URBI ET MACKY

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EDITORIAL

Une semaine pleine d’intensité s’ouvre, en ce début d’avril, pour le Président Macky Sall nouvellement réélu à la tête du pays. Sabre au clair, sa prestation de serment, aujourd’hui, sert de rampe de lancement suivie le lendemain de son discours à la nation puis du défilé du 4 avril, -fête de l’indépendance- avec, cerise sur le gâteau, le banquet d’Etat en l’honneur des hôtes de marques venus rehausser de leur présence cet enchaînement de cérémonies dont la sobriété n’évacue pas la solennité. Voilà donc une semaine chargée qui démarre : accueil, discours, allocutions, apartés diplomatiques, audiences, rencontres de haut niveau, tête-à-tête sur des sujets sensibles –Dieu sait qu’il n’en manque pas !

Le temps électoral évacué, place maintenant à la réalité républicaine. Seul maître à bord, il navigue en eaux calmes. Pas de grosses colères en vue. Et aucune fronde sociale ne pointe à l’horizon. Elu et bien élu donc, le président s’est offert une petite mise au vert, loin du vacarme dakarois, histoire de prendre du recul dans l’optique d’opérer des choix, au demeurant judicieux, d’orientation, de politique et d’hommes devant traduire ses grandes options de gouvernance.

Ainsi, a-t-il à son actif, un réel avantage voire un ascendant sur le cours des évènements basés sur la légitimité conférée par notre démocratie. De ce fait, rien ne viendra contrarier sa volonté d’appliquer le programme pour lequel les Sénégalais à plus de 58 % l’ont plébiscité.

Vingt chefs d’Etat viennent témoigner à leur pair sénégalais reconnaissance et « admiration ». S’il n’existe plus d’incarnation individuelle de la République, Macky Sall imprime tout au moins à son magistère un caractère collectif pour donner au pouvoir démocratique sa plénitude symbolique dans l’espace public. Il place très haut l’incarnation. Notre temps à nous est gouverné par la démocratie d’opinion qui impose ses codes : peopolisation, gloire éphémère, petites phrases, selfies, buzz et show biz et tenues d’apparats. Sans que l’on y prenne garde, la dilution de l’autorité vient de cette légèreté à admettre l’inadmissible qui supprime la distanciation entre le citoyen et le Chef de l’Etat. La restauration de cette image du chef, voilà un des desseins du locataire du Palais de l’avenue Léopold Sédar Senghor, jadis figure tutélaire de l’incarnation et du rassemblement de notre jeune nation à l’aube de son indépendance.

Attendu sur les vrais sujets de progrès, de bien-être, d’accomplissement et de réformes, le président Sall saura éviter la pente mauvaise en ayant recours au verbe ouvrant sur l’action. Du courage et de la détermination, il en a pour accentuer la perspective et élargir le spectre des réalisations et changer en profondeur le visage du Sénégal.

Déjà Diamniadio, ville en devenir, est au cœur de cette transformation socio-économiques. Trois cent mille personnes vont s’y installer, attirées par les infrastructures, la modernité, le redéploiement industriel et les espoirs que suscite la projection. L’impulsion présidentielle, à la source de la conception du Plan Sénégal Emergent (PSE), mobilise les énergies et les esprits afin de préparer les Sénégalais à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Séduits par les dynamiques en cours, le ministre français de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, présent à Dakar pour les besoins de Choose Africa initiative française pour « accélérer la croissance des PME, TPE africaines », a salué les performances macro-économiques du Sénégal, annonçant dans la foulée de ses propos flatteurs, une ligne budgétaire de 1 600 milliards de FCFA destinés au financement des Petites et moyennes entreprises (PME) perçues comme le socle d’expansion de l’entreprenariat.

Par ce geste fort et spectaculaire à la fois, la France procède à un renversement de perspectives en misant plus sur un dense tissu de PME que sur les grands projets, boulimiques en capitaux mais guère créateurs d’emplois nouveaux. La flexibilité des entreprises de taille moyenne convient mieux à la souplesse du financement …

Quelle image du Président s’installe dans l’opinion ? En l’absence d’instruments de mesure, l’exercice d’appréciation peut paraître difficile. Ce qui demeure perceptible à l’observation c’est que Macky II ne vient pas pour ravauder Macky I. Le nouvel élu a, au soir de son triomphe annoncé la couleur : il entend placer son mandat sous le signe de la jeunesse et des femmes, deux composantes de la société sénégalaise qui, si elles ne sont pas puissamment soutenues, risquent de fragiliser davantage l’équilibre du pays, alors que c’est là le socle de l’émergence en son axe II.

Naturellement les questions fusent. Le pays va-t-il vers un tournant ? De quelle portée : économique, sociale ou politique ? Envisage-t-il de changer de cap ? Devra-t-il procéder à un rajeunissement des équipes dirigeantes ? Toutes les options sont sur la table présidentielle. Dans les cercles proches du pouvoir, « une fraîcheur des équipes » est pressentie d’autant que certains profils se sont davantage éprouvés dans l’opérationnel où ils se sont imprégnés de la « culture de la décision » et « prêts à servir » la nation à des niveaux élevés de visibilité.

En revanche, le maintien du standard démocratique du Sénégal reste assujetti à l’ouverture d’un dialogue politique fécond qui n‘occulterait aucun sujet, fut-il délicat ou sensible. L’opposition, qui n’a pas encore digéré le revers électoral, à l’exception de Ousmane Sonko, ne renonce pas à surenchérir pour se créer un « couloir d’évolution ». Cinq ans c’est long. Or, les impatiences constatées ici ou là dénotent « le culte permanent de la contestation. » Il y a longtemps que l’acteur politique, englué dans « trop de communication » a perdu de son prestige.

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