TRUMP, COVID-19 ET NOUS

news-details
CONTRIBUTION

Trop peu trop tard. L’appel à la réconciliation de Donal Trump et le fait qu’il se dit « scandalisé » devant l’envahissement du Capitole par ses propres militants et fans qu’il a lui-même chauffés à blanc, ne changeront rien à notre conviction, empruntée au dicton wolof : on ne confie jamais des chants religieux à un fou.

Cela fait quatre ans que Trump vainqueur par surprise de Hillary Clinton déroule devant le monde médusé par tant de manque d’élégance dans le leadership d’un Etat, son clivant programme de gouvernance. Si une partie de l’Amérique, fondée à croire comme lui, a applaudi, il en est autrement de la plupart de ses compatriotes dont le réveil a été brutal, une fois qu’ils se sont rendus compte de la nature de l’homme qu’ils ont de manière directe ou indirecte installé à la Maison Blanche.

Tel un éléphant dans un magasin de porcelaine —la référence au pachyderme n’est pas fortuite, au vu de la forte corpulence du bonhomme—,Trump a tout chamboulé, tout bousculé sur son passage et tout piétiné dans sa gouvernance pour une Amérique méritant à ses yeux de retrouver sa splendeur perdue. Le tout au moyen de ce slogan : « America first - l’Amérique d’abord ».

Si personne n’a vu venir le fossoyeur de la démocratie et du multilatéralisme dont il était porteur, c’est qu’en soi ce slogan passe et séduit même à bien des égards, tant qu’il traduit le désir honnête d’un chef d’Etat de travailler pour le développement de son pays. Partout dans le monde, les peuples élisent leurs dirigeants suivant leur aptitude et leur capacité à faire leur bonheur. Partant de là, le slogan de Trump ne souffre à priori de suspicion et ferait même l’affaire de n’importe quel aspirant au pouvoir dans son pays. Qui refuserait sa carte d’électeur à un président travaillant pour son pays et privilégiant à chaque fois que de besoin ses intérêts ? On est au cœur du contrat moral et universel entre élu et électeur.

Toutefois, la lourde faute dont est coupable Donald Trump, c’est moins la bruyante déclamation de son slogan que la manière dont il l’a conduit. Usant de sa propre force physique et du statut de première puissance mondiale de son pays, il a, histoire de les écraser, marché sur tous ses vis-à-vis et les autres Etats de la planète, développés ou en voie de développement.

Quand ce n’est pas par de vigoureuses poignées de main aptes à réduire en bouillie vos doigts, il décrète la guerre commerciale à tous les partenaires de son pays et, pour ne pas avoir de sympathisant susceptible de l’infléchir dans sa politique à la Rambo, il quitte une à une les instances internationales où l’Amérique faisait notamment figure de modérateur dans le leadership d’une gouvernance mondiale apaisée.

Au final, son slogan a muté comme le terrible virus de la Covid-19 qui affecte le monde pour devenir « America only ». Cela traduit bien la démarche du désormais ex président milliardaire engagé tout au long de son magistère dans le rejet de tout ce qui n’est pas américain, le mépris des autres citoyens du monde, le racisme à peine feint et l’éternelle épreuve de force pour humilier l’adversaire. Le monde, tel un époux ouvrant enfin les yeux sur les défauts de sa conjointe qu’il refusait de voir durant sa cour effrénée avant mariage, n’a pas d’excuse pour jouer au surpris car Trump dans sa biographie qu’on peut lire dans des ouvrages ou visionner dans Netflix n’a manqué jamais de faire le sidérant aveu qu’on peut résumer ainsi : « je déteste deux types de personnages : les faibles que j’écrase et mes adversaires que je combats ».

Rapportée à la politique, cette démarche renvoie à l’actuelle Amérique de Trump dont le monde se moque des failles de sa démocratie, de son repli sur soi et de son bellicisme dont elle ne sort que pour encourager le clivage du monde. Au Sénégal, on aurait tort de croire que Joe Biden nous a débarrassés à jamais de Trump ; et pour cause ici à Jolof nous nous faisons le chantre d’un petit mot à la charge aussi négative que le slogan révélateur de l’aveuglement du milliardaire américain : « rek - seulement ».

Ils sont combien de Sénégalais à être guettés par le déni de la capacité, de la bonté, et de la connaissance de l’autre parce que tout simplement ils n’écoutent et ne respectent que leur marabout rek, leur confrérie rek, leur quartier rek, leur ville rek et leur pays rek ? L’amour propre n’entraine pas la négation de l’autre, aussi différent soit-il.

Vigilance, si nous ne voulons pas muter en un dangereux virus nommé Trump.

Vous pouvez réagir à cet article