"PROJETS GAZIERS : LES IMPACTS D’UN RATIONNEMENT BRUTAL DES FINANCEMENTS"

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Aïssatou Sophie Gladima

Aïssatou Sophie Gladima, ministre du Pétrole et des Énergies, a représenté le Sénégal à un panel de haut niveau sur l’Énergie, dans le cadre de la 76e session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Après le chef de l’État, Macky Sall, elle a défendu la position du Sénégal, qui veut une transition énergétique "différenciée" en faveur de l’exploitation de ses ressources pétrolières et gazières, en désaccord avec l’arrêt d’ici fin 2025 du financement de la filière gazière.

"Près de 40 pour cent de la population africaine, soit 640 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’énergie, colonne vertébrale pour le développement d’une nation. Serait-il « juste » de laisser ces populations dans ce dénuement énergétique pour une quelconque raison ? Non ! Nous n’en avons pas le droit. Cette injustice doit trouver une fin rapide pour le bonheur et la stabilité du monde. En effet, l’énergie constitue le principal facteur bloquant au développement des activités économiques dans bien de nos pays", a-t-elle plaidé.

Dans ce sillage, elle a commencé par rappeler que "l’ambition du Sénégal est d’atteindre l’Objectif de Développement Durable n°7 (ODD7) dès 2025. Cet ambitieux objectif, le Président Macky Sall au lendemain de son élection en 2012 est en très bonne voie avec un taux d’électrification nationale qui a bondi de 58,0% en 2012 à 78,6% en 2020 et une pénétration des énergies propres dans les capacités stables de production d’environ 32% en 2020."

Un taux d’électrification nationale qui a bondi de 58,0% en 2012 à 78,6% en 2020
Poursuivant, elle a salué "une stratégie résolue de baisse du coût de l’énergie grâce à nos importantes ressources gazières est également mise en place avec la stratégie gas-to-power, en application depuis 2018. A terme, nous comptons avoir un mix énergétique très propre, composé de gaz naturel et d’énergies renouvelables exclusivement."

Ainsi, a-t-elle déclaré, "notre pays se réjouit fortement de ce Dialogue de Haut niveau centré autour de l’Énergie, à l’occasion de cette 76ème Assemblée générale des Nations Unies, quarante ans après le dernier évènement du genre qui s’était tenu à Nairobi, en 1981. Dans le contexte de Transition énergétique vers lequel s’engage résolument le monde, cet évènement revêt une importance décisive dans le concert des nations."

Mais, a-t-elle insisté, "comme l’a indiqué le Président Macky Sall dans son discours, le Sénégal, à l’image de beaucoup de pays africains est résolument engagé dans les ODD et dans la transition énergétique. Ce sont deux batailles, prioritaires et vitales, pour nous, pays en développement vulnérables et résilients dans lesquelles les Nations Unies doivent nous accompagner, de façon juste, équitable et résolument inclusive." D’autant plus qu’a-t-elle appuyé : "les pénuries d’électricité fréquentes constituent un énorme frein à la croissance avec des pertes d’emplois, l’accentuation de la pauvreté et des inégalités, notamment des genres, sans compter la cherté du coût de l’électricité qui inhibe l’attractivité des investissements.

Serait-il également « équitable » de maintenir nos économies, qui ont peu contribué aux émissions mondiales de GES (<3.8% selon le GIEC) avec cette contrainte énergétique ? Non ! L’Afrique est solidaire de la lutte contre les changements climatiques mais ne devrait pas être démesurément comptable de l’industrialisation excessive des pays développés. Les innovations technologiques devraient nous permettre d’exploiter nos ressources, notamment en hydrocarbures, pour le relèvement de nos économies. Serait-il juste aussi de priver nos États de ressources financières pouvant améliorer l’inclusion de toutes les couches sociales de nos populations ?"

"Les pénuries d’électricité fréquentes constituent un énorme frein à la croissance avec des pertes d’emplois"

"L’Afrique étant dotée d’un immense potentiel énergétique, aussi bien renouvelable (solaire, éolienne, etc.) que non renouvelable (gaz, pétrole, charbon, etc.) devraient exploiter ses ressources naturelles. Les pays dits développés, ont par le passé exploité, de façon optimale, ces ressources que la nature leur a offertes. Aujourd’hui encore, ils continuent leur exploitation. L’Afrique doit, en symbiose avec les préoccupations mondiales, bénéficier de cette même liberté.

Autrement, c’est toute la portée de l’article 2 de l’Accord de Paris qui sera vidé de son sens : je le cite Article 2. Point 2 : « Le présent Accord sera appliqué conformément à l’équité et au principe des responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives, eu égard aux différentes situations nationales. »

Pour nous sénégalais, il s’agit, pour l’ensemble des acteurs que nous sommes, Gouvernements, Organisations internationales et régionales, secteur privé et universitaires, entre autres, de changer de paradigmes, de renforcer nos synergies et nos actions et surtout de préserver l’esprit de l’Accord de Paris", a-t-elle relevé. Non sans se féliciter de "l’initiative du pacte pour l’énergie en Afrique, lancée par la Banque africaine de développement, pour mobiliser des ressources financières innovantes et accompagner les États à renforcer la gouvernance du secteur, l’initiative de l’Agence Internationale de l’Énergie instituant une commission mondiale, force de propositions, pour placer l’humain au centre de la transition énergétique.

"Préserver l’esprit de l’Accord de Paris"

A cet effet, a-t-elle renchéri, "d’importants efforts financiers ont notamment été déployés à travers une fiscalité ciblée, une délivrance de garantie souveraine, des dotations budgétaires etc. Cette politique a permis de doter le pays d’une production supplémentaire de 220 Mégawatts, grâce à l’exploitation de près d’une dizaine de centrales solaires photovoltaïques et d’une centrale éolienne. A l’horizon 2030, le Sénégal vise une capacité totale de 999 Mégawatts en énergies renouvelables, à travers la mise en œuvre de sa Contribution déterminée nationale pour un financement estimé à 13 milliards de dollars US dont 8,2 milliards de dollars pour la partie conditionnelle".

Pour clore, elle a soutenu "qu’une transition énergétique trop rapide et surtout non différenciée serait un risque important d’échecs à l’atteinte de ses objectifs ! Un rationnement brutal des financements des projets gaziers, sous prétexte d’une transition rapide vers les énergies propres, aura des impacts financiers très négatifs mais surtout des impacts socio-économiques désastreux".

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