine qualifie le processus de négociations, au terme duquel la majorité noire a accédé à la direction du pays après plus de 350 ans de pouvoir blanc, de "petite sorte de miracle".

Le leadership d’Elizabeth II face à Thatcher salué par le président Kaunda, Zambie, 1979

En août 1979, le sommet du Commonwealth a lieu à Lusaka, capitale de la Zambie. La Zambie est limitrophe de la Rhodésie du Sud, future Zimbabwe et ancienne colonie britannique. La reine doit s’y rendre. Mais à l’époque, le contexte est particulièrement tendu.

Depuis 1964, une guerre civile secoue la Rhodésie du sud. D’un côté, le régime ségrégationniste aux mains de la minorité blanche porté par le Britannico-Rodhésien Ian Smith et soutenu par la Première ministre de l’époque, Margaret Thatcher, veut conserver son pouvoir. De l’autre, les partisans de l’indépendance portés par les idées de l’anticolonialiste marxiste Robert Mugabe, veulent l’indépendance de la Rhodésie et se libérer du pouvoir des colons britanniques blancs minoritaires.

En 1979, la situation n’est guère plus calme. Là encore, la Première ministre britannique, Margaret Thatcher, en place depuis le mois de mai, ne souhaite pas que la reine se rende au sommet de Lusaka, situé à seulement 200 km de la frontière rhodésienne. Des avions s’y sont abattus quelques semaines avant sa venue. Si elle y va, sa sécurité ne sera pas assurée, craignent ses conseillers. Mais la reine se rend à Lusaka, contre l’avis de la Première ministre avec qui les relations ont, de toute façon, toujours été froides. Sur place, l’ambiance est électrique et les forces de sécurité sont sur les dents.

À contrario, la démarche et le courage de la Reine lui valent les félicitations de Kenneth Kaunda, le premier président de la Zambie indépendante à l’époque. “Sans le leadership de la reine et son exemple, beaucoup d’entre nous seraient partis (ndlr du Commonwealth)", affirme le dirigeant. Quelque mois après, la guerre prend fin, la Rhodésie du Sud de Ian Smith disparaît au profit du Zimbabwe de Robert Mugabe.

À l’image de ces événements, la reine n’a eu de cesse de sous-entendre son désarroi face aux politiques d’apartheid, en n’hésitant pas à afficher sa sympathie pour des dirigeants africains contestés par le pouvoir britannique. Elle a effectué 21 tournées en Afrique, visitant au moins une fois dans sa vie une centaine de pays. Il est moins sûr que ce lien de confiance qu’elle a su créer tout au long de son règne perdure avec ses héritiers.

Elizabeth II et l’Afrique en cinq dates

6 février 1952 : Kenya
1er mai 1954 : Libye
9 novembre 1961 : Ghana
7 août 1979 : Zambie
19 mars 1995 : Afrique du Sud

M. THIOBANE (Avec Franceinfo, AP,Tv5monde)

8 septembre 2022


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