[RÉTRO 2020] : ANNÉE CONFINÉE, JUSTICE MOUVEMENTÉE

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RÉTROSPECTIVE

Des juges qui s’entredéchirent sous les yeux ébahis des justiciables, une sanction infligée au président de l’Union des magistrats du Sénégal, Souleymane Téliko, la condamnation de Lamine Diack à Paris, des personnalités attraits devant les juridictions... Retour sur les dossiers judiciaires qui ont marqué l’année 2020.

L’année 2020 s’achève. Elle aura été marquée par les remous notés au sommet de la justice Sénégalaise. Une justice qui a été secouée par des échanges épistolaires, somme toute, houleux entre le Premier président de la Cour d’appel de Dakar, le juge Ousmane Kane et l’un de ses substituts en l’occurrence le juge Yahya Amadou Dia. Ces deux juges ont violé leur devoir de réserve pour exposer leur linge sale sur la place publique. Un différend qui a alors fait grand bruit.

Tout est parti de la démission du juge Ousmane Kane le 19 août 2020 de l’Union des magistrats du Sénégal. Pour justifier son acte, il disait, dans sa lettre remise au président de cette instance, ne plus supporter les insultes et les invectives qui sont dirigées vers les anciens par leurs jeunes collègues magistrats. Quelques heures après la divulgation de sa lettre de démission, son collègue Yahya Amadou Dia, trempe sa plume pour lui répondre.


OUSMANE KANE/YAHYA AMADOU DIA : ACCUSATION CONTRE ACCUSATION

Il l’accuse de « corrompu » qui, moyennant des montants, a libéré des criminels qui devraient passer le restant de leur vie en prison. Des accusations qui ont fait mal au juge Ousmane Kane qui, pour laver son honneur, a organisé une conférence de presse au cours de laquelle il a servi une réponse incendiaire à son collègue. « Il est d’une particulière méchanceté parce qu’il sait pertinemment comment faire mal : calomnier, toujours calomnier, en sachant pertinemment qu’il en restera toujours quelque chose, et en y ajoutant une bonne dose de fanfaronnade car ses phrases mises entre guillemets qu’il m’aurait adressées ne sont que de purs mensonges », qualifie-t-il le juge Yaya Amadou Dia.

Finalement, le ministre de la Justice, Malick Sall a sifflé la fin de la récréation en saisissant l’Inspection générale de l’administration de la justice (IGAJ) pour apporter la lumière dans ce différend qui oppose les deux magistrats. Ils ont tous été impliqués et les membres de l’institution exigent des sanctions contre eux.

TÉLIKO « BLÂMÉ »

Une autre affaire qui a éclaboussé la justice en 2020, c’est la convocation du Président de l’Union des magistrats du Sénégal, Souleymane Téliko devant le Conseil de discipline du Conseil supérieur de magistrature. Dans l’acte d’accusation, il lui est reproché d’avoir jeté le discrédit sur la justice en affirmant, devant le Jury du dimanche sur ITV, que les droits de Khalifa Sall ont été violés lors de son procès. Les péripéties de cette affaire ont fait monter la tension d’un cran entre la chancellerie et les magistrats. Les magistrats se sont regroupés derrière leur président pour le soutenir mais également pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une intimidation.

Plus de 20 avocats et magistrats s’étaient constitués dans cette affaire pour défendre le président de la Cour d’appel de Thiès. L’on nous rapporte que les débats étaient houleux et le ton avait monté d’un cran mais, au finish tout est rentré dans l’ordre. Les juges du Conseil de discipline ont été cléments à l’endroit de leur collègue en lui infligeant « le blâme ». Cette décision rendue est le deuxième degré de sanction administrative après l’avertissement.


CHEIKH TIDIANE COULIBALY À LA PLACE DE BADIO CAMARA

Le Conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature n’a pas chômé en 2020. En sus de l’affaire opposant les magistrats Ousmane Kane et Yahya Amadou Dia et celle de Souleymane Téliko, il s’est penché aussi sur le dossier du magistrat Habib Samba Laobé Aw, avocat général près la Cour d’appel de Saint Louis. Ce dernier a écopé d’une peine de retraite d’office par le Conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature. Il lui est reproché d’avoir détourné 50 millions de francs CFA dans un héritage.

Outre ces faits impliquant de hauts magistrats du pays, un autre événement, tout aussi important a été enregistré, en 2020, dans les annales de l’histoire de la justice sénégalaise. Il s’agit du changement de président de la Cour suprême. Admis à faire valoir ses droits à la retraite, Badio Camara va être remplacé par le juge Cheikh Tidiane Coulibaly à la présidence de la Cour suprême. Le juge Coulibaly était le Procureur général près la Cour suprême. Aussi, le magistrat Demba Kandji quitte la Cour d’Appel de Dakar pour atterrir à la Présidence de la République. Le président de la Cour d’Appel de Thiès Henri Grégoire Diop est désormais rattaché au ministère des Affaires étrangères.

DIOP ISEG, CHEIKH YÉRIM SECK, PAPE ALÉ, BOUGANE...AUX BANCS DES ACCUSÉS

Des personnalités ont, en 2020, eu maille à partir avec la justice. Le Directeur de l’ISEG, Mamadou Diop plus connu sous le pseudonyme de Diop ISEG, impliqué dans une affaire de mœurs a séjourné à l’hôtel zéro étoile. Il a été arrêté suite à une plainte de la famille de la chanteuse en herbe Dieynaba Baldé, âgée de 17 ans. Inculpé et placé sous mandat de dépôt pour pédophilie, détournement de mineur et corruption de mineure, il va finalement humer l’air de la liberté le 28 juillet 2020. Il a bénéficié d’une liberté provisoire. Mais, il faut préciser que dans cette affaire, les deux protagonistes ont désisté, mutuellement, de leurs plaintes. Toutefois, l’action publique, déjà enclenchée par le maître des poursuites, suit son cours.

Le journaliste Cheikh Yérim Seck a également eu des démêlés avec la justice. Ses déboires sont intervenus suite à sa déclaration faite au cours d’une émission télé. S’exprimant sur l’affaire Batiplus, Cheikh Yérim Seck avait déclaré que les éléments enquêteurs qui ont fait la perquisition chez le directeur de Batiplus y ont saisi 4 milliards de francs CFA et non 650 millions de francs CFA comme mentionné dans le procès-verbal de l’enquête préliminaire. A cela, il ajoutait que des ministres sont impliqués dans cette affaire. Inculpé de diffusion de fausses nouvelles et d’outrage à officier de police judiciaire dans l’exercice de ses fonctions, il a été placé sous contrôle judiciaire.


LE COUPERET TOMBE SUR LA TÊTE DES DIACK

Même si c’est une affaire qui s’est déroulée hors du territoire sénégalais, elle a été très bien suivie par les Sénégalais car, impliquant un de leurs fils. Il s’agit du procès de Lamine Diack suivi de sa condamnation. L’ancien président de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), de 1999 à 2015, a été condamné, le 17 septembre 2020 à Paris, à quatre ans de prison, dont deux avec sursis. Reconnu coupable de corruption active et passive et d’abus de confiance, il a été condamné à une amende maximale de 500 000 euros. Son fils Papa Massata Diack a été condamné à cinq ans de prison ferme et un million d’euros d’amende. En sus, le tribunal a maintenu le mandat d’arrêt à son encontre. La décision a annoncé de faire appel contre cette décision.

AFFAIRE HIBA THIAM : LE SUSPENSE CONTINUE

L’affaire Hiba Thiam, du nom de cette jeune fille, décédée dans la nuit du 3 au 4 avril dernier, d’une overdose lors d’une soirée privée dans un appartement sis aux Almadies, a également émaillé. Dame Amar et 7 autres personnes sont impliqués dans ce dossier qui, évoqué le 23 décembre 2020 devant la troisième chambre du tribunal correctionnel de Dakar, est renvoyé au 13 janvier pour plaidoirie. D’autres procès dans lesquels des personnalités sont impliquées ont été jugés par les juridictions sénégalaises. On peut citer celui impliquant le maire de Guédiawaye Aliou Sall au patron du Groupe D-MEDIA Bougane Gueye et le journaliste Ahmed Aidara. Les derniers nommés, poursuivis pour diffamation et complicité de diffamation par le premier magistrat de la ville de Guédiawaye qui leur réclamait un milliard de franc CFA, ont été relaxés. Là où Pape Alé Niang et Mody Niang ont, devant la même juridiction, perdu leur procès contre le ministre de l’enseignement supérieur. Ils ont été condamnés à 3 mois avec sursis pour diffamation et, ils doivent allouer, en guise de réparation, le montant de 10 millions de francs CFA au ministre qui, au moment des faits, était le directeur du Coud.

LUMIÈRE SUR LES MEURTRES DE BINETA CAMARA, FATOUMATA MAKHTAR NDIAYE

S’il y a quelqu’un qui n’oubliera pas 2020, c’est Rangou. Elle a été renvoyée à la maison d’arrêt pour femme de liberté 6 pour les chefs associations de malfaiteurs et violation de l’état d’urgence. Ce, après qu’elle a été arrêtée par la Division des investigations criminelles au cours d’une soirée contraire aux bonnes mœurs qu’elle avait organisé. Elle a recouvré la liberté le 1 décembre 2020 et est placée sous contrôle judiciaire.

Des décisions historiques ont été rendues aussi en 2020 par la justice. Samba Sow a été condamné à la peine de réclusion criminelle et 350 millions de francs CFA à verser aux parties civiles après qu’il a été reconnu coupable de l’assassinat de la vice-présidente du Conseil Economique social et environnemental, Fatoumata Matar Ndiaye. La réclusion criminelle a été également été infligée à Pape Alioune Fall, reconnu coupable du meurtre de Bineta Camara en 2019, lors d’une tentative de viol qui a avorté.

On ne peut pas clore le chapitre des faits marquants de la justice sans parler de la longue grève des travailleurs de la Justice qui a duré 73 jours, causant un énorme préjudice aux justiciables. Le Sytjust a suspendu son mot d’ordre après que le ministre de la Justice, Malick Sall s’est engagé à tout mettre en œuvre pour accomplir toutes diligences à l’effet de faire payer au cours du mois de septembre 2020, un montant utile dans le cadre des primes.

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