VIDEO - SÉNÉGAL / MAURITANIE : RETOUR SUR LES ÉVÈNEMENTS TRAGIQUES DE 1989

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TÉMOIGNAGES

9 avril 1989 – 9 avril 2019. Il y a trente (30) ans survenaient les événements mauritaniens, qui ont causé une centaine de morts. Pour commémorer l’événement, des réfugiés mauritaniens, hommes, femmes et enfants, se sont donnés rendez-vous au siège de la Rencontre africaine de la défense des droits de l’homme (RADDHO). Aldiouma Cissokho, coordonnateur des organisations de réfugiés mauritaniens au Sénégal, et ses compatriotes, luttent contre l’oubli, tout en réclamant de « meilleures conditions » pour un retour volontaire.

Ancien policier sous le régime de Mawouya Sidi Ahmed Ould Taya, Abdoulaye Diop, aujourd’hui atteint de glaucome, a perdu la vue. Il est le président des réfugiés mauritaniens de Saint-Louis. Au micro de Momar Alice Niang, il revient sur la tragédie de 1989 et sur leur situation actuelle.

Le refus de l’oubli

Une commémoration qui coïncide avec un « moment où l’ignorance et l’oubli commencent à gagner le dossier », regrette le réfugié, face à la presse. « Pour nous, c’est comme si c’était hier parce que les cicatrices sont encore là. Les marques indélébiles de l’horreur traversent notre esprit et les conséquences sont importantes. En avril 1989, durant le mois béni du ramadan, le sol mauritanien a été arrosé par le sang d’innocents. Des milliers de personnes ont trouvé la mort à commencer par des négro-mauritaniens, des populations sénégalaises qui avaient migré en Mauritanie, sans parler des autres nationalités africaines, guinéennes, maliennes, gambiennes. Malheureusement jusqu’à présent, en raison de politique politicienne, on ne veut pas utiliser le mot génocide avec tout ce qui s’est passé. En quelques mots, après un incident banal, un événement minime, des difficultés entre des éleveurs et des agriculteurs, le gouvernement mauritanien en a profité pour déporter plus de 60 mille négro-mauritaniens. Cette déportation a eu comme conséquences de mettre les noirs dans une position de déni de citoyenneté dans le pays. »

Un système de discrimination qui perdure, martèle Cissokho. Qui indexe le gouvernement mauritanien : « Les terres des négro-mauritaniennes ont été expropriées. Dieu sait que nous ne voulons que retourner chez nous. Mais pourquoi nous ne pouvons pas retourner parce qu’actuellement en 2019, les violations de droits de l’homme en Mauritanie sont extrêmement alarmantes. Les organisations qui veulent venir s’informer de la situation sont systématiquement refoulées. Cela ne fait pas deux (2) semaines, une délégation d’Amnesty international aussi bien du Sénégal que de l’Afrique de l’Ouest, a été refoulée. En 2008, beaucoup de négro-mauritaniens ont emprunté le chemin du retour. Mais après le coup d’Etat, les rapatriés mauritaniens sont considérés comme des apatrides dans leur pays. Malheureusement, il faut le dire, les actions du gouvernement sénégalais et du HCR (Haut conseil des réfugiés) sont très timides. Elles sont tellement timides que l’Etat mauritanien continue à agir comme il l’entend. » Ce, alors qu’assène Cissokho, « l’accord tripartite signé entre le Sénégal, pays d’accueil, la Mauritanie, pays d’origine et le HCR, ayant le mandat international de protéger les réfugiés, stipule que trois (3) mois après l’arrivée les rapatriés doivent avoir leur papier d’identification. » En l’état, évalue le coordonnateur, « nous sommes en 2019, 99% des rapatriés venant du Sénégal en Mauritanie n’en disposent pas. Ce qui veut dire que c’est un déni de citoyenneté extrêmement grave. Les concernés ne peuvent ni voter ni travailler. Ces gens sont là-bas. »

Une « solution durable »

Comme solution, il rappelle que « le premier droit d’un réfugié, c’est le retour au pays. Si les conditions sont normales, si le retour se fait dans la dignité et le respect. » Toutefois, soutient-il : « La situation n’est pas facile. Etant donné ce qui se passe, nous ne voulons pas nous engouffrer dans un autre étau qui sera encore pire. » C’est la raison pour laquelle, décline-t-il, « nous avons demandé à l’Etat sénégalais et au HCR de voir une solution durable en dehors de la naturalisation et du retour comme les conditions ne sont pas réunies. Ça s’appelle la réinstallation. » Seul bémol : C’est le pays d’origine (la Mauritanie) doit déclencher ce processus. »

Aldiouma Cissokho de poursuivre : « Tout le monde dit que nous posons problème au gouvernement sénégalais par rapport aux accords de pêche avec la Mauritanie mais la seule manière de régler ce problème, c’est de nous faire sortir d’ici. Mais, il ne faut pas que le gouvernement mauritanien fasse un chantage sur l’Etat du Sénégal. » Il interpelle le chef de l’Etat, Macky Sall, sur leur situation. Au-delà, ils misent pour le changement à l’issue de l’élection présidentielle de juin prochain en Mauritanie.

Le 9 avril 1989, Diawara, une localité du Sénégal oriental, est le théâtre d’un accrochage entre des bergers peuls mauritaniens et des paysans soninké sénégalais. L’armée mauritanienne intervient, deux Sénégalais sont tués, plusieurs grièvement blessés, et une douzaine retenus en otages. 160 000 Mauritaniens et 70 000 Sénégalais sont rapatriés à ce moment-là. Rompues le 21 août 1989, les relations diplomatiques entre les deux pays ne seront rétablies qu’en avril 1992. La frontière sénégalo-mauritanienne est rouverte le 2 mai 1992.

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