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SODIOP, UNE VIE DE MODÈLES

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« Ma sœur chérie, tu choisis, lol ». « Tu m’as imposé le choix chéri Kiné, bayou Belel… » ainsi commençaient souvent nos échanges. Voilà que je me retrouve à parler de toi au passé. Soro Samba Diop. Et là je n’ai pas le choix ! Mon Dieu… Non ! Je fais le choix du présent éternel. Parler de Sodiop, écrire sur Sodiop, cet homme galant à la plume merveilleuse n’est pas un exercice facile. Peut-être raconter une partie de ma part de Soro Samba Diop, cet homme que j’ai découvert réellement après avoir perdu Vieux Sakho, ce qui explique peut-être pourquoi vous êtes jumeaux dans mes pensées. Vous avez en commun cette belle plume, l’exigence et la rigueur dans la qualité de l’écriture, cette soif éternelle de connaissances, et l’immense besoin de les partager. Cette générosité du cœur, de l’esprit, de la main, de la poche, bref vous êtes des hommes de partage. Point ! Vous avez aussi en commun l’élégance du port et du verbe. La courtoisie en toute occasion, commençant toujours par « mes respects… » et finissant toujours par « … merci infiniment ».

Quelle plume ! Avec Soro Samba Diop les mots ont des couleurs, des formes. Ils sont vivants parfois enivrants. Tantôt ils se succèdent pour rendre la sacralité des faits, tantôt pour ouvrir les yeux, l’esprit, transmettre des émotions, former des opinions. Le plaisir de lire. Soro Samba Diop, c’est le père modèle qui ne revient jamais les mains vides, qui pense toujours au pluriel ; dans son bureau il y a toujours de la nourriture à partager, pour le ventre et pour l’esprit. Soro Samba Diop, c’est le fils modèle. Qui a chouchouté sa maman jusque dans la tombe. Je te revois au chevet de ton papa et retiens de lui le vieux kaw exigeant de faire sa prière de takussan sur la civière, en route pour les Urgences et qui retourne à son Seigneur, chapelet en main.

Soro Samba Diop, c’est le collègue modèle. Travailler avec toi, pendant une décennie, toute une vie a été un plaisir, un apprentissage au quotidien. Des leçons de grandeur, d’humilité, de professionnalisme, de sagesse. Tu es l’aîné, et pourtant mon adjoint de la coordination dans un contexte mâle, avec une profession fort exigeante. Tu n’as jamais rechigné pour le service bien fait, n’as jamais mis au défi la hiérarchie. Ta loyauté n’a d’égale que la grandeur de ta personnalité dont le vocabulaire se décline sans le mot rancune. Que de secrets tu as su garder ! Parce que tu es un homme de valeurs, qui sait faire don de sa personne pour le bien du collège, du « clergé » à l’époque. J’insiste sur l’aîné que tu es et que je ne ménageais point. Tu te rappelles de ce samedi, jour sacré pour un journaliste de presse écrite, à mon appel tu as répondu pour « sauver le soldat… ». Sans crier gare tu as abandonné « le douillet » confort de Kiné pour aider à trouver, bien après minuit, la pilule qui a aidé à calmer la République… Tu n’en as jamais fait état !

Ma douleur est profonde. Tellement que la mort nous laisse toujours ce goût d’inachevé. Que faire de ces affaires que je devais te remettre ? On devait coordonner une rencontre après la tabaski, mais il était écrit que nous avions épuisé notre crédit rencontres sur terre. Que faire ? Je t’entends me chuchoter de ta voix tonitruante « invoque la foi ». Alhamdoulilah alla kouli haline.

Je ferme les yeux et te revois sur ta natte de prière, la jambe droite pliée et la gauche surélevée, et je ressens de l’apaisement. Mon corps semble se détendre, mon âme se libère… Voilà que je commence à faire le deuil. Grâce et Gratitude à Allah SWT. Je me réjouis de te croire libéré de ces soucis de la vie sur terre, de cette quête du meilleur pour notre profession. Tu as accompli ta part de mission et nous as laissé un testament à méditer autant par les confrères que les cons de frères.

Avec toi, la faucheuse s’est voulue brutale. Mais je ne lui en veux plus, convaincue que Dieu Tout Puissant, t’a accordé une fin de vie rapide, t’a épargné la terreur d’une lente et longue agonie. Alors que cette route, actrice et témoin de tes derniers instants, soit pour toi le Chemin de la Miséricorde divine. Que la mort soit pour toi juste un passage vers la félicité. J’ai espoir. Nous avons espoir.

Au Ciel, j’imagine un homme jovial en train de rire de nous autres, pauvres mortels, qui sommes encore tristes de ne plus t’avoir en « chair, en os et en matière plastique » mais nous sommes heureux de te savoir, plus qu’un espoir, élu parmi les élus de Dieu pour l’éternité. Dans ce monde céleste, ton téléphone ne cessera de sonner, eh oui ; le monde ne peut plus t’oublier. Car tu n’as jamais oublié ton monde. Vendredi dernier, 23 septembre 2022, tu m’as écrit pour me souhaiter un bon diouma : « Si ta bonne action te rend heureux et que ta mauvaise action te dérange, tu es un croyant ». J’ai compris le message… Tes petits mots et câlins du matin me manquent déjà. Ainsi, tu décrocheras au son de ces likhlass que nous te devons en souvenir de tant d’amour, d’affection, de bonté que tu as semé, enrichi et fait vivre en nous. A barsakh, tu rencontreras, j’en prie le Seigneur, un certain Mamadou Doudou qui t’expliquera nos liens de parenté via mon aïeul Samba Sinthiou, en la mémoire de qui, j’aime décliner tes prénoms.

Que la terre de Kanel te soit légère !
Repose en paix Diop Samba. Mes respects mon frère.
Merci infiniment mon chéri.

Aminatou Mohamed DIOP

4 octobre 2022


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