RETRAIT DE BARKHANE : "UN SIGNAL DE MACRON AUX ÉLECTEURS FRANÇAIS"

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SOUS-RÉGION

Emmanuel Macron a annoncé, ce jeudi, la fin de l’opération Barkhane de lutte contre les groupes jihadistes au Sahel dans le cadre d’une « transformation profonde » de la présence militaire de la France dans le Sahel. Cette décision n’est pas fortuite, selon certains observateurs. Emedia.sn a sollicité l’éclairage de deux experts de la géopolitique sous-régionale, Bakary Sambe et Gilles Yabi.

Analysant la décision du président français, le directeur de Timbuktu Institute, Bakary Sambe, fait allusion à la présidentielle française qui se profile à l’horizon. « La campagne présidentielle en France a démarré. Macron ne voudrait pas que ce sujet sahélien soit au cœur des débats. D’ailleurs, la stratégie était même d’annoncer ce retrait de Barkhane au début de la campagne électorale. C’est entre temps qu’Idriss Deby est mort et le Tchad a changé de configuration. La campagne s’approche, Macron avait bien besoin de donner des gages, mais également un signal fort aux électeurs français pour leur dire que la France n’est pas en train de s’embourber dans une crise sahélienne », renseigne M. Sambe qui reconnaît également que ce retrait n’est que le début du commencement de la fin des opérations Barkhane dans le Sahel.

Cette dose politique qui sous-tend cette décision de Macron, Gilles Yabi ne l’exclut pas. Analyste politique et fondateur du Think Tank Wathi, M. Yabi note que l’agenda politique qui se déroule en France a bien influé sur cette décision. « Il faut avoir une idée de la complexité de la situation et ne pas avoir une explication particulière. Il faut bien voir qu’il y a non seulement l’agenda politique interne français, avec l’élection présidentielle l’année prochaine, et il est très clair que toutes les décisions sont prises par le président français qui tient compte aussi de ses intérêts politiques. Une grande partie de l’explication est davantage liée à ses intentions politiques », a-t-il fait savoir.

Les conséquences de l’influence russe ?

Après l’annonce du retrait de ses troupes dans l’opération Barkhane, certains observateurs voient derrière cette décision d’Emmanuel Macron, une certaine frustration due au rapprochement de la Russie à la junte militaire malienne, au pouvoir. Mais pour Bakary Sambe, ce ne sont que des spéculations. Cette piste russe, a-t-il noté, ne repose sur aucune base solide.

« La France reste encore un élément incontournable dans le Sahel à plus forte raison à Bamako. Je crois que la Russie est assez lointaine des questions sahéliennes et elle manque un peu d’agilité diplomatique pour venir intervenir directement dans les questions sahéliennes. Il y a des formations militaires çà et là, des stages et certainement des accointances politiques, mais une présence militaire russe au Sahel, on ne voit pas encore les signaux ».

La même idée est défendue par Gilles Yabi qui met en évidence l’ancienneté des opérations militaires françaises dans la zone du Sahel. « À ce stade, la piste de l’influence russe, il ne faudrait pas lui donner trop d’importance. Aujourd’hui, la présence militaire française au Mali et dans le Sahel est ancienne, elle est trop importante pour être vraiment remise en cause par la tentative de la Russie de pousser la région », a estimé M. Yabi.

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