UN VIRUS À DAKAR

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EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

Par effraction, le coronavirus se trouve désormais au Sénégal. Pas de panique pour autant, rassurent les spécialistes sénégalais de l’infection virale qui en ont vu d’autres. En moins d’un mois, l‘épidémie s’est répandue. Assez rapidement devenant du coup une pandémie à l’échelle planétaire. Sa virulence est établie. Elle se transmet par voies respiratoires au contact de sujets porteurs. Il est conseillé à tous la prudence, la vigilance, et un sens élevé des responsabilités en se signalant plutôt que de se confiner ou de se laisser aller à l’abandon.

La stratégie de prise en charge de la maladie ne s’interdit aucune précaution dont la plus aboutie reste la mise en quarantaine lorsque le diagnostic est formel. Les équipes médicales sont sur le pied de … guerre ! L’Institut Pasteur veille. Le Conseil présidentiel est monté au créneau affichant sa résolution à fixer un cap et à donner le la pour endiguer ce fléau apparu en Chine et qui a très vite progressé à un rythme exponentiel.

Celui par qui le mal est entré au Sénégal est-il connu du monde médical ? A-t-il des antécédents, également médicaux ? A quel moment le symptôme est-il détecté ? Avait-il été examiné à son arrivée à l’aéroport Blaise Diagne de Diass ? Est-il possible de retrouver les passagers du même vol en question ? Quel protocole enclencher sans déclencher une panique ou provoquer des élans de stigmatisation ? D’où la sérénité requise pour amorcer avec pédagogie une campagne de communication maitrisée et graduelle. Pas de doute : les mots aussi soignent les maux. Pourvu que les préconisations soient claires : rassemblement, regroupement, à minorer tout en limitant les déplacements. Il faut des choix, non négociables et des consignes strictes à respecter.

Ailleurs, dans le nord du Bénin précisément, des tensions d’une autre nature se profilent à l’horizon. Des centaines de milliers de bovins y convergent en provenance du Burkina, du Mali et du Niger dans l’espoir d’accéder aux pâturages et aux cours d’eau béninois. Des troupeaux à perte de vue. On dirait le Far West avec les cowboys en moins exubérants. Refus poli mais ferme de Cotonou qui voit dans cette invasion une menace sur ses fourrages et ses enclaves pastorales.

Cette renversante situation s’explique : il n’y a plus d’herbes à brouter dans les pays susnommés. Solution : transhumer. Tant que cela se passe d’une zone à une autre dans un même pays, la difficulté se gère. Elle se complique lorsque survient le besoin de franchir des frontières pour nourrir les troupeaux. Au nombre des causes explicatives de ce déplacement massif, il y a l’épuisement des sols, la rareté des tapis herbacés, un déficit pluviométrique chronique, un accroissement inespéré du cheptel et la faiblesse structurelle de l’élevage relégué au second plan derrière l’agriculture.

En plus, la ville grignote peu à peu la campagne. Diamniadio est là pour l’attester. Le retour à la terre réduit les espaces et rétrécit la mobilité des bêtes confinées dans d’étroits couloirs de passage. D’autres facteurs, exogènes ceux-là, interagissent pour offrir un tableau surréaliste : commerçants, fonctionnaires, élus et expatriés « colonisent » de plus en plus de surfaces au détriment de superficies dédiées aux animaux.

Beaucoup voient dans ces entraves à la mobilité des signes de crises potentielles entretenus par des conflits croissants entre agriculteurs et pasteurs qui ne favorisent guère l’entente cordiale souhaitée. Trente six millions de ruminants peuplent la zone sahélienne. Sans compter l’important cheptel du Nigéria. A vue d’œil, il y a surpopulation. Et à ce rythme la quantité l’emporterait sur la qualité à l’heure où la rationalité fusionne avec l’efficacité pour donner de l’élevage une image de modernité.

Au-delà d’un conservatisme suranné, à quoi rime de posséder deux mille moutons ou cent bœufs si leur valeur nominale équivaut au prix d’un géniteur, de surcroit de race ? Autres temps, autres mœurs, dirait-on. Le bétail conférait à son propriétaire prestige, rang social et notoriété. En plus de la notabilité établie, le « jarga » avait de l’influence et rayonnait sur des contrées entières à cause de son pouvoir d’achat et de son « capital debout ». Contes, légendes et épopées ont, sur un air de bal celte, imprimé à l’élevage traditionnel une passion et une tendresse nostalgiques et lyriques à la fois.

Pour les amoureux, la vache, parce qu’elle est paisible, fait partie de notre « patrimoine familier » ! A-t-on néanmoins vu venir les mutations sociologiques ? L’élevage n’était plus le monopole ou le propre d’un groupe ou d’une communauté même s’ils n’étaient pas « hors sol » en matière de connaissance intime de la vache. Cependant, de sérieuses études menées sur le réchauffement climatique subordonnent l’élévation des températures au méthane issu de l’élevage bovin, 25 fois plus puissant que le dioxyde de carbone.

Lorsqu’ils ruminent, les vaches et les bœufs stockent dans leur estomac ce gaz qu’ils expulsent en grande quantité. D’où l’accroissement de la chaleur ambiante du fait des gaz à effet de serre émis. Les études poussent plus loin le bouchon : l’élevage classique accentue la déforestation qui produit, avec les combustibles fossiles, d’importantes quantités de gaz en très forte concentration dans l’atmosphère. Les éleveurs, mêmes inquiets, restent combatifs et se montrent solidaires pour préserver un secteur ébranlé par les dérivés végétaux et l’importation de viande d’Amérique latine, notamment de l’Argentine ou du Brésil.

Sans perdre son âme, l’élevage africain, de type fermier, peut s’ouvrir à la production animale. Mais, le préalable à un réinvestissement dans l’élevage consiste à revisiter le secteur, à le réajuster et à restaurer les équilibres naturels dans une région, le Sahel, en proie à toutes les calamités.

Tiens, des criquets pèlerins aperçus en Afrique centrale ? Inimaginable, il y a peu. Car, la densité des forêts du pourtour des Grands Lacs, leur virginité mais aussi et surtout leur imperméabilité aux parasites microbiens constituaient des remparts infranchissables.

Voilà que par une conjonction de phénomènes, des milliards de criquets pèlerins débarquent sur le flanc est de la RDC frontalier à la Zambie, à la Tanzanie, au Rwanda et à l’Ouganda. Localisés dans le Sud Kivu, très vite, les essaims ont gagné d’autres contrées, faisant mouvement vers le Centre et le Nord à l’aide des vents favorables et de l’écume des vagues du majestueux fleuve Congo.

Les experts indexent le changement climatique pour expliquer les criquets partis à la conquête de l’Afrique centrale. Il est vrai que les forêts y subsistent encore. Mais la coupe du bois rare défigure cette exceptionnelle richesse. Il y a certes des lois pour protéger les espèces ciblées et très prisées par les industries asiatiques. L’expansion du viol des forêts d’Afrique se poursuit. Attention cependant : tôt ou tard, la nature se venge !

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