URGENCES...

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EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

Les Sénégalais ont voté dimanche dans le calme. Le caractère massif de la participation renseigne sur le sens civique de nos compatriotes qui démontrent à chaque consultation leur degré de maturité et leur bonne lecture des enjeux. Fini l’époque de « l’effet moutonnier » ou du « bétail électoral ». Place désormais à des sujets conscients, capables de discernement et surtout attentifs aux offres politiques qui leur sont présentées.

Mis à part quelques incidents ici, ou là des retards accusés, la tranquillité du vote de dimanche a valeur d’avertissement sans frais pour la classe politique dont l’empressement à entretenir une tension autour des résultats n’a d’égal que l’insouciance et le déni de réalité d’un processus électoral devant se poursuivre jusqu’à son terme. L’impatience des protagonistes ou de leurs entourages respectifs à distiller des chiffres traduit un manque de sérénité dommageable à la stabilité de notre pays.

Personne n’a le droit de tenir des propos transgressifs. La brutalité de certains à l’égard de la presse « nommément citée » pourrait les disqualifier à être des rassembleurs. Ces tensions qui se sont très vite emboitées n’en valaient pas la peine dès lors que le recensement des votes se poursuivait à l’échelle des départements et des régions.

En revanche, les directoires de campagne des candidats tout comme la presse, peuvent, s’ils sont outillés, révéler des tendances, et c’est bien ainsi dans un protocole démocratique. Ils ne peuvent néanmoins proclamer des résultats. Ils n’en ont pas le droit. Ce rôle revient à des instances habilitées et légalement constituées à l’image de la Commission nationale électorale (CENA) ou la Commission nationale de recensement des votes. Chacun est dans son rôle, a dit ce lundi matin le juge des élections.

Visiblement, Idrissa Seck et Sonko forment avec le président sortant Macky Sall, le trio de tête du vote du week-end. Fait inédit, les deux premiers amorcent un rapprochement sous la forme d’une possible alliance « en cas de confiscation des résultats », disent-ils en chœur. Leur démarche vise à contraindre le camp du pouvoir à admettre l’hypothèse d’un second tour « qui s’annonce » alors que l’ancien Premier ministre allait répétant que sa victoire au premier tour se dessinait avec netteté. Ici aussi la logique d’empressement l’emporte. Mais attention à ce vieil adage : « J’embrasse mon ennemi pour mieux l’étouffer. » Ousmane Sonko, chantre de l’antisystème n’ignore pas que le système politique n’est rien d’autre qu’une combinaison d’opinions dans la diversité.

En rappelant, dans un communiqué diffusé lundi, des principes de base du dépouillement, la CENA éclaire la voie, dissipe les malentendus et étouffe la prétendue surenchère à laquelle se sont livrés les états-majors de campagne au soir du scrutin.

« Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots », disait fort justement Jean Jaurès. A la clôture des bureaux de vote, plus personne n’avait prise sur la suite des événements d’autant que les plénipotentiaires des candidats détenaient des procès-verbaux qu’ils pouvaient acheminer pour les besoins d’agrégation. Chacun a de quoi se calmer et surtout calmer son opinion. En démocratie, il faut écouter (et entendre) les citoyens.

Lesquels, en s’exprimant dimanche, ont envoyé un signal clair aux candidats censés décoder le messager. Deux ans nous séparent de l’exploitation effective de nos ressources d’hydrocarbures qui nécessitent une gestion concertée afin d’impacter positivement les populations qui souffrent dans leur grande majorité des crises à répétition.

Les pays africains détenteurs de ces gisements vivent dans une instabilité chronique : Angola, Mozambique, Gabon, Tchad, Libye, Nigeria, RDC, Congo Brazzaville, pour ne citer qu’eux. Le fait de ne dépendre que des recettes pétrolières a plombé les économies desdits pays en raison des variations conjoncturelles qui affectent le cours du baril.

Le destin du Sénégal se joue sur la gouvernance de ces ressources. Faute de consensus, le danger guette de jeter une partie des Sénégalais dans des bras aventureux. Il s’agit d’un dossier brûlant qu’il importe de circonscrire sous peine d’aiguiser les appétits voraces en embuscade.

Il y a des urgences…

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