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UN SOCIOLOGUE DU DÉVELOPPEMENT DÉCORTIQUE LES RÉSULTATS

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L’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) a fait constater dans son rapport sur l’usage du temps que le Sénégalais consacre plus de 17 heures à des activités non productives. Sur iRadio, Mansour Dia, sociologue du développement, décortique les résultats de cette enquête et leur impact sur le rythme du développement du pays.

Analyse de la perte de temps
« Quand on regarde les chiffres de l’Ansd dans le détail, on se rend compte pourquoi on a ces éléments. Parce qu’en réalité, une moyenne cache beaucoup de disparités. Et la principale caractéristique de notre société, c’est qu’il y a beaucoup d’enfants, de jeunes et des personnes âgées. Et cette moyenne, c’est la moyenne d’activités de toutes les personnes depuis les plus jeunes, jusqu’aux plus âgés. La deuxième chose, c’est qu’on a également une société très agricole. Comme vous le savez, les activités agricoles ne durent que trois ou quatre mois et tout le reste du temps, les gens n’ont pas d’autres activités productives.

Par conséquent, le temps qui n’est pas utilisé pour le travail, pour l’activité productive, est utilisé pour d’autres activités, qui sont tout aussi importantes (les activités religieuses, les activités associatives, le transport, le déplacement…). Car si les gens sont en activité, ils sont très pris par leur travail. La dernière chose, c’est le secteur informel qui n’est pas aussi évalué comme cela se doit, en termes de temps de travail puisqu’on utilise un système national de comptabilité. Il y a une façon de caractériser le travail. Mais il ne faut pas en conclure que le Sénégalais passe plus de temps dans les loisirs plus qu’à autre chose et ne se consacre pas au travail. »

Conséquences sur le rythme de développement
« Si on se réfère à l’idéal communiste de Karl Max que c’est à la fin du développement qu’on aura des gens qui consacrent très peu de temps au travail, et qui consacrent plus de temps aux loisirs et à l’art et à la réflexion, à tout ce qui est culturel, alors là, c’est le contraire, on n’est pas encore arrivé à cela. On est presque dans une société de type communiste, parce que ce sont des choses héritées depuis notre période précoloniale, où l’on était arrivé à un niveau de satisfaction des besoins primaires, à tel point que nous développions l’art, le spirituel où l’on consacre autant de temps. La conséquence, c’est qu’il nous faut tout de suite trouver un moyen pour que dans le monde rural, les gens puissent travailler au moins, 9 mois sur 12 et de manière intensive. Et que la productivité augmente. À partir de ce moment-là, on peut gagner du temps pour les autres activités qui sont tout aussi importantes pour l’être humain. C’est là l’enjeu principal et il faut mettre l’accent là-dessus. Il faut également valoriser le travail des personnes les plus âgées. »

Mame Abdou Guèye CASSET

19 avril 2022


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