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TOURNANTS DÉCISIFS

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Il y a loin de la coupe aux lèvres. Mais le temps presse. Pour autant, personne ne s’empresse malgré un agenda politique chargé. Après une brève euphorie au lendemain des locales, l’opposition coalisée, victorieuse dans les grandes villes, montre des signes inhabituels d’un calme pour le moins étonnant. La coalition adverse, celle au pouvoir, repart au combat sabre, au clair, requinquée il est vrai par son chef déterminé à gagner la mère des batailles : la conquête de Dakar aux prochaines législatives.

Qu’est-ce qui se prépare dans les états-majors politiques ? Les divers camps s’organisent et, sûrement, ont fini d’apprécier la conjoncture pour désormais dégager des lignes de force devant structurer les initiatives à entreprendre pour les étapes suivantes. Elles sont d’importance inégale cependant et se succèdent à un rythme haletant.

Aux uns une opération de survie s’avère impérative, aux autres il s’agira de poursuivre l’opération de charme. Tous multiplient gestes, paroles et attitudes dans un énorme pow wow destiné à attirer l’attention sur soi ou à provoquer le déclic pour fouetter les esprits. Le Président Macky Sall, qui ne s’en laisse pas conter, oblige ses troupes à aller à l’assaut des « citadelles imprenables » pour rencontrer les populations et surtout leur donner la parole et les écouter » en faisant (surtout) preuve d’humilité.

« Ouvrez-vous aux autres », a-t-il tonné samedi, choqué par le faible parrainage obtenu à Dakar par sa formation et ses alliés. En nommant les maux, Macky n’entend pas accroître le malaise. Non plus il ne veut se contenter de récits. Fussent-ils glorieux d’ailleurs. Il agit plutôt. La prochaine élection législative postule déjà des changements notoires. Le Parlement va se renouveler. De nouvelles têtes feront leur entrée dans l’hémicycle, épicentre de notre démocratie délibérative.

Quelle couleur politique dominera les travées ? Nul ne le sait présentement. Mais à mesure que se rapproche l’échéance, les périmètres se précisent avec des terres d’élection qui vont être âprement disputées. Bien évidemment les investitures refléteront cette dureté dans les choix. Comment départager les prétendants ? Une telle équation à plusieurs inconnues place de ce fait les partis sur la ligne de crête où l’équilibre instable, ajouté à des exigences opposées, préfigurent l’intensité des engagements et la complexité des procédures de désignation.

Mais puisqu’il faudra écouter les citoyens, sans doute devra-t-on tenir compte de leur avis pour composer des listes qui traduisent leurs attentes sans affaiblir les formations qui portent leurs aspirations. Pour d’aucuns, le terrain est miné. En revanche, de la forme que prendront les actions dépendra l’issue d’un scrutin tributaire d’incertitudes, d’ambitions démesurées et de périls. S’il faut y penser sans en parler les directions des partis peaufinent des stratégies tenant compte de bien des paramètres.

La coalition Yéwi Askan Wi reconduira-t-elle la même approche gagnante en réunissant les facteurs de succès aux locales ? Quelles sont ses forces et ses faiblesses ? Qui pour diriger la liste ? Les égos ne risquent-ils pas de fracturer un collectif séduisant mais très peu convaincant en raison de la diversité des visions politiques additionnées dans une chaude corbeille. Ils peuvent transcender leurs divergences en ne privilégiant que ce qui les réunit.

Des figures de proue, YAW en a. Reste à trouver la bonne combinaison pour esquisser une formule consensuelle qui s’éloigne de l’idée d’une autonomie stratégique prêtée à quelques uns. Pour le moment le processus ne s’enclenche pas encore. Un désir commun ne suffit pas.

Ce qui manque à la coalition YAW existe bel et bien au sein de Benno (BBY) ; à savoir une force d’impulsion qui hisse haut le gouvernail et tient le mât face aux vents contraires qui pourraient souffler. Une volonté commune se fraye ainsi le chemin tracé par le chef qui, en sifflant la fin de la récréation, tient la dragée haute pour faire sentir à tous (partisans et alliés) son autorité et son leadership.

Il constitue la « boussole stratégique » d’un camp assez ridiculisé aux locales pour ne plus devoir revivre de tels revers. Hantise. Sous la pression des évènements, il y a lieu de se hâter sans se presser en espérant retrouver le vecteur d’empathie nécessaire à la renaissance d’un vrai désir de gagner. Le patron de l’APR cache son jeu. En période de crise, semble-t-il, il est doué pour surmonter les épreuves sans en subir les avatars.

Le voilà donc servi par l’infortune des locales alors qu’il espérait gagner Dakar (et non reconquérir la capitale, comme l’ont pronostiqué par erreur des analystes). Est-il sûr de ressouder son camp avant juillet, date des législatives ? Quelle campagne envisage-t-il de valider avec quel profil pour mener les troupes à la victoire ? Les questions fusent. Macky Sall observe un silence agaçant. Irritant même ! Alors que des poids lourds rongent leurs freins dans l’attente d’un hypothétique clin d’oeil du Patron.

Ils ont nom : Ali Ngouille Ndiaye, élu et réélu à Linguère, Me Oumar Youm, qui a repris sa robe d’avocat, ne se détache pas de son Thiadiaye natal, Amadou Makhtar Cissé, redevenu Inspecteur Général d’Etat (Ige), ne perd pas le Nord et Amadou Ba, ancien Ministre de l’Economie et des Finances, rayonne malgré les éclipses de saison. Ces personnalités ont toutes le sens de l’Etat pour l’avoir servi et en gardent l’esprit d’intérêt général. Que gagne alors le Président Macky Sall à mettre tous ces ténors à l’écart des joutes qui s’annoncent ? Sont-ils en réserve de la République ? Hésitent-ils à se projeter avec en bandoulière la fable : « rien ne sert de courir. Il faut partir à point » ? Au juste de quoi rêvent-ils en… se couchant ?

Certes le Président a pris au mois de février le relais de Félix Tshisekedi à la tête de l’UA mais pour autant la charge, tant redoutée, ne bouleverse pas son agenda républicain. Il préside le Conseil des Ministres, dirige les instances de son parti, rend visite aux Khalifes Généraux, inaugure des infrastructures, reçoit en audience, ouvre ou clôt des réunions de haut niveau et s’offre même des répits avant de reprendre son souffle… Le pays doit être en ordre de marche.

12 avril 2022

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