SERVICES OU SÉVICES ?

news-details
EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

Les bras m’en tombent ! Soixante-douze heures de privation d’eau, voilà le calvaire vécu la semaine dernière par les résidents des vingt immeubles des HLM Maristes. Une folle équipée d’une unité d’intervention de la Société des eaux (SDE) a décidé, sur injonction de sa hiérarchie, de couper le robinet, d’excaver le compteur généraliste en l’emportant et de dérégler tous les compteurs individuels.

La besogne accomplie, les jobards repartent sous les yeux des habitants hébétés, médusés et impuissants. Peu en chaut à la classe politique, à la société civile et aux syndicats, d’ordinaire loquaces, qui s’emmurent dans un épais silence de circonstance. Au premier danger, certains ont la manie de s’enfoncer la tête dans la terre…quand d’autres, adeptes du déni de réalité, circulent et ne veulent ni voir, ni savoir. Les victimes, elles, les pauvres victimes, laissées à elles-mêmes, s’organisent du mieux qu’elles peuvent, se réunissent, convoquent la presse, pointent un doigt accusateur, s’apitoient sur leur sort et tentent, en ultime recours, des médiations.

Un double constat s’impose : un, le danger de l’indifférence s’installe durablement dans notre société, jadis solidaire et altruiste. Deux, il n’y a pas foule pour s’inquiéter. Autrement dit, pour vivre heureux, vivons les yeux fermés. Sinon comment comprendre cet acte violent et brutal de rupture d’alimentation du précieux liquide pour cause d’impayés ? Une dame habitant le quatrième étage d’un desdits immeubles, au bord de l’épuisement à force de porter des bassines, lâche : « c’est franchement inhumain… » A-t-elle une chance d’être entendue ? Pas sûr. Et d’ailleurs, qui est disposé à l’écouter ? Pas la SN HLM en tous cas qui voit dans ce geste un « moyen de pression ». Pas non plus la SDE, attendue pour s’expliquer, qui détourne le regard et se bouche le nez.

Les deux sociétés, assumant un service public, s’enferment dans des logiques de cloison et prennent en otage des usagers qui n’ont que leurs yeux pour pleurer. Rendez-vous compte : trois jours sans eau ! Et le supplice continue. La puanteur des fosses sceptiques, les odeurs, l’inconfort, le rationnement, l’absence de propreté des parties communes, les désagréments et les vilénies de la cohabitation. Tous les ingrédients de tension sont ainsi réunis révélant au grand jour les impatiences, l’intolérance, les incivilités accrues, les incongruités et l’animal de horde qui somnolait.

A qui la faute ? Les deux protagonistes du contentieux se rejettent la responsabilité, chacun cherchant à se dédouaner en accablant l’autre pour inverser la courbe des faveurs ou s’attirer les bonnes grâces du pouvoir. Oui, l’affaire n’est point technique puisque l’opérateur tout comme la société immobilière n’invoquent cet aspect. Et mieux, le Directeur Général de la SN HLM, dans un accès de sincérité qui confine à l’aveu, affirme que d’habitude « la tutelle intervient pour arrondir les angles ».

En clair, le ministre de l’Eau et de l’Assainissement, donc le politique, va se saisir du dossier et, avec son collègue de l’Habitat, du Logement et de l’Hygiène publique, trouver une solution définitive (et heureuse) à cette lancinante question de surcroît récurrente et très fâcheuse. Par ailleurs, l’imbroglio qui procède d’une guerre de périmètres, met en lumière le déficit d’interconnexion des dirigeants de la haute administration de notre pays. Si tous sont mus par des objectifs de performance, l’efficacité qui l’a sous-tend doit être largement partagée pour leur valoir succès et considération. Mais en inversant la démarche pour ne privilégier que les résultats de marché, ils tuent à petit feu le service public, socle d’expansion du PSE en son axe II.

A moins d’être habités par un esprit loufoque ou alacre, ceux qui ont ordonné le retrait des appareils de mesure manquent de jugement, surtout en cette veille de réorganisation de l’Etat impulsée par le Président de la République. Lequel ne devrait pas rester insensible à la diète infligée au habitants des Maristes, décidément en proie aux avatars de vie depuis 1998, année de réception des logements.

Le Président Macky Sall a les moyens d’étouffer dans l’œuf ces querelles velléitaires dont la faiblesse des intentions le dispute à l’inefficacité des actes. Il est même à craindre que de ces démons surgisse le chaos. Car, le même phénomène de répression sévit également dans les hôpitaux. Un malade, de surcroît indigène, soigné et guéri, est retenu contre son gré pour n‘avoir pas pu honorer sa facture. Les urgentistes des hôpitaux ainsi que les Sapeurs-Pompiers sont confrontés au quotidien à ces pratiques d’un autre âge frisant l’imposture.

Le vieux fond consistant à se faire justice est répréhensible. Simplement parce que la continuité de l’approvisionnement relève d’une mission d’intérêt général. La rupture est d’autant plus inadmissible que la qualité de service fait défaut, tant dans la santé, l’électricité, le téléphone, le fisc, le trésor et dans d’autres domaines moins stratégiques. Le pourrissement sans regret de la vie des usagers sonne comme une menace de notre cohésion sociale. Alors que le ramadan approche à grands pas, ces facéties s’ajoutent à la pénurie qui, selon le Ministre de tutelle Sérigne MBaye Thiam « était nécessaire pour sécuriser le système d’alimentation. » Comprenne qui pourra !

Parce que l’eau est à la confluence de tous les besoins vitaux, laisser la situation perdurer présente le risque de faire disjoncter tous les compteurs…

Bonne fête du travail quand même !

Vous pouvez réagir à cet article