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SONKO-ADJI SARR, VIOL OU PAS VIOL ?

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2021 tire à sa fin. Pour l’occasion, Emedia lance une série d’articles revenant sur les dix faits marquants de l’actualité durant l’année écoulée. Au menu du second épisode : l’affaire Sonko-Adji Sarr.

Que s’est-il passé au salon « Sweet beauté spa », dans le quartier Sacré-Cœur-III de Dakar, dans la soirée du 2 au 3 février 2021 ? Cette nuit-là, une jeune femme prénommée Adji Sarr, 17 ans, se présente à la section de recherches de la gendarmerie pour déposer plainte contre Ousmane Sonko. Elle accuse le député de l’opposition de l’avoir violée sous la menace à quatre occasions, la dernière datant de la nuit de son dépôt de plainte.

Contradictions

Elle raconte aux enquêteurs : “Un jour, Ousmane Sonko s’est présenté à notre cabinet de massage pour des soins de son corps. Par hasard, c’est moi qui ai ouvert la porte et je me suis rendu compte que c’était le président Sonko. Il est donc directement parti dans la cabine sans passer par la salle d’attente. Il avait pris l’option du massage tonifiant, car se disant très fatigué ce jour-là. Je lui ai alors fait tout le massage. A la fin, je lui ai dit que le massage était fini, mais il était resté couché. Je lui ai encore répété : « Tonton le massage est fini ». Il m’a alors demandé si je le reconnaissais. J’ai dit non et je lui ai rétorqué que je n’avais pas besoin de le connaître. Il m’a dit : « Je sais que tu m’as reconnu, parce que n’importe quelle fille aurait voulu être à ta place ». Il m’a demandé si je ne voulais pas quelqu’un qui me soutienne pour m’offrir de l’argent. J’ai encore répondu non et que si je voulais cela, je sais où l’avoir. Il m’a alors menacée de me faire perdre mon boulot. Il me dit que la seule manière de garder mon boulot est de le satisfaire parce qu’il était un client important de la boite et que si ma patronne venait de l’apprendre, je serai renvoyée “.

Elle poursuit : « Ainsi, n’ayant pas le choix, je me suis déshabillée et me suis couchée sur la table où je lui faisais le massage. Je tiens à préciser que c’était la première fois que je faisais un rapport sexuel. Je ne me rappelle pas de la date des faits et je ne l’ai dit à personne. Le 21 janvier, le 31 décembre et le 2 février, il m’a obligée à entretenir des rapports sexuels avec lui. Ousmane Sonko a mon numéro mais il ne m’a jamais contacté. Je voulais ajouter qu’il ne s’est jamais protégé en entretenant des rapports sexuels avec moi ; Il me proposait toujours d’acheter une pilule ».

Dans le procès-verbal de synthèse, les enquêteurs relèvent, toutefois, “un certain nombre de contradictions” dans les déclarations. “La plaignante évoque dans sa plainte un message écrit par le mis en cause lui disant qu’il arrivait à l’institut de beauté. À la question de savoir si elle avait toujours le message, elle déclare l’avoir supprimé”. Entendue par les gendarmes, la jeune femme reviendra d’ailleurs sur sa déclaration initiale, affirmant que le député ne lui a pas envoyé le message directement, mais par l’intermédiaire de la propriétaire du salon, qui lui aurait ensuite transféré.

Une version contredite par sa patronne devant les enquêteurs, qui met en doute les déclarations de son employée, qu’elle accuse d’être une “manipulatrice” : “Elle demandait à mon mari d’appeler Sonko pour qu’il vienne se faire masser avec insistance” dans les jours qui ont précédé la plainte, affirme-t-elle. Elle ajoute : “Nous avons tous compris que Adji préparait quelque chose”.

De son côté, Ousmane Sonko, tout en reconnaissant s’être rendu à plusieurs reprises dans ce salon de massage pour soulager des douleurs dorsales, nie ces accusations et dénonce un complot ourdi par le président, Macky Sall, pour l’écarter de la prochaine présidentielle, prévue en 2022. “Nous ne croyons pas à cette justice mais nous avons confiance en certains magistrats”, déclare Ousmane Sonko, décrivant “la vacuité du dossier” et une “procédure viciée”.

Contrôle judiciaire

Par ailleurs, après la levée de son immunité parlementaire, le 26 février, le mis en cause est convoqué par le doyen des juges le mercredi 3 mars. Alors qu’il se rendait au palais de justice pour déférer à la convocation du juge, il est arrêté à la suite d’incidents survenus sur le trajet menant au tribunal.

Les signaux des chaînes SenTv et Walfadjri, dont les journalistes couvraient ces émeutes, ont été coupés dans la journée par le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA). Il a été jugé que les deux médias faisaient « explicitement ou implicitement l’apologie de la violence » en diffusant des images incitant à des troubles de l’ordre public, ou "de nature à constituer une menace pour la stabilité nationale ou la cohésion sociale".

Après la prolongation de la garde à vue de Sonko, des actes de saccage et de pillage se déroulent dans plusieurs localités du pays, causant 14 morts.
Devant l’ampleur des dégâts, Ousmane Sonko est libéré, le 8 mars, et placé sous contrôle judiciaire. Il lui est également stipulé de remettre son passeport aux autorités, et de demander l’autorisation du juge s’il souhaite voyager.

Neuf mois ont passé depuis lors, et un procès n’a toujours pas eu lieu. Récemment dans un entretien accordé à France 24 et RFI, Macky Sall a néanmoins garanti q’un jugement aurait lieu : “Ce dossier est pendant en justice et il sera traité. Ces émeutes ont entraîné, malheureusement, 14 décès. De jeunes gens. La commission d’enquête est mise en place, nous avons engagé une procédure judiciaire interne, avec des enquêtes internes, elle attendra que l’enquête nationale se fasse et que les conclusions soient connues".

Cheikh Moussa SARR

21 décembre 2021


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