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RETOUR SUR UNE SÉQUENCE QUI A MIS LE SÉNÉGAL EN ÉMOI

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Meilleure élève du Sénégal en 2018 et 2019, cette native de Mbour et pensionnaire du prestigieux Lycée Louis Le Grand en France était portée disparue depuis plus de cinq jours, plongeant le Sénégal dans une angoisse inédite. Les recherches entreprises par la police française n’avaient encore rien donné. Ses camarades étudiants s’y étaient mis en organisant presque une battue, en France.

Lueur d’espoir après dix jours d’enquête : les enquêteurs Français ont révélé que Diary Sow avait volontairement disparue. Dans des échanges avec son parrain, Serigne Mbaye Thiam, publiés par ce dernier, la jeune fille alors âgée de 20 ans, révélait avoir laissé assez d’indices pour qu’on sache qu’elle est partie de son gré. « Je ne me cache pas. Je ne fuis pas. Considère cela comme une sorte de répit salutaire dans ma vie. « Si je ne m’étais pas manifestée jusqu’à présent, c’est pour la simple raison que j’étais dans l’impossibilité de le faire », disait-elle dans sa lettre.

La jeune romancière, réapparue au mois de février, avait répondu qu’elle avait simplement eu besoin de « couper les ponts ». En effet, Diary Sow est entre les mains des autorités sénégalaises, confiait à Emedia, un proche de la jeune étudiante sénégalaise, portée disparue depuis le 4 janvier 2021. Dans la foulée, on apprenait que le ministre de l’Hydraulique, Serigne Mbaye Thiam, parrain de Diary, avait pris un vol d’Air Sénégal pour la France. Sa présence sur le sol français coïncidait, à l’époque, avec l’apparition de la jeune fille.

La jeune étudiante sénégalaise, qui fréquentait le prestigieux Lycée de Louis le Grand où elle était inscrite en deuxième année de prépa pour Polytechnique, avait brusquement quitté sa résidence pour une destination inconnue jusque-là. L’émoi s’était saisi du Sénégal avec son cortège de rumeurs les moins plausibles aux plus invraisemblables. Son silence et les tentatives sans succès de la localiser avaient alimenté toutes sortes de fake news jusqu’à ce que la police française annonce que la piste criminelle était d’emblée écartée.

Deux mois après son retour au Sénégal, elle a participé au ’’Forum exclusivement féminin’’, à Saint-Louis. L’écrivaine, à travers ses prises de positions, intervenait en défenseur de la cause des femmes.

Une féministe est-elle née ?
"Quand il y a certaines qui veulent se lancer, vivre leur vérité, et non celle qu’on leur impose, on minimise leur légitimité. C’est à peine si on nous accepte encore dans notre société, devenant ainsi les ’’occidentales’’, les ’’genn xeet’’ (marginalisées). Mais c’est un risque à prendre. Il n’y a aucune peur, aucune honte à avoir à revendiquer la femme qu’on veut être. Ce culot, ce sursaut, n’annule pas la féminité. Au contraire, il la sublime. Il ne diminue pas la valeur non plus, ne rend pas moins vertueuse. La revendication féminine, arrivée tard au Sénégal, a encore du chemin à parcourir. On est loin du monde où les femmes pourraient jouir librement de leur sort, de leurs biens, prendre une place dans les instances de décision, sans pour autant rendre compte de leur habillement, leur idée, leur vie sexuelle. Je n’ai jamais rêvée d’être écrivaine, je n’ai jamais songé à m’engager pour une quelconque cause ou à sauver l’humanité. J’ai écrit pour la première fois pour une satisfaction personnelle. Parce que je pensais tout d’abord à ma propre consolation, à mon propre plaisir. En grandissant, j’ai observé les femmes dans mon entourage. Elles étaient le reflet du ’’moi’’ futur. Elles étaient des modèles que je devais suivre, des modèles parfaits avec toutes les qualités du monde, de ’’sutura’’, de ’’maslaa’’.

Mais je me suis rendue compte avec la maturité que ce modèle imposé à toutes les jeunes filles de notre pays n’était pas sans faille. Et je n’étais pas vraiment certaine de pouvoir m’y conformer. J’ai commencé à noter des injustices, des inégalités, à lire des romans sénégalais sur la condition de la femme dans la société, des romans qui pointaient du doigt accusateur sur la polygamie, le mariage précoce, l’apologie du viol, la pédophilie. Des romans qui peignaient la femme comme objet sexuel, caritatif, objet de commerce, pour mieux nous émouvoir. Et cette littérature qui est dite étrange parce qu’elle remet en question les bases de l’équilibre de la société et l’ordre patriarcal établi et dominant, m’a poussé à revoir les motivations de mon écriture."

"Je pars", son nouveau roman inspiré de sa disparition inexpliquée à Paris est attendu le 4 novembre prochain. L’auteure d’un premier roman, ’’Sous le visage d’un ange’’ (L’Harmattan), paru en janvier 2020, met en scène, dans son nouveau livre, une héroïne du nom de Coura, qui s’embarque pour Amsterdam en laissant Paris derrière elle.

En attendant, Diary Sow est retournée en France. Un mécène sénégalais a pris en charge ses frais de scolarité, a appris Emedia.sn qui promet d’ailleurs de revenir sur ce dossier avec le nom de ce dernier.

Die BA

20 octobre 2021