SUR LE FIL DU RASOIR - Par Mamadou NDIAYE

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Editorial

Solide parce que ancrée, la démocratie sénégalaise peine toutefois à se consolider. A intervalles irréguliers, des remous ou des tumultes la secouent. Tantôt l’opposition pousse des cris d’orfraie lorsque elle se sent confinée. Tantôt le pouvoir rue dans les brancards, s’étonnant que sa gouvernance soit contestée alors qu’il tire sa légitimité du peuple qui l’a élu. Dans ce vacarme assourdissant, très peu d’échanges, très peu de dialogue entre acteurs d’un jeu aux règles souvent contestées.

Le Sénégal vivra-t-il un jour des élections apaisées ? La classe politique se montrera-t-elle à la hauteur des enjeux en renonçant aux querelles de chapelle pour sauvegarder l’essentiel : les acquis démocratiques conquis au gré des cycles d’évolution de notre pays ? Les opinions ont muri. Les citoyens deviennent plus vigilants. Les contre-pouvoirs augmentent et se diversifient et, fait nouveau, mutualisent leurs efforts pour rendre irréversibles les progrès accomplis et redonner au pouvoir politique une colonne vertébrale, du charme et de l’attraction. Sans crier gare, des figures de proue de la politique ont levé le pied : Amath Dansokho, Abdoulaye Bathily, Madior Diouf, Mamadou Ndoye, Yéro Deh, Mbaye Diouf. Respect.

D’autres se sont engouffrés dans la brèche ouverte, donnant lieu à un renouvellement du personnel qui ne dit pas son nom : Abdoul Mbaye, Ousmane Sonko, Malick Gackou, Aguibou Soumaré. Ce dernier et le premier, tous d’anciens Premiers Ministres, en rejoignant les rangs de l’opposition devraient contribuer à relever le niveau du débat politique tant leur parcours et leur expériences plaident en faveur d’une amélioration qualitative de l’échiquier. Or ils ne sont pas au niveau où ils étaient attendus, à tort ou à raison. Qu’ils se complaisent dans la polémique, l’outrage ou l’invective n’est guère à leur avantage. Pas plus qu’ils ne devraient ériger le silence, le mépris ou l’indifférence en un mode opératoire face aux tenants du pouvoir qui ne trouvent guère grâce à leurs yeux.

Les uns et les autres doivent se racheter une conduite pour bénéficier de la faveur des suffrages tant convoités. Pour le moment, seul Sonko sort du lot en compagnie de l’avocat Madické Niang qui a très tôt compris qu’une sérieuse hypothèque pèse sur la candidature aléatoire de Karim Wade. Le « fils pressé » Idrissa Seck, quant à lui, s’est beaucoup époumoné pour sortir du « purgatoire », ce qui augure pour lui d’une difficulté supplémentaire en direction de la présidentielle à venir. Séparément, le parrainage a clarifié les pointures de tous les protagonistes. Les recalés pourront-ils s’allier derrière le plus performant pour imposer une autre tournure à la présidentielle attendue ? Il est peu à parier que les égos vont s’effacer au profit d’un collectif comme en 2012 face à Abdoulaye Wade qui s’entêtait à faire aboutir un projet funeste et infamant. On ne retrouve ni les accents de l’époque ni l’enthousiasme des fortes mobilisations autour de causes transcendant les clivages. Verra-t-on les « braises s’éteindre » ? Il est permis d’en douter. Car, même dans l’adversité, la courtoisie républicaine recommande de garder la mesure. Or au regard des pratiques actuelles certains exaspèrent par le propos quand d’autres désespèrent par l’inaction.

La prochaine élection présidentielle livre à petites doses sa figure composée. Le filtre du parrainage et l’examen des dossiers ne laissent passer que 5 des 27 candidats qui se pressaient au portillon. Pour peu nous aurions frisé le ridicule d’une campagne déjà pauvre et quelconque qui nous installe dans une lente détérioration du vote : soupçon sur le fichier, défiance à l’égard du Ministère de l’intérieur, méfiance vis-à-vis du juge électoral, très peu de crédit accordé aux initiatives de transparence même assorties d’engagements de la part de l’Etat. Le retournement n’est pas pour demain. Car la crispation des positions n’ouvre pas un espace de dialogue pour donner le meilleur de soi à chacun. Qu’est-ce qui peut en découler si ce n’est le pessimisme ? Les faibles revenus, les « sans dents » et les agités sont plus exposés que ceux qui s’en sortent malgré les avatars d’une crise qui peut toutefois se dénouer. Le temps joue contre les impatiences autant qu’il rapproche l’échéance du 24 février que tous espèrent tranquille.

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