TRIBUNAUX AU RALENTI : LE QUOTIDIEN DES AVOCATS

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JUSTICE

Des mesures exceptionnelles ont été prises par les autorités étatiques pour rompre la chaîne de contamination du Coronavirus au Sénégal. Parmi celles-ci, la suspension des audiences dans les tribunaux du Sénégal. Toutes les audiences, à l’exception de celles des flagrants délits, de la chambre d’accusation et des référés, sont renvoyées sine die. Mieux, les audiences qui se tiennent sont à huis-clos. C’est-à-dire, seuls les juges, les avocats, les différentes parties au procès et le personnel de l’administration pénitentiaire sont autorisés à accéder dans la salle. Et, ils doivent respecter les mesures de prévention telles que le respect de la distanciation, le port des masques et l’usage du gel antibactérien.

« LES AVOCATS FINANCIÈREMENT IMPACTÉS »

Cependant, ce nouveau calendrier du système judiciaire ralenti les activités des avocats qui passaient le plus clair de leur temps au temple de Thémis. Les robes noires sont ainsi contraintes à se réorganiser pour s’adapter à la nouvelle tendance. Me Ndèye Fatou Touré avoue qu’il y a un ralentissement certain quant au fonctionnement de la justice mais également dans la marche des affaires. Et, à l’en croire, cela se ressent sur les droits individuels, de la famille, entre autres. Mais, Me Ndèye Fatou Touré a indiqué qu’elle est obligée de réajuster son calendrier en cette période de pandémie. « Je travaille par WhatsApp. Je prends des plaidoiries écrites par WhatsApp. On fait également des vidéoconférences ou on échange par mail », a expliqué l’avocate, avouant qu’elle travaille à un rythme ralenti.

Un ralentissement qui a un impact négatif sur les droits. « Les huissiers ne peuvent pas se déplacer pour aller servir quelque acte que ce soit. Donc, les cabinets sont bloqués et l’avocat employeur. A la fin du mois, il va payer des salaires, des charges. Or, les affaires ne marchent pas. Les avocats sont financièrement impactés. Ils ne peuvent pas faire des recouvrements, les exécutions des décisions sont limitées et tout n’est pas dématérialisé », a déclaré Me Ndèye Fatou Touré. Qui en a profité pour plaider pour les détenus. Il faudrait, selon elle, des assouplissements en tenant compte de la spécificité des personnes détenues. Mieux, elle pense qu’on devrait également permettre à ces dernières des moments de communication beaucoup plus ouverts afin qu’elles puissent échanger avec leurs familles qui ne peuvent plus leur rendre visite.

« NOUS FAISONS ESSENTIELLEMENT DU TÉLÉTRAVAIL »

A l’instar de Me Ndèye Fatou Touré, Me Moustapha Dieng s’est auto-confiné chez lui. Les allers et retours incessants entre son cabinet sis au centre-ville et le palais de Justice de Dakar ou le tribunal de grande instance de Pikine ne font plus partie de son quotidien depuis quelques jours. Il a opté pour le télétravail. « Nous avons à cœur de respecter les mesures édictées par les pouvoirs publics et nous avons pris des mesures dans notre cabinet. Nous faisons essentiellement du télétravail. Le personnel est à domicile et par le billet des nouvelles technologies, on essaye de gérer la situation en respectant scrupuleusement les règles de prévention », a raconté Me Dieng. Poursuivant, il admet que cela à une incidence sur le travail des avocats qui ne reçoivent plus les clients dans leurs cabinets. « Nous renseignons les clients au téléphone par le biais également de WhatsApp », a fait savoir Me Dieng qui pense que le plus important, c’est de prier pour que cette pandémie soit bouté hors du pays.

« PROFITER DE LA SITUATION POUR FAIRE DES RECHERCHES »

Avocat au barreau de Dakar, Me Aboubacry Barro passait, en temps normal, presque tout son temps dans les salles d’audience. Passionné du débat contradictoire, il pouvait passer plus de trente minutes à plaider sur un dossier pour tirer d’affaire son client. Aujourd’hui, l’ambiance qui régnait dans les salles d’audience lui manque. « C’est une situation très difficile. En tant qu’avocat, je la vis difficilement au même titre que certains de mes confrères et des magistrats qui aujourd’hui, ne sont obligés que de prendre certaines audiences pour juger les cas de flagrants délits », regrette l’avocat. Aujourd’hui, selon les activités des avocats sont au ralenti à cause du Covid-19. « Les avocats sont des professionnels mais, comme tous les autres secteurs, ils subissent les conséquences de la suspension des audiences, de ce ralentissement des activités », soutient-il, tout en rassurant que les avocats s’adaptent tant bien que mal à l’évolution du Covid-19. Néanmoins, il estime que cette pandémie est une occasion pour les autorités judiciaires de revoir la manière de travailler dans les juridictions. On doit, d’après lui, mettre beaucoup l’accent sur l’électronique. « Il faut qu’on ait une analyse positive de la situation. La justice doit en profiter pour parfaire le système », propose-t-il.

En effet, comme il ne plaide plus régulièrement, Me Barro a trouvé une solution pour garnir ses journées. Il consacre ses heures creuses à la recherche afin d’approfondir ses connaissances judiciaires. « On profite de la situation pour faire davantage des recherches, pour apprendre parce que l’avocat étudie toujours. Également, nous en profitons pour mettre à jour les dossiers parce que souvent on est en retard par rapport à certains dossiers judiciaires ».

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