image

« SI LE PARRAINAGE EST MAINTENU AUX LÉGISLATIVES,… »

image

Lors du dialogue politique, il représentait les non-alignés. Mais aux dernières élections territoriales, Déthié Faye s’est aligné sur Yewwi askan wi dont il était le candidat à la mairie de Déaly, dans le département de Linguère. Il a été battu et accuse ses adversaires de « fraudes ». Par ailleurs, le Président de la Convergence pour la démocratie et la République (Cdr) plaide pour la suppression du parrainage aux Législatives comme cela a été le cas pour les Locales afin d’éviter les contestations.

Quel le bilan tirez-vous des élections locales ?

D’une manière générale, nous pouvons dire que les élections ont permis aux populations de se mobiliser en masse pour montrer l’importance qu’elles accordent à la gestion des collectivités territoriales. C’est le constat que nous avons fait. Chez les acteurs politiques, nous avons constaté dans certaines localités des pratiques qui ne respectent pas les normes démocratiques allant dans le sens d’une utilisation massive du transfert d’électeurs. Elles ont conduit, dans certaines localités à l’élection de maires que l’opinion a fini d’appeler des « mercenaires ». Cette situation a pu avoir lieu du fait que la délivrance des certificats de résidence a été laissée à l’initiative exclusive des maires sortants. Ce qui leur a permis de changer fondamentalement la configuration électorale.

Avez-vous été victime de ces pratiques en tant que candidat ?

J’étais candidat à la commune Déaly (département de Linguère). Dans cette commune, ce qui s’est passé dépasse l’entendement. Nous avons vécu un transfert massif, inattendu, d’électeurs qui nous viennent des collectivités territoriales limitrophes, mais aussi, d’autres localités très éloignées, parce que simplement, on a actionné le sentiment ethnique, ce qui a amené certains à s’impliquer dans un combat qui n’était pas le leur.

Vous accusez le maire sortant, votre adversaire ?

Absolument ! Quand vous prenez la localité où il habite, elle fait moins de 20 concessions. Dans ce centre, le maire sortant est parvenu, au cours des révisions électorales, à faire en sorte que ce centre puisse avoir près de 976 électeurs. Vous imaginez un centre de vote qui n’a pas 20 concessions et qui parvient à polariser autant d’électeurs. Il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’il y a des cas de fraudes.

Avez-vous déposé un recours contre ces « fraudes » ?

Vous savez, quand vous êtes une autorité, vous faites obtenir à un mineur un extrait de naissance qui atteste qu’il a 18 ans ou plus, il n’y a aucune juridiction qui peut remettre en cause cela. Ce sont des fraudes, des manipulations qui, une fois que vous les réussissez, vous êtes couvert par la loi parce que tout simplement vous avez utilisé la loi qui est à votre disposition pour faire des pratiques qui sont hors normes démocratiques. Et malgré ces manœuvres qui ont été orchestrées, la liste Yewwi askan wi que j’ai dirigée dans la commune de Déaly a obtenu un taux de 37,15%. Cela témoigne que malgré les fraudes, une bonne partie des populations est acquise au changement. Et ce pourcentage, il sera rare de voir une liste qui l’a.

Vous étiez le représentant des non-alignés au dialogue politique alors que vous étiez investi par la coalition de l’opposition, Yewwi Askan wi, à ces élections locales. Comment expliquez-vous cela ?

Beaucoup de Sénégalais ne comprennent pas ce que sont les non-alignés. Ce sont des partis politiques qui ne sont pas dans la mouvance présidentielle. Donc, de fait, ils sont dans l’opposition. Mais, dans le cadre du dialogue politique, nous avons toujours refusé l’embrigadement, que l’on défende des positions de politique politicienne pour défendre un camp. Si nous étions dans la mouvance présidentielle, dans le cadre des concertations, nous serions dans l’obligation de respecter à la lettre les directives de celui qui dirige la mouvance, même si celles-ci ne sont conformes à la démocratie. Si vous êtes dans ce qu’on appelle communément « l’opposition traditionnelle », les gens ont l’habitude de raisonner en termes de grands partis, de partis représentatifs, de sorte que si vous êtes dans ce groupe, ce sont les positions d’un groupe ou deux partis qui sont défendues. Et le plus souvent ces positions ne sont pas conformes à la démocratie et aux aspirations du peuple sénégalais. Les non-alignés sont simplement ceux qui veulent défendre leur autonomie de penser sur toutes les prises de décision.

La date du 31 juillet a été retenue pour les Législatives. Pensez-vous que c’est possible ?

Nous pensons que techniquement, il est possible d’organiser les élections le 31 juillet 2022. Mais les délais seront tellement cours que nous risquons d’arriver à des contestations qui seront difficiles à surmonter.

Pourquoi ?

Parce qu’avant les élections législatives, il va falloir organiser une autre révision exceptionnelle des listes. C’est à l’issue de cette procédure que le fichier consolidé permettra de déterminer le nombre de signatures exigées pour participer à ces élections. Donc, cela va réduire notablement le temps qui sera imparti aux partis politiques pour collecter des signatures. L’autre problème, qui n’est pas résolu c’est le parrainage. Lors du dialogue politique, on était parvenu à un consensus pour qu’il n’y ait pas de parrainage aux Locales.

Les parties prenantes se sont rendu compte du bénéfice de ce consensus parce qu’il a permis aux listes d’aller à ces joutes sans qu’il y ait de contestations majeures. Maintenant, si on ne reconduit pas ce système aux Législatives, ce que la majorité avait refusé, obligatoirement, il y aura le parrainage. Et, le problème du parrainage, ce n’est pas le nombre de signatures collectées, mais la méthode de contrôle de celles-ci. Dès l’instant que le fichier qui permet de faire la vérification n’est pas consensuel, nous allons tout droit vers des contestations et des problèmes inutiles dans le pays.

C’est la raison pour laquelle nous pensons que le président de la République devrait, plutôt, envisager de discuter avec la classe politique pour aller dans le sens de la suppression du parrainage aux élections législatives. Cela devrait nous permettre d’avoir des élections apaisées, sans difficultés majeures. Et des élections législatives apaisées seront les prémices pour une élection présidentielle également apaisée. Parce d’ici là, nous aurons le temps de convenir d’un logiciel consensuel permettant la vérification éventuelle du parrainage à l’élection présidentielle de 2024.

Vous comptez aller aux Législatives sous quelle bannière ?

Je ne peux pas le dire tout de suite. Nous sommes dans une coalition (Yewwi askan wi), nous y travaillons. Les locales sont derrière nous, mais dès l’instant qu’une évaluation n’est pas encore faite, il serait hasardeux déjà de s’engager dans une direction ou dans une autre. Il faudrait que l’on sache si les faiblesses et les manquements notés vont être corrigés. Les élections législatives sont difficiles compte tenu de beaucoup de facteurs. Vous vous souvenez, en 2017, l’opposition voulait aller ensemble dans le cadre de Manko wattu Sénégal. À la dernière minute, il y a eu des éclatements qui ont conduit à la création de plusieurs listes. Donc, ce qu’il faut souhaiter, c’est que les erreurs commises en 2017 ne se reproduisent pas sinon chacun va prendre ses responsabilités.

Propos recueillis par Babacar FALL
Pape Doudou DIALLO (Photo)

20 février 2022


------------------------------------

Vous pouvez réagir à cet article