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UN CREUSET DE PERFORMANCES EN QUÊTE DE RECONNAISSANCE

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Portée sur les fonts baptismaux en 2003, l’Iupa (Institut Universitaire de pêche et d’aquaculture) a formé depuis sa création, au moins 200 cadres supérieurs, d’ici et d’ailleurs (des Mauritaniens, Marocains, Gabonais, Djiboutiens...). L’objectif était de combler le déficit d’experts dans le secteur de la pêche et de promouvoir sa gestion durable. Sauf qu’au-delà de sa méconnaissance du public, l’établissement, à l’image de l’enseignement de l’aquaculture, souffre de plusieurs maux.

Sur les allées de l’Université Cheikh Anta Diop, près de la bibliothèque principale, des étudiantes et étudiants pressent le pas pour rejoindre leurs amphithéâtres. Derrière la BU (Bibliothèque universitaire), sur le chemin qui mène vers la porte d’entrée et de sortie, proche du Canal 4, est logé un bâtiment qui passe presque inaperçu. L’édifice au portail noir, peint en blanc, est d’une simplicité frôlant la banalité. Mais en réalité, le décor ne reflète pas les années de lumières et de recherches consacrées au secteur de la pêche. À l’intérieur du bâtiment, un événement et des expérimentations à raconter. L’événement, une première : enseignants et pensionnaires, tous, ont les yeux rivés sur un écran de projection.


C’est le « Bès Bi ! ». Le jour tant attendu. Tour à tour, des exposants, participants prennent la parole pour magnifier le lancement officiel des activités du club aquaculture de l’Iupa. L’un d’entre eux, en master présente un exposé sur les enjeux, les techniques de la reproduction artificielle. En face de lui, une assistance attentive composée essentiellement d’étudiants, suit avec curiosité. L’exposant, en chemise à carreaux et pantalon noir, défile, la diapositive portant sur le « poisson-chat ».

Au fond de la cour, un dispositif particulier attire l’attention : douze bacs en fibre de verre, d’une capacité de 1,2 mètre cube y sont érigés. Également aux alentours, deux bassins en agglo et en béton et des bassines en plastique. Tous, remplis d’eau et contenant des poissons. L’endroit est le lieu préféré des étudiants. Il fait office de serre aquacole ou plutôt de station piscicole à l’Iupa. Les cours pratiques se déroulent dans cet espace aménagé en 2015. Mais faute de moyens et de matériels, il est devenu opérationnel deux ans plus tard, en 2017.

Sur place, deux espèces sont source d’inspiration, d’expérimentation et de protection : le poisson-chat et le tilapia. L’homme au cœur du système, qui s’est battu corps et âme pour son essor, le professeur Jean Fall. Recruté en 2011 au sein du temple du savoir, l’enseignant-chercheur a affûté ses armes dans les pays asiatiques, des modèles reconnus en matière de politique aquacole. En effet, après avoir bénéficié d’une bourse d’études, il a débuté son périple à Taiwan en 2007, renforcé par une thèse au Japon en biologie moléculaire. Et ce, après une sélection rigoureuse et face à une kyrielle de candidats. Lui et un autre de l’Université Gaston Berger de Saint Louis ont été retenus à l’issue du concours organisé par l’ambassadeur nippon à Dakar. Du Pays de la teranga à l’Empire du soleil levant, un parcours qui lui a permis de maîtriser les arcanes du secteur de la pêche. Après 10 ans d’enseignement, l’expert en nutrition animale reconnaît que l’apprentissage de l’aquaculture particulièrement à l’Iupa souffre de plusieurs blocages.

La recherche, le nerf de la guerre

Pour développer le savoir endogène aquacole, le professeur Jean Fall n’y va pas par quatre chemins. D’après l’expert, il faut miser sur la « règle Pareto ». Un principe ou une loi du nom de l’économiste italien Vilfredo Pareto qui voudrait que 80 % des effets, résultats obtenus soient le produit 20 % des causes. Par-là, le professeur Fall demande plus de pratique, de recherche pour faire décoller le secteur dans un contexte de raréfaction du poisson et de changements climatiques. « L’Etat, à travers notamment son Agence nationale de l’aquaculture, peine à accompagner suffisamment les chercheurs du secteur », a-t-il indiqué. Avant de s’insurger contre le fait que leurs travaux soient souvent rangés dans les placards. « C’est pourquoi notre pays n’arrive toujours pas à dépasser la production annuelle des 1100 tonnes. Si les Asiatiques ont pu dompter le secteur de l’aquaculture, c’est grâce aux recherches », rappelle-t-il. Sur la liste des doléances également, figure en bonne place la question de l’énergie, de l’alimentation, voire du marketing, des maillons essentiels de la chaîne, insiste l’enseignant-chercheur.

Malgré ces difficultés qui persistent depuis des années, beaucoup d’étudiants travaillent d’arrache-pied pour tracer leur voie. C’est le cas de Wagane Faye, spécialisé en écologie et gestion des écosystèmes aquatiques. Il mène des recherches sur le « pinctada radiata ». Un mollusque populaire sous d’autres cieux et qui a envahi nos côtes, informe le jeune-chercheur. Il précise qu’à la fin, ses travaux devront déterminer le mode de vie de l’espèce, son impact sur la biodiversité, « s’il est un élément envahisseur et perturbateur... » Le chemin est encore long pour Wagane Faye pour percer les mystères du mollusque en question et de façon générale de l’aquaculture, de la pisciculture, de l’ostréiculture ou de l’algoculture. Mais lui, tout comme les autres, peuvent compter sur « le père des étudiants » (Professeur Jean Fall), à l’Iupa pour maintenir le cap et éviter de nager dans des eaux troubles.

Pape Ibrahima NDIAYE
Photos : Pape Doudou DIALLO

13 décembre 2021


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