UNE DETTE POUR SE PASSER DE LA DETTE

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LA CHRONIQUE DE MIK


Le Sénégal vit désormais avec le virus. Exit la retransmission en direct sur les chaines de télévision du « bulletin quotidien » du ministère de la Santé ! Toutefois le décompte des cas positifs de covid-19 se poursuit. Avec des morts en moins et moins de stress. Et c’est la non moins bonne nouvelle. Vers une immunité collective ? Gardons-nous de toute tentation de négligence. Elle peut être coupable. Le vaccin n’est pas une assurance tous risques, préviennent les scientifiques. Vigilance donc, surtout avec les variants : britannique, indien, sud-africain et autres connus ou inconnus.

Cependant, la pandémie du Coronavirus n’est pas que sanitaire. Le virus s’est également incrusté dans l’économie mondiale. La Chine, première à éternuer, et le monde entier s’enrhume !

Après la difficile période de résilience, le chantier de la relance s’enclenche. Une relance qui s’amorce timidement. Très timidement certes, mais elle se dessine quand même. Très extravertie dans son mode de financement, l’économie sénégalaise s’en trouve grippée.

Plus de 80% de la dette totale du Sénégal est extérieure. Le remboursement de la dette pèse lourd sur le budget. En 2020, le montant astronomique de 9 100 milliards était inscrit dans la loi de finances. Le président Macky Sall pouvait-il faire autrement que d’enfourcher le cheval de « l’annulation de la dette africaine » et par conséquent, sénégalaise ?

La réponse à la question n’est pas si simple que ça. Répondre par un oui systématique ou par un non catégorique serait très réducteur des enjeux. Tout en étant critique envers la gestion actuelle du pays, l’opposant Abdoul Mbaye n’est pas totalement en désaccord avec celui dont il fut le Premier ministre au lendemain de l’alternance politique de 2012. Au risque de se trahir, le banquier qu’il est ne saurait s’opposer au principe d’endettement et à l’idée de dette elle-même.

« Endettons-nous mieux et finançons de bons projets », s’empresse de préciser Mbaye. Il n’a pas tort. L’équation que constitue aujourd’hui comme hier l’endettement des économies africaines ne porte pas sur l’opportunité de la dette. Elle met plutôt en lumière la façon de s’endetter, la finalité des emprunts et le caractère très extraverti de l’endettement. Paraphrasant le révolutionnaire Thomas Sankara dans sa célèbre diatribe contre l’aide dite au développement à la Tribune des Nations unies, disons que « l’Afrique veut une dette qui l’aide à se passer de la dette ».

Idéologiquement et économiquement, le leadership du chef de l’Etat sénégalais mérite soutien ou à tout le moins, compréhension. D’abord parce que par le fait de la traite négrière et de la colonisation, l’Occident a compromis durablement le développement économique de l’Afrique. Ensuite parce que par le même biais, cet Occident ne pourra jamais rembourser ce qu’il a pris à notre continent. Une vieille pratique consiste à reprendre de la main gauche ce que… l’on a donné de la main droite. La dette, un cercle vicieux ? Il faut en faire un cercle vertueux.

Le monde doit changer d’échelle et l’Afrique doit, par nécessité, se ressaisir en inventant son propre modèle de progrès. Trouver sa voie pour avoir voix au chapitre. D’autant que les atouts ne lui font pas défaut : des ressources humaines et naturelles très convoitées, une population majoritairement jeune. Que faut-il pour déclencher le processus ? Résolution et détermination.

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