UN ÉLEVEUR MALIEN EMPRISONNÉ POUR TERRORISME À CAUSE DE LA CURIOSITÉ D’UN VIGILE

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JUSTICE

Août 2017 ! Boukhary Ba, de nationalité malienne, débarque au Sénégal avec un camion rempli de bœufs pour les vendre. Il décharge son bétail au foirail de Diamaguène. La chance lui sourit et il vend la majorité de ses bœufs. Un pactole de 20 millions de francs CFA était ainsi gardé dans sa besace. Dans le souci de sécuriser cet argent, il décide d’aller le verser dans une banque qui correspond avec une banque malienne. Malheureusement pour lui, en sortant de la banque, il a oublié son téléphone portable sur place. Lequel téléphone a été ramassé par l’un des vigiles qui, toute indiscrétion imbue, a consulté les messages et les vidéos qu’il contenait. Des vidéos et des images troublantes à caractère extrémiste. Sans perdre de temps, le vigile s’en est ouvert à son patron qui lui a conseillé de saisir la police. Ce qu’il a fait en remettant aux enquêteurs l’appareil téléphonique. Son exploitation par ces derniers a confirmé la découverte des vidéos mais a aussi révélé que son propriétaire était membre d’un groupe WhatsApp dénommé « Andal Pulaku ». Sur ces entrefaites, Boukhary Ba a été interpellé et déféré devant le parquet. Inculpé, il est placé sous mandat de dépôt pour association pour association de malfaiteurs avec une entreprise terroriste.

Le parquet requiert l’acquittement

Des accusations qu’il a, ce mercredi, devant la barre de la chambre criminelle spéciale, battues en brèche. Il soutient qu’il n’a aucun lien avec les terroristes. Selon lui, celui qui a ramassé son téléphone portable est le responsable de tous ses déboires judiciaires. A l’en croire, c’est un de ses amis qui l’avait aidé à télécharger l’application WhatsApp avant de l’ajouter dans ledit groupe. « Ce groupe où on parlait que pulhar me permettait de m’informer sur l’actualité nationale et internationale. Ce, d’autant plus que je ne parlais ni le wolof, ni le français », a-t-il expliqué pour se dédouaner. Concernant les images et les vidéos trouvées dans son téléphone, il dit les avoir découvertes à la police. Le procureur a requis l’acquittement pour l’accusé. Pour asseoir son réquisitoire, le maître des poursuites a soutenu avoir écouté les 102 messages qui ont été répertoriés. Mieux, il dit avoir visionné toutes les vidéos. Mais, souligne-t-il : « je me suis rendu compte que ce groupe n’était qu’une plateforme d’échanges pour le développement de leur association. Et leurs discussions n’avaient rien à voir avec les faits très sérieux de terrorisme ». Dans le même ordre d’idées, le procureur relève que l’accusé n’apparaît sur aucune des vidéos qui ont été recueillies. En sus, il n’a émis aucun message. Bref, pour le maître des poursuites, il n’y aucun élément permettant de soutenir la charge qui lui est imputée. Les avocats de la défense ont plaidé l’acquittement. Selon eux, leur client a été accusé à tort. D’après Me Ibrahima Mbengue, ce dernier est un éleveur qui était venu au Sénégal pour vendre ses bœufs. « Il avait l’habitude de voyager avec son argent mais, à cause de l’insécurité qui sévit au Mali, il a voulu déposer l’argent dans son compte bancaire avant de rentrer.

Malheureusement, un vigile très curieux a ramassé son portable et l’a mis dans ce pétrin », a plaidé l’avocat qui rappelle que le jour de son implication l’accusé a, devant le magistrat instructeur, versé de chaudes larmes parce qu’il était sûr de son innocence. S’adressant au juge, l’avocat lui dit : « Il est là, aujourd’hui, pour que, vous séchiez ses larmes et lui permettre de trouver sa famille qui l’attend depuis plus de trois ans ». Le juge, après avoir écouté toutes les parties a mis l’affaire en délibéré pour jugement qui sera rendu le 29 avril 2021.

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