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TOUT CE QU’IL FAUT SAVOIR

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Au Sénégal, les nourrissons retrouvés morts sont, la plupart du temps, le fruit d’un viol, d’un inceste ou d’un adultère. Les raisons évoquées par les femmes qui prennent la décision de mettre un terme à la vie de leur progéniture sont, en effet, la pression sociale et le refus de la honte. Seulement, le constat fait ces derniers temps, c’est qu’en lieu et place de commettre des infanticides et de se retrouver en prison pour plusieurs années, les jeunes filles ou femmes victimes de grossesses non désirées s’approprient de plus en plus, l’idée de faire adopter leurs enfants. En effet, elles préfèrent maintenir leur grossesse jusqu’à terme, avant d’abandonner leur enfant à la naissance. Et pour s’en rendre compte, il suffit de faire un tour dans différents commissariats de Dakar et particulièrement au commissariat du Point E ou de la Médina, qui sont du moins, assez proches de la pouponnière de la Médina.
Si certaines femmes abandonnent leurs enfants, d’autres remuent ciel et terre pour enfanter ou, à défaut, adopter un enfant.

MANQUE DE MOYENS, PEUR DE L’INFANTICIDE, REFUS DE PATERNITÉ…
Les abandons au cas par cas
Beaucoup de femmes abandonnent leurs enfants parce qu’incapables de les prendre en charge. Voici quelques exemples de femmes qui ont vécu l’abandon d’enfants et proposé leur adoption.
Elles ont un point en commun. Elles sont des filles ou femmes qui ont des relations adultérines qui, à un moment de leur vie, ont connu une grossesse non désirée. Tiraillées entre les pesanteurs sociales qui pointent du doigt une mère coupable de relations bannies, et les jugements des uns et des autres, elles font aussi face à l’irresponsabilité des hommes. Ce qui les pousse à jeter ce qu’elles aiment le plus au monde : leur progéniture. Une occasion pour retracer le vécu de ces dames qui semblent avoir un autre point en commun, pour justifier l’abandon de leurs enfants, souvent confiés à des pouponnières. En effet, elles sont quasiment unanimes à évoquer le manque de moyens pour subvenir aux besoins de leurs nouveau-nés, même si pour d’autres, c’est le regard de la société qui pèse le plus sur la balance.

L’adoption, solution à l’infanticide ?
Face à ce lourd regard de la société qui condamne les mères sans enfants, ces femmes victimes de grossesses non désirées s’approprient de plus en plus l’idée de faire adopter leurs enfants. Une solution, face aux nombreux cas d’infanticides qui atterrissent souventdevantau tribunal. C’est donc pour éviter la prison ou les longues peines que certaines femmes préfèrent user des voieslégales comme l’adoption. Un moyen pour elles de ne pas commettre un crime qui les poursuivra toute leur vie, mais également une manière de donner une chance à toutes ces femmes qui n’ont pas connu le bonheur d’enfanter. Et voilà ce qui explique le recours aux pouponnières.

Mariée et engrossée, elle confie son bébé aux sœurs franciscaines
Mariée à un de ses proches qui vit à l’étranger, la dame S. Dièye fait partie de ces femmes qui vivent mal les relations à distance. Elle avait connu un homme sur Facebook, qui avait profité d’un moment de faiblesse, une escapade qui s’est terminée par une grossesse. Et lorsqu’elles’en était ouverte à son amant d’une soirée, ce dernier a catégoriquement refusé d’en assumer la paternité. Mais contrairement à ces femmes qui commettraient un infanticide à sa place, elle a choisi une autre voie. Le jour de son accouchement, elle s’est rendue à l’hôpital (Nabil Choucair) où elle a mis au monde un garçon. Puis, avec son frère et son bébé, ils sont allés à la pouponnière de la Médina pour leur confier l’enfant. Mais vu qu’il y a des démarches à faire en cas d’abandon d’enfant, elle a été conduite au commissariat de la Médina pour la procédure à suivre.

Elle quitte Matam pour faire adopter son bébé à Dakar
Une rocambolesque affaire d’abandon d’enfant, sur fond de chantages et de menaces qui a eu lieu entre Matam et Dakar s’est terminée à la police. Consciente qu’elle avait commis un grand pêché en fricotant avec un jeune homme alors qu’elle était encore dans les liens du mariage, elle n’a pas voulu commettre un autre pêché, l’infanticide.N’en pouvant plus du chantage de la nourrice de son bébé qui lui réclamait à chaque fois beaucoup d’argent pour acheter son silence, elle avait récupéré son enfant. Et finalement, elle a quitté Matam avec son bébé pour venir à Dakar et rechercher une famille d’accueil. Finalement, elle est tombée sur une dame qui était dans les dispositionsd’adopter l’enfant. Cette dernière est allée d’abord à la police de Dieuppeul avant d’être orientée vers le commissariat de la Médina pour la procédure.

Le père du bébé disparaît, elle envoie son bébé à la pouponnière
Coiffeuse de profession et mère célibataire, A. N qui habite Guédiawaye a cédé définitivement son nouveau-né aux sœurs de la pouponnière de la Médina, le 12 décembre 2021. Un bébé de sexe masculin issu d’une grossesse non désirée. Devant les limiers, elle a expliqué que le nouveau-né est le fruit d’une relation intime qu’elle entretenait avec un certain D. Thiam, qui avait après disparu dans la nature. Ayant minutieusement dissimulé sa grossesse à tout levoisinage, à l’exception de sa mère, elle a finalement accouché, dit-elle, avec l’assistance de cette dernière. Devant les enquêteurs, elle a souligné que c’est faute de moyens pour prendre en charge son enfant qu’elle a décidé de l’abandonner définitivement.

Elle maintient sa grossesse jusqu’à terme et fait adopter son enfant
Née en 2002, A. Ka avait connu un jeune homme avec qui elle entretenait des relations intimes. Au bout de quelques semaines, la jeune fille a constaté qu’elle avait contracté une grossesse. Perdue et convaincue qu’elle venait de donner un sacré coup à ses études, elle a pris, avec sa mère, la décision d’aller accoucher dans son village natal. Mais avant de voyager, la fille dit s’être rendue chez son amant pour l’informer de la situation. Mais contre toute attente, ce dernier a refusé d’assumer la paternité de l’enfant, allant même jusqu’à proférer des menaces contre elle. Elle décide, elle aussi, de confier son bébé à la pouponnière de la Médina pour adoption.
Dossier à suivre…

Ndèye Anna NDIAYE

19 février 2022


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