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UN TROISIÈME TOUR DE LA PRÉSIDENTIELLE QUI PROMET

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Exit la présidentielle. Cap sur les législatives du mois de juin 2022. Il a fallu que les résultats du second tour de la présidentielle soient rendus publics, consacrant la victoire d’Emmanuel Macron, que les états-majors politiques se mettent en branle. Si pour le camp de la République en Marche conduit par Emmanuel Macron sorti victorieux au second tour, l’option c’est de tout faire pour conserver sa majorité à l’Assemblée, pour l’extrême droite sous la férule de Marine Le Pen, l’objectif est d’accélérer la cadence imprimée au second tour de la présidentielle pour imposer une cohabitation à la nouvelle majorité présidentielle, au lendemain des législatives.

Ragaillardie par la percée notable qu’elle a réalisée, la candidate du Rassemblement national n’a pas beaucoup attendu pour appeler à se lancer dans « la grande bataille des législatives ». La gauche, à travers le camp de Jean-Luc Mélenchon, le chef de La France Insoumise, arrivé troisième lors du premier tour de la présidentielle, n’a pas voulu être en reste. Pour lui, les grandes manœuvres en vue de possibles alliances ont débuté. Toutes choses qui appellent, pour les analystes, un certain nombre d’interrogations. À quoi ressemblera le paysage politique français ? Le camp présidentiel arrivera-t-il à conserver sa majorité dans l’hémicycle ? Qui de l’extrême-droite ou de la gauche parviendra à s’imposer comme la principale force d’opposition ? Les prochaines semaines seront, sans aucun doute, décisives.

En tout cas, pour Marine Le Pen qui pense que les idées que son camp représente sont portées au sommet, le résultat obtenu dimanche 24 avril, représente en lui-même une « éclatante victoire ». En cela, elle n’a pas manqué d’adresser sa " plus profonde gratitude" à ceux qui lui ont fait confiance au premier tour et à tous ceux qui l’ont rejoint au second.
Surtout à ces compatriotes des provinces des campagnes et des outre-mer .

Croyant fermement à son étoile, la patronne du Rassemblement national pense qu’une grande recomposition politique se fait jour en France. " La partie n’est pas tout à fait jouée, car dans quelques semaines en effet, auront lieu les élections législatives ", laisse-t-elle entendre dans sa déclaration juste après la publication des premières estimations du second tour. Législatives qui, toujours selon Marine Le Pen, n’est autre qu’une « grande bataille » qu’elle a déjà lancée et qu’elle mènerait au côté de Jordan Bardella, un proche parmi ses plus proches et « avec tous ceux qui ont la Nation chevillée au corps ».

Quant à Macron, réélu avec 58,54 % des voix, il peut se satisfaire d’une victoire nette mais moins écrasante qu’en 2017. Son cas est d’autant plus problématique que le vote dite de "barrage" contre la candidate du Rassemblement national a beaucoup pesé en sa faveur.
Suffisant pour qu’il se lance, sans attendre, dans la bataille politique pour remporter les élections législatives des 12 et 19 juin, condition sine qua non pour mener son projet présidentiel sans grandes difficultés.
L’un dans l’autre, Emmanuel Macron aborde son deuxième mandat dans un contexte bien différent de celui de 2017. Cinq ans se sont écoulés et qui n’ont pas manqué d’avoir leur effet sur le discours et la personnalité du leader de la République en Marche. Le contexte politique français et européen, marqué par une montée un peu partout de l’extrême droite n’est pas pour lui faciliter la chose. Surtout que, selon un sondage Ipsos-Sopra Steria, 56 % des Français souhaitent que les législatives des 12 et 19 juin aboutissent à une cohabitation.

La France et l’Afrique : macron va-t-il la réinventer ?
Emmanuel Macron avait annoncé, lors de son premier mandat devant un parterre d’étudiants à Ouagadougou, le 28 novembre 2017, la « mort de la Françafrique, de ses réseaux obscurs et de ses liens malsains ». Pour traduire, dans les faits, sa vision sur les relations entre son pays et le continent noir, un Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) a été mis en place par ses soins. Mais qu’est-ce que tout cela a donné ? En tout cas, le fait le plus notoire, c’est le développement d’un sentiment anti-français durant son premier mandat. À Ouagadougou, Bamako, Bangui, Niamey et même à Dakar, c’est une vague qui ne faiblit point. Nonobstant le slogan « France dégage », activistes et organisations de la société civile exigent de leurs dirigeants de tourner le regard vers d’autres puissances émergentes comme la Chine, la Turquie et surtout la Russie. L’exemple du Mali est là pour l’illustrer.

Il y a urgence pour la France à repenser en profondeur ses relations avec l’Afrique, de sorte à tenir compte véritablement des intérêts des populations africaines. Et surtout d’avoir une politique plus intelligente concernant l’épineux dossier de l’immigration qui a été un marqueur fort de la campagne électorale pour la présidentielle.

Sur ce point, si Emmanuel Macron épouse peu les idées de son adversaire et qu’il est moins expansif sur la thématique, il la rejoint néanmoins sur l’expulsion des ressortissants de pays étrangers qui "troublent l’ordre public". S’y ajoute que Macron souhaite enfin revoir les conditions d’accès aux titres de séjour de plus de quatre ans, en les conditionnant "à un examen de français et à une vraie démarche d’insertion professionnelle".

Marine Le Pen, plus que jamais engagée pour une majorité à l’Assemblée, désigne l’immigration comme la source des maux sociaux. Eric Zemmour, lui, assume sa théorie raciste du « grand remplacement », qu’il décrit comme « le problème fondamental » de la France. Ainsi, il a fait sien le slogan radical de « l’immigration zéro ». Quant à la droite, la candidate du parti Les Républicains, Valérie Pécresse, promet de reprendre « le contrôle de l’immigration pour défendre notre identité et notre culture ».

Du reste, ces trois candidats proposent un référendum sur le sujet, de supprimer le droit du sol, d’exclure toute régularisation des étrangers entrés illégalement, de limiter ou d’abroger le regroupement familial, de couper certains droits sociaux aux étrangers vivant en France ou encore d’imposer que les demandes d’asile soient déposées en dehors du territoire, dans les ambassades ou à la frontière.

Pour récupérer le vote de ces millions de Français qui épousent les mêmes idées défendues par ces trois candidats, Macron compte-t-il franchir le rubicond ? C’est-à-dire se refermer sur la France ? Rien n’est moins sûr. Ce qui est sûr, un discours réinventé est attendu de lui par les Français. Car tout porte à croire que la tendance de 2017 qui s’est renforcée en 2022 est loin de s’inverser.

Mandiaye THIOBANE

26 avril 2022


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