SUR LA CROISETTE… HUGUES DIAZ, DIRECTEUR DE LA CINÉMATOGRAPHIE : « JE NE VISE PAS LA PALME D’OR… »

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72E ÉDITION DU FESTIVAL DE CANNES

La présence de Mati Diop sur la Croisette est une aubaine pour le Sénégal. Son film « Atlantique » en compétition pour la Palme d’or, mériterait au moins un prix scénaristique, pense Hugues Diaz. En face du ponton du pavillon Sénégal sur la Croisette, le Directeur national de la cinématographie parle du film de Mati Diop.

En tant que critique, quelles sont, selon vous, les chances de Mati Diop de remporter la Palme d’or ?

Je suis en train de regarder les autres films. Et, le potentiel du film de Mati est qu’il possède beaucoup de codes et de symboles. Et comme nous sommes dans un festival comme la Berlinale où nous avons des jurys qui sont pointus, le sens est de pouvoir les décoder. Un film lorsqu’il laisse entrevoir des symboles à percer c’est là où l’on dit que le film est riche. Et je pense que le film de Mati traduit tout cela. Les gens ont traité de l’immigration, du sens de l’amour. Et les allusions, les métaphores qui s’y dégagent font de ce film une production riche. Je puis dire qu’elle a assez de chances, en attendant, il y a de vrais grands noms du cinéma qui sont des férus mais l’esthétique dégagée par cette jeune, je pense que cela me donne confiance qu’elle ait au moins un prix. Je ne vise pas la Palme d’or. Si cela vient, Dieu soit loué, mais je sais qu’elle peut gruger quelques prix scénaristiques, techniques parce qu’aussi le potentiel technique est très fort.

Vous pensez à un prix comme celui de la critique du Jury remporté par son oncle Djibril Diop il y a 27 ans ?

Pourquoi pas. Mais aussi, tout prix qui viendra couronner des efforts d’écriture, de qualité technique et de jeux d’acteurs. J’ai été très stupéfait de voir des acteurs à leurs premiers rôles et qui l’ont bien incarné, parce que le cinéma, ce n’est pas du théâtre. Une autre dimension assez importante, c’est que nous puissions transmettre de beaux, de grands messages à travers une langue nationale, le wolof. Et il n’y pas de complexe à se faire, si j’étais dans un jury rien que pour l’utilisation parfaite et incomprise d’une langue comme le wolof j’aurai félicité ce réalisateur, cette production. D’abord, parce que la langue est un véhicule de culture et là dessus cela était sans pareil avec des codes et une langue qui traduit un charme, une belle métaphore, un beau langage qui a été bien transcrit. En Anglais comme en Français, les textes étaient là. En tout cas, c’est un film qui est potentiellement fort, en symbole et en richesse filmographie, à la fois technique et artistique.

Par ailleurs, vous vous plaignez que les télévisions sénégalaises n’achètent pas les productions sénégalaises locales

Oui, c’est un véritable paradoxe dans notre production cinématographique audiovisuelle au moment où des séries sont en croissance. Vous demandez à des producteurs, ils vous disent que les producteurs ne jouent pas le jeu. Et dans un écosystème où on veut créer cet accès aux productions locales au niveau de nos populations, il faudrait que les télévisions jouent le jeu comme la France le fait et comme cela se fait dans tous les pays. Les télévisions participent soit à la production soit au pré achat en achetant du contenu. Et dans ce passage de la Tnt où nous avons une floraison de télévisions, de diffuseurs, de contenus audiovisuels, il faudrait que nous prenions vraiment des mesures ardues pour corriger cet impair. Aujourd’hui, c’est vrai, il faudrait des quotas en termes de contenus de stock. Je dis bien du contenu de stock parce que faire une émission de lutte et de chants religieux comme on en a à profusion dans nos télévisions, ce n’est pas du contenu de stock. Je n’ai rien contre le cultuel, mais, aujourd’hui dans nos télévisions, on a tellement besoin de contenus qui éduquent nos populations, qui les sortent de ces carcans de l’Europe et autre. Du contenu, il y en a : des documentaires, des films documentaires et des films de fiction, à profusion.

Et comment expliqueriez-vous cette réticence des télévisions

Les gens produisent mais ce sont beaucoup plus des télévisions extérieures qui les achètent et qui ne paient pas forcément le bon prix. Parce que, les gens lorsqu’ils viennent acheter ces contenus sont en langues nationales. J’ai vu une série produite avec la langue al « pulaar » tellement beau et qui est là, qui traine. Et c’est une chaine comme A+ qui viendra l’acheter à vil prix, pour la diffuser, la sous-titrer et la doubler. C’est ce qu’il faudrait qu’on évite. Comme on dit, il y a la fuite des cerveaux mais évitions la fuite de nos contenus qui sont un peu une naissance, une vie pour nous. Essayons de corriger cela. Que les télévisions puissent acheter du contenu. Cela ne fera que développer notre écosystème.

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