AFFAIRE BBC : « UN SCANDALE À 10 MILLIARDS DE VERSIONS »

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JURY DU DIMANCHE

Invité du Jury du dimanche (JDD), une émission de Mamoudou Ibra Kane, ce 7 juillet, Mamadou Fall Kane, le Secrétaire permanent adjoint du Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (Cos-petrogaz), oppose aux accusations de l’opposition des arguments techniques. Ironique, il évoque, d’emblée, en parlant de l’enquête de BBC, « un scandale à 10 milliards de versions ».

Avant d’indiquer : « Il est absolument impossible que BP puisse verser un pareil montant pour gagner des parts. » Combien a été versé ? « Ça, je ne peux m’y prononcer. Il y a eu un achat de 250 mille dollars de parts qui ont fait l’objet de transactions. Ça, je peux le dire. Ces actions ont été rachetées et c’est public. Les autres montants avancés sont impossibles parce que vous avez un projet marginal en eaux profondes. Il faut savoir que le Sénégal ne vit pas dans une économie fermée, en autarcie. Le GTA est en concurrence avec d’autres projets dans le monde.

Aujourd’hui, il y a une surabondance de gaz naturel sur le marché mondial. Donc, les prix sont extrêmement déprimés, et les coûts de production sont tellement élevés, là on parle d’un gisement en ultra profond c’est-à-dire que vous prenez la ville de Saint-Louis, et on est à 120 km au large de Saint-Louis à plus de 5 mille mètres de profondeur sous la roche. Les coûts qu’il faudra mettre pour sortir ce gaz de la roche, ensuite les coûts liés à l’acheminement de ce gaz vers une plateforme de liquéfaction. Il y a des coûts parce que ça sort sous forme gazeux, il faudra le refroidir à -160° pour que ça soit liquide. Pendant longtemps, il faut savoir que le gaz n’avait pas de valeur. Aujourd’hui, c’est parce qu’on a mis au point des technologies qui permettent de transporter le gaz. C’est pour cela qu’on parle de gaz naturel liquéfié et à cela s’ajoute les coûts de transport.

Facilement, si vous prenez l’unité de mesure calorifique indexé au dollar, aujourd’hui pour que le gaz de Grand Tortue puisse être compétitif on doit le vendre sur le marché international entre 6 et 8 dollars. Aujourd’hui, il coûte sur le marché européen 4 dollars. Comment là où vous faites des marges très faibles de 1 à 2 dollars, vous allez partager avec BP et Kosmos qui sont les contractants, qui mettent leurs moyens avec un taux de rentabilité interne de 6%, comment vous pouvez payer des montants équivalents à 10 milliards qui correspondent au double de ce que BP va gagner, qui prend tous les risques, et qui a plus de 50% des parts. Economiquement, c’est impossible. »

Les 45 milliards du Sénégal dans le projet GTA

Poursuivant, l’ancien conseiller économique et financier du président Macky Sall souligne que ce sont « les professionnels de la politique qui ont rué dans les brancards mais tous les acteurs sérieux, les professionnels dans le secteur et les experts ne confirment pas ces chiffres. L’Etat du Sénégal gère ses futures recettes dans un contrat signé en 2012. Dans ce contrat, les recettes de l’Etat au moment du partage des profits se situent entre 55 et 63%. C’est-à-dire que BP qui prend tous les risques d’exploration, qui fait tous les investissements, une fois les coûts remboursés, l’Etat du Sénégal gagne 63%. Sur le projet GTA, l’Etat du Sénégal gagnera 45 milliards de dollars là où BP va gagner 22 milliards de dollars. Où es-ce que les intérêts de l’Etat du Sénégal ont été spoliés. Ça n’existe pas. »

« La formation, le challenge »

Fort de ce fait, il invite la jeunesse à « être optimiste » quant à la gestion du pétrole et du gaz. Toutefois, indique Fall Kane : « Le secteur pétrolier ne fournit pas beaucoup d’emplois directs. C’est au niveau des emplois indirects et des emplois induits qu’on peut créer jusqu’à 100 mille emplois. Mais les besoins du Sénégal à l’horizon 2035 seront autour de quatre (4) mille emplois. Donc, ce n’est pas le secteur pétrolier qui va régler tous les problèmes. C’est pour cela d’ailleurs que le chef de l’Etat a pris la décision il y a un (1) an lors des concertations nationales, à Diamniadio, le 12 juin 2018, d’adopter une loi sur la gestion des revenus pétroliers. Et cette loi va permettre de faire une allocation optimale des recettes pétrolières et gazières. Ce secteur doit booster les autres comme l’agriculture, l’industrialisation, créer une chaîne de valeurs de l’utilisation du pétrole et du gaz, créer notre industrie en pétrochimie, des industries de transformations des engrais. Avec le gaz, on va baisser nos coûts de production de l’électricité de 50%. Ce qui rendra notre économie beaucoup plus compétitive. De 2010 à 2017, les investissements directs étrangers entrants au Sénégal ont une progression de 10%, c’est passé de 271 millions de dollars à 534 millions de dollars. (...) Cela pour dire qu’avec les investissements massifs qu’on aura dans le secteur pétrolier et gazier qui se chiffre autour de 15 milliards d’investissements aujourd’hui, pour le projet gazier de Grand Tortue au Nord du Sénégal, le projet de pétrole, à Sangomar (Fatick-Ouest), cinq (5) milliards de dollars. Là, on parle de plus 200% d’investissements étrangers. C’est pour cela que la jeunesse peut être optimiste mais la jeunesse doit se former et surtout bien se former. C’est ça le challenge. »

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