SANDIARA : VOYAGE AU CŒUR DE LA GRANDE FOIRE AUX MOUTONS

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TABASKI 2021

Moins de deux heures de route. Il n’y a pas de longues files d’attentes comme on en voit à Dakar, sur la RN (route nationale). Au bord de la route, une scène qui ne passe pas inaperçue se déroule sous nos yeux. Plusieurs milliers de moutons sont exposés sous le regard de plusieurs autres personnes que sont les vendeurs, les potentiels acheteurs et d’autres. Nous sommes à Sandiara.

Situé dans la région de Thiès, Sandiara est une commune qui est localisée sur la nationale 1 à 100 km de Dakar, à 45 km de l’aéroport international Blaise Diagne de Diass, et à 20 km de la station balnéaire de Saly Portudal. Elle compte 22 villages et 8 hameaux. Sa population est de 28 430 habitants et sa superficie est de 198,2 km2. C’est aussi le lieu de rencontre d’un grand marché hebdomadaire communément appelé « louma ». Chaque année, à l’approche de la Tabaski, cet espace où se déroule le « louma » est transformé en une grande foire aux moutons mais pas que.

Sous un chaud soleil, avec une chaleur infernale, les troupeaux de moutons se dispersent de temps à autres mais leurs propriétaires se chargent toujours de les regrouper avant qu’ils ne se mélangent à d’autres. Des voitures clandos, des camions, des charrettes, des minicars, des gargottes… tout est bien présent ici, c’est d’ailleurs le décor qu’on retrouve à toutes les extrémités du marché.

UN MARCHÉ INTERNATIONAL EN EFFERVESCENCE

Ajouté aux odeurs de pis et des selles des bétails, le marché est vraiment en effervescence. Sous des tas de foins, les moutons s’approvisionnent tandis que des clients viennent tranquillement faire de la prospection pour pouvoir se procurer un mouton. Et à en croire Djiby Bâ, les moutons sont accessibles à tous. « Les moutons sont à des prix abordables mais ce sont les clients qui n’aiment pas débourser, ils aiment la facilité ». Cet habitant de Sandiara affirme que ses moutons varient de 100.000 frs à 130.000 frs.

Ce marché est le lieu de rencontres de plusieurs personnes venant de pays et régions différents. Certains pour vendre leurs moutons, d’autres pour en acheter et puis les revendre, mais d’autres encore viennent juste pour trouver l’animal pour le sacrifice du jour de l’Aïd. Enseignant au lycée de Sandiara, Daouda Sy qui habite à Nguekhokh se procure un mouton ici chaque année mais il n’arrive pas à en trouver un depuis plus de 3 heures. « Les vendeurs se sont tous entendus sur les mêmes prix, c’est pour cela qu’il est difficile de trouver un mouton en ce moment. Ce sera dans l’après-midi qu’ils décideront de baisser leurs prix sinon, en ce moment tout est fixé ».

Même calvaire pour Ibrahim Fall qui vient de Mbour et qui n’arrive pas à trouver lui aussi un mouton à son prix. « C’est la première fois que je viens dans ce marché et c’est mon grand-frère qui me l’a suggéré, sous prétexte que les moutons sont moins cher ici mais ce n’est pas le cas, c’est vraiment cher. Mais, je m’y attendais vu l’affluence qu’il y a aujourd’hui puisque les gens sont plus disponibles en week-end ».

"IL Y EN A POUR TOUTES LES BOURSES

À côté d’un autre troupeau, un vieil homme rouspète sur le prix des moutons. « Je lui propose 75.000 frs mais il refuse, pourtant c’est le prix qui correspond à ce mouton que je veux ». Ils sont très nombreux ceux qui ont quitté loin pour acheter un mouton mais ils n’arrivent à être satisfaits. Arona Diop qui lui aussi vient pour la première fois, affirme qu’il y a de bons moutons mais ils ne trouvent pas encore un accord avec le vendeur. Ils sont en pleine négociations.

Arona propose 90.000 FCFA mais le vendeur lui, lui ne veut pas céder en dessous des 100.000 francs. « Je suis venu avec mon frère sous la proposition d’un ami mais je vois que c’est un peu difficile, c’est plus que ce que j’ai cru comprendre. Toutefois, il faut souligner que les bétails ce sont des moutons qui valent vraiment leurs prix, ce sont de bons moutons », lance-t-il avant de retourner à sa négociation.

Contrairement aux autres, Ibrahima Guèye a pu acheter son mouton 30 minutes après son arrivée. Cela a pu se faire après quelques minutes de marchandages où il a fait appel à ses capacités d’éleveurs car c’est ce qu’il faisait avant qu’il ne l’arrête ces deux dernières années. « Je suis venu pour la première fois car c’est un ami qui me l’a suggéré et je vois qu’il a vraiment raison, il y en a pour toutes les bourses. Là, je viens d’acheter mon mouton devant vous ».

En provenance du Fouta (nord du Sénégal), Abdoulaye Dia est un vendeur de moutons. Emmitouflé dans un boubou bleu avec un foulard autour de la tête, il soutient que cette année la vente ne bouge pas car les clients ne veulent pas y mettre les moyens, ils veulent payer moins que ce que ça vaut. « Je viens chaque année vendre mes moutons à Sandiara et ça fait maintenant plus de 10 ans. Mes moutons coutent entre 110.000 frs et 130.000 frs, je ne dépasse pas ces montants. Mais dans les 5 jours que j’ai passé ici, je n’ai vendu que 50 moutons sur 150 que j’ai décidé de mettre sur le marché cette année. J’espère que les clients viendront d’ici la fête pour nous proposer des prix acceptables ».

Mohamed et Salif ont quitté la Mauritanie pour vendre leurs moutons à Sandiara. Ils le font chaque année et ce depuis plusieurs années maintenant. En réalité, ce sont leurs parents qui le faisaient avant eux et ils perpétuent ainsi la tradition.

Au-delà des moutons, tout un business autour

Le week-end, ce marché de Sandiara est très animé. C’est justement le moment pour les autres commerçants d’en profiter pour proposer leurs produits. On y retrouve les vendeurs de cordes qui s’approchent des potentiels acheteurs pour leur vendre des cordes. « Nous arrivons à nous faire un peu d’argent dans la vente des cordes. Depuis ce matin, j’en vends beaucoup et vraiment je rends grâce à Dieu », explique Ibrahima Faye qui quitte Mbour pour vendre son commerce à Sandiara.

À côté, les voitures stationnent attendant les clients qui veulent transporter leurs moutons. Pour rappel, certains se procurent des moutons à Sandiara pour aller les revendre dans d’autres localités. Et justement, Ousmane Ndiaye est en pleine négociation avec deux hommes qui veulent louer ses services mais ils n’arrivent pas à s’entendre. « Nous habitons à Mbour mais nous transportons des clients qui vont un peu partout. Nos prix différent selon les zones et le nombre de moutons ».

Malgré la présence des charrettes qui sont conduites par des enfants d’un très jeune âge, chacun arrive à se retrouver dans le business. Des jeunes femmes se promènent entre les troupeaux pour présenter leurs petits commerces de jus, beignets et sachets d’eau. La restauration n’est pas en reste, Ramatoulaye Tine s’y frotte les mains car elle arrive à écouler toute sa vente. « Je vends dans ce marché depuis juste deux mois mais j’avoue qu’avec l’arrivée des vendeurs de moutons, mes ventes ont augmenté surtout avec le week-end où il y a beaucoup plus de monde. Tout ce que je prépare ne traine pas, j’arrive à tout vendre et j’en rends grâce à Dieu ».

Ce marché installé à côté du lycée de Sandiara se déroule ainsi depuis un peu plus de 15 jours et continuera ainsi jusqu’à la Tabaski. Tout le bétail qu’on y retrouve est aussi envoyé chez le vétérinaire pour une consultation avant la vente ou l’abbattage.

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