RÉTRO CAMPAGNE : MAMADOU LÔ, LE PREMIER INDÉPENDANT

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PRÉSIDENTIELLE 2019

Avant Sonko en 2019, météore dans le landerneau politique, il y a eu Mamadou Lô en 1993. Surnommé la « voix des sans-voix », il a été le premier candidat indépendant à faire cavalier seul loin de la bannière des partis politiques.

Son nom ne dit pas grand-chose à la jeune génération mais, en 1993 déjà, il incarnait un vent de renouveau sur la scène politique sénégalaise. Pour cause, Me Lô est le premier candidat indépendant dans une élection présidentielle dans l’histoire politique du pays.

« La voix des sans-voix », titrait à l’époque le quotidien national Le Soleil, consacrant ainsi deux pages au leader du mouvement des indépendants SC 10.000 (société civile 10.000). Homme exigeant avec lui-même et persévérant dans sa démarche selon ses proches, Me Lô a bouclé les 10.000 signatures nécessaires à sa candidature à quatre mois la présidentielle de 1993.

Après cette prouesse, Mamadou Lô, loin d’être « triomphaliste », se refusait l’ambition et la prétention d’imposer ses vues à des hommes et femmes capables d’analyse et de discernement. Il se fixait pour mission de « coordonner modestement ces aspirations et ces volontés qui visent l’épanouissement total et entier des Sénégalais ».

Au nom de la justice et la liberté

Dans son action politique Mamadou Lô a voulu laisser aux leaders de partis « leurs véritables chasses gardées, des domaines réservés où personne ne peut contester leur leadership » pour « faire participer toute la société civile au combat pour l’émancipation et l’épanouissement des Sénégalais ».

C’est au quartier latin, pendant ses études en France, que l’avocat ayant choisi le droit par hasard a chopé le virus du militantisme pour la liberté et la justice. Dans « l’enthousiasme » de la jeunesse, il flirte avec le marxisme-léninisme mais affûte sa rhétorique à la tribune des « Damnés de la terre », des « Sans voix » de la Fédération des étudiants d’Afrique noire (Feanf). Le disciple de Cheikh Anta Diop fera ses premières armes au ME/PAI à la fin des années 1950.

Mamadou Lô, lébou bon teint né au quartier Mbott de Dakar en 1933, était connu pour ses relations avec Serigne Abdou Khadre Mbacké, défunt khalife général des mourides, dont il a été le porte-parole. Le « Saint homme » a été déterminant « dans le façonnage » de son profil et de son comportement. Les témoignages après sa mort le 26 septembre dernier indiquent qu’il a gardé la même constance. Me Adama Gueye saluait la mémoire « du précurseur des candidatures indépendantes à l’élection présidentielle et de l’incursion de la société civile dans l’action politique ». Adieu le pionnier !

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