THIERNO MADANI, L’EMPREINTE

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EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

La famille omarienne a une intense soif de connaissances. Chez les Tall, l’avenir reste lié à l’attachement aux Saintes Ecritures du Coran, tradition qui se perpétue de génération en génération depuis des siècles. Pour s’en apercevoir, meilleure occasion n’est autre que la nuit du destin, symbole de la « descente du Livre Sacré » via l’Ange Djibril avec pour destinataire prestigieux le Sceau des Prophètes, Mouhamed (SWT).

Cette nuit est celle des lumières, de la rupture avec les ténèbres, la pénombre, l’égarement et le début d’une aube nouvelle : le scintillement des esprits. La récente soirée du Leylatoul Qadre a revêtu un cachet exceptionnel au domicile de Thierno Madani Tall avec le couronnement de deux de ses fils, Ahmadou et Oumar, certifiés pour leur maîtrise du Coran appris auprès d’un des foyers les plus ardents du pays, celui de Thierno Mamadou Bocar Yale installé à Dagana. Le Coran a été révélé à l’humanité au cours du mois de Ramadan. Symboles.

Tout le gotha du savoir ésotérique s’y était retrouvé, donnant au moment une solennité inédite ponctué de témoignages saisissants sur le parcours de ces jeunes prodiges. On ne peut que se réjouir que soit ainsi tracée la voie d’une transition limpide, un passage de relais ou de leviers de savoirs « aux âmes bien nées ».

Thierno Madani savoure l’instant de bonheur dans un silence qui trahit la soudaine émotion qui l’envahit. Défile alors dans sa tête le glorieux passé auquel il reste soudé et dont il assure avec toute la descendance, la continuité vigilante. L’étape « Almoudoo » est un passage obligé chez les jeunes Tall à l’entame d’une vie de sacerdoces. Eduqués « à la dure », ils savent qu’il s’agit pour eux d’un appel au resourcement, d’un éveil au renoncement et de la découverte des épreuves de vie par l’abandon de soi pour une meilleure appréciation de l’estime de soi justement.

Ce parcours s’applique à eux de façon indistincte, quoiqu’il advienne. S’il est tant redouté, cet itinéraire académique ne suscite pas pour autant de crainte démesurée. En revanche, sortir par le haut confère aux récipiendaires de l’authenticité en leur qualité d’héritiers d’une charge à résonnance universelle.

Les Tall, disions-nous, issus de la haute noblesse Pulaar, voient filer le temps, mais ne s’écartent pas de la voie tracée par l’illustre aïeul, de surcroît résistant intrépide. Cheikh Oumar Al Foutiyou, en conquérant par nécessité et devoir combinés des régions entières de l’Afrique de l’Ouest, a laissé une empreinte indélébile, une œuvre indépassable dont jouissent aujourd’hui encore des millions d’Africains du continent et de la diaspora.

Par son regard perçant et sa douceur bouleversante, Thierno Madani Tall est non seulement un parangon de vertus mais aussi et surtout un continuateur de l’immense œuvre léguée par ses renommés prédécesseurs dont son propre père Thierno Mountaga Amadou Tall. Curieux et ouvert, il a un sens élevé de l’écoute. Qui plus est, il entend. Et, son jugement mesuré, s’appuie sur une connaissance intime des réalités avec lesquelles il entretient une désarçonnante proximité.

Il est connu pour son savoir ésotérique et sa densité intellectuelle. A cet égard, ses fréquentes incursions dans le Livre Sacré le Coran, illuminent sa pensée lorsqu’il s’agit de décortiquer une complexité ou d’administrer les hommes et les situations tout en étant à cheval sur les problématiques contemporaines. Il est nuancé dans le propos.

Héritier d’un père tutélaire avec un magistère constellé de hauts faits, Thierno Madani a très tôt découvert la responsabilité pour avoir sillonné de vastes contrées à la rencontre des fidèles de toutes les conditions sociales. Sa demeure ne désemplit pas. De partout, lui parviennent des échos d’adhésion à sa démarche. Il déploie son réel talent de médiateur pour raccorder des positions, éviter les querelles inutiles et mobiliser les hommes (et les femmes) pour des projets d’envergure. Chez lui la grandeur s’octroie par l’endurance.

Il a ré-enchanté la foi. Au point que ses avis, toujours motivés, galvanisent les foules qui se les approprient avec enthousiasme. N’en est-il pas ainsi lorsque le projet de rénover la Grande Mosquée sise sur la Corniche a été soulevé ? Philosophe, il avait posé l’équation sur le tapis vert. Serait-il fier de démolir un lieu de culte édifié par son père avec le soutien des fidèles d’alors ? N’aura-t-il pas sur la conscience de laisser ce même lieu de culte tomber en ruine ? Ce dilemme a longtemps prévalu chez ce guide à l’allure chevaleresque, au corps frêle et à l’esprit fécond.

Bien entouré par des compétences plurielles, il soumet le projet à « référendum » avant de se « plier à la majorité qualifiée ». Décision est prise de raser la mosquée, redevenue « ground zéro » grâce à l’appui inestimable du Président de la République Macky Sall. Lequel a murmuré à l’oreille du marabout sa décision de reconstruire en plus grand cette vénérable Mosquée sur un lieu imprégné de piété où trône majestueusement le Mausolée de Thierno Saydou Nourou Tall et de Thierno Mountaga Amadou Tall.

L’endroit fédère les espérances soufies qui convergent dans la magnificence du Livre saint : le Coran, un condensé des textes sacrés qui expurgent toute radicalité malveillante. Or Thierno Madani Tall se pose en gardien des lieux pour fixer et le comportement et la pratique du musulman dans la pure tradition de l’orthodoxie musulmane du rite malékite.

Parce qu’il est également moderne, le marabout n’élude pas les équations de l’heure. Ainsi est-il curieux de tout : la crise des monnaies, la guerre des devises, le changement climatique, les mission sur Mars, les luttes d’influence entre puissances économiques ou militaires, l’émergence de nouvelles nations, l’exploitation des ressources, l’iniquité, l’inégalité, l’injustice, l’émigration clandestine, les problèmes de jeunesse, le terrorisme, l’instabilité aux frontières et les nouveaux radicalismes.

Il s’étonne et s’interroge sur les gestes qui percutent la morale religieuse. Selon lui, l’humanité n’est pas désarmée -loin de là- pour réguler autrement le monde secoué, il est vrai, par des crises protéïformes. Le marabout, sobre et altier, cultive la tolérance qu’il érige en valeur aboutie dans ses rapports aux autres. A l’aise face aux interlocuteurs de quelques obédiences qu’ils soient, Thierno Madani séduit par son discours solidement documenté, laissant partout une forte impression qui finit par se transformer en sympathie.

Il ne pêche pas par naïveté face au chaos qui s’étend. A nouveau, il a su parler aux foules avec l’extension de la pandémie en procédant avec une autorité naturelle à la fermeture « historique » de la Grande Mosquée omarienne sans que cela choque personne. Son discours a précédé l’acte bien compris pour être accepté. Il est rassurant de disposer en lui une force tranquille capable de rassurer et d’orienter dans un monde happé par les troubles et tenaillé par des incertitudes. Le Sénégal rêve-t-il d’anges ?

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