SOCIÉTÉ CIVILE - « LES MODALITES DU PARRAINAGE COMPORTENT BEAUCOUP DE LIMITES »

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PR BABACAR GUEYE

Cooptés par le Conseil constitutionnel, en qualité d’observateurs pour l’examen des fiches de parrainages des candidats déclarés à la présidentielle du 24 février 2019, les sept (7) personnalités indépendantes issues de la Société civile se prononcent.

Face à la presse, ce lundi 7 janvier, Waldiodio Ndiaye, expert électoral et coordonnateur du programme de la société civile « Sunu élection », Pr Babacar Guèye, président du Collectif des organisations de la Société civile pour les élections et président de la plateforme des acteurs non étatiques, Moundiaye Cissé de l’ONG 3D, Abbé Alphonse Seck, le directeur exécutif de Caritas Sénégal, Maïmouna Isabelle Dieng, coordonnatrice de la plateforme des acteurs non étatiques, Rokhaya Gassama, la présidente du Conseil sénégalais des femmes (COSEF) et Pr Aziz Badiane, patron de l’Organisation nationale des droits de l’homme (ONDH), ont relevé les faiblesses du système.

« Nous ne pouvons pas dire que le principe du parrainage soit un échec mais les modalités comportent énormément de limites et nous les avions entrevues et malheureusement, elles se sont avérées. Nous en avons eu la preuve, le parrainage tel qu’il a été envisagé (par le pouvoir) n’est pas bon. Les modalités de cette loi comportent beaucoup de limites. Il va falloir la revoir de fond en comble pour la révision pour la rendre beaucoup plus acceptable et en faire une loi la plus consensuelle possible », indique d’emblée Pr Babacar Guèye.

Cinq limites déplorées

Les limites qui tournent autour de cinq (5) points dont « la réglementation de l’ordre de passage qui a donné lieu à des bousculades et violences au moment des dépôts » et « l’absence de référentiel précis sur le logiciel de traitement pour éviter les erreurs matérielles. » Toutefois, souligne Moundiaye Cissé, « le manque d’informations sur le logiciel des données utilisées (quel logiciel, comment il a été paramétré, etc.) (et) l’absence d’informations détaillées pour les candidats sur les motifs des rejets et autres doublons » constituent des « faiblesses majeures » dans le processus.

A ce propos, précise Waldiodio Ndaiye, « il y a deux types de doublons : internes et externes. On est en présence d’un doublon interne lorsque la même personne accorde plusieurs parrainages au même candidat. Ce doublon entraîne rejet du parrainage. Seul le doublon externe est autorisé. C’est-à-dire lorsque vous obtenez un parrain or il se trouve qu’un autre candidat l’a déjà obtenu et cet autre candidat est passé avant vous pour le contrôle devant le Conseil constitutionnel. »

Les recommandations de la Société civile

Ainsi, pour corriger en perspective des élections locales de 2019, le groupe des sept (7) formule des recommandations visant d’abord, à « donner la possibilité aux candidats qui le souhaitent de vérifier les détails des motifs de rejet et de formuler des réclamations avant la publication de la liste des candidats ». Ensuite, « de mettre en place une plateforme unique d’enregistrement simultané des parrainages avec un accès codé (login) pour tous les candidats. Ce qui est faisable par le Conseil constitutionnel. »

Puis, « de revoir le mode de traitement des données en réduisant au minimum le nombre de champs à vérifier. Cela limiterait les marges d’erreurs, lors de la collecte des parrainages et de la saisie des données contenues dans les fiches de parrainages ». Et, « d’installer un dispositif de vérification et de contrôle en présence de l’ensemble des représentants des candidats. Ce, à l’image du fonctionnement de la Commission nationale de recensement des votes (CNRV) », « envisager un système de parrainage alternatif par des députés, des élus locaux ou des électeurs tel que préconisé par la société civile dans sa médiation entreprise lors des concertations sur le processus électorale », « prendre des mesures adéquates pour rendre plus souples la gestion des parrainages en vue des élections départementales et municipales (des élections plus complexes). Enfin, « faire une évaluation du dispositif technique de traitement du parrainage avec l’ensemble des acteurs concernés, afin d’en tirer toutes les leçons d’amélioration et de corrections nécessaires y compris en révisant profondément la loi sur le parrainage. »

Les observateurs clament leur indépendance

Selon Maïmouna Isabel Dieng, il est prématuré pour eux de conclure que le groupe est satisfait ou non de sa mission d’observation, étant entendu que « le processus n’est pas encore terminé ». Car, après cette déclaration d’étape, les sept personnalités indépendantes sont invitées demain mardi 8 janvier à observer la suite du processus pour les trois autres candidats qui sont en train de régulariser leur dossier de parrainage, à savoir Idrissa Seck, Malick Gakou et Me Madické Niang.

« Quand nous avions commencé ce processus, insiste Rokhaya Gassama, nous avions appelé pour faire une conférence de presse pour mieux vous faire comprendre notre mission qui est basée sur une mission citoyenne, gratuite et bénévole parce qu’à l’époque, on avait entendu beaucoup de sorties par rapport à ces sept (7) observateurs qui étaient peut-être manipulés ailleurs ou bien qui recevaient ou qui avaient été nommés. Aucunement. Nous ne sommes pas des politiques. Nous ne sommes ni dans un camp ni dans l’autre. Ceci étant dit, nous avons considéré pour être quitte avec notre conscience, qu’il fallait continuer ce partage d’informations suite à ce que nous avons vu et observé. C’est la deuxième conférence de presse. Peut-être qu’il y ’en aura une troisième qui va clôturer ce processus. »

Débat sur le logiciel

Sur la question du logiciel contesté par l’opposition, Waldiodio Ndiaye se veut très clair : « Il appartenait au Conseil constitutionnel compte tenu de ses prérogatives de définir les modalités par lesquelles il doit faire son contrôle. Donc, c’est le Conseil constitutionnel qui a choisi son prestataire qui lui a fait un logiciel. Aujourd’hui, nous ne savons pas comment le logiciel a été paramétré parce qu’il ne faut pas oublier une chose, nous sommes des observateurs. Un observateur observe et rapporte ce qu’il voit. Donc, ce que nous avons vu, c’est sur ces points-là que nous pouvons nous prononcer. »

La mission s’est toutefois réjouie de « l’acte posé par le Conseil constitutionnel » que le groupe des sept (7) qualifie d’ « inédit » avec l’ouverture du contrôle à la société civile. Sur ce point, notent-ils, « les opérations de dépôt, de contrôle, de traitement ainsi que l’édition du Procès-verbal (PV) ont été faites en présence du candidat ou de son mandataire et des observateurs de la société civile. »

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