VEILLÉE DES FANTASMES

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Éditorial - Par Mamadou NDIAYE

Combien de temps dure un mandat de… 5 ans ? Chacun des 16 millions de Sénégalais a sa propre réponse. Etonnant ? Non. Le pays est comme çà ! Certains s’essoufflent. D’autres s’impatientent. Entre les deux, une bonne partie s’installe dans l’indifférence.

Dans Dakar, ville cosmopolite qui ne dort ni ne somnole, fourmillent des gibets tenus par des colporteurs guenilleux. Une profusion de personnages lugubres reprend la parole pour ne jamais la lâcher au lendemain de la présidentielle de février 2019. Ces gens n‘aiment pas le temps long. Lequel déconstruit leurs plans à très court terme.

Les deux séquences temporelles ainsi fixées ne peuvent ni cohabiter ni se juxtaposer. Elles s’affrontent parfois violement au détriment de la démocratie qui a besoin de respirer un « air pur ». Il est même à craindre que la vie politique ne se réduise à un duel sans merci entre « nous y sommes, nous y restons » et « ôtez-vous de là que nous nous y mettions ». Le schéma est réducteur toutefois. Il campe des positions qui agrègent des opinions de l’électorat, loin d’être homogène. Les spécialistes de la science politique appellent cela un « noyau de réalité » qui condense des positions politiques que rien ne réconcilie. Apparemment.

Mais un homme cristallise cette situation : le ministre de la Justice, Garde Sceaux, Me Malick Sall. A la tête d’un département de souveraineté, de surcroît sensible, il focalise les attentions et les regards. La forte critique qu’essuie le régime de Macky Sall, il en répond aujourd’hui. Car mieux qu’aucune autre réalité sociale, la justice reflète les crispations de la société sénégalaise.

Doit-elle se réformer ? Est-il opportun de toiletter les textes qui la régissent ? Qui pour conduire ces mutations ? Autour de ces questions et d’autres, surgissent des divisions crispantes entre tenants et adversaires des réformes sur fond d’un enjeu politique de premier plan. Celui qui parviendra à faire faire à dame justice des progrès à pas de géant entre dans l’histoire par la grande porte.

La nomination de Malick Sall, comme ministre a, semble-t-il, ravivé l’union des forces antisystème qui ont vu en lui une doublure présidentielle moins marquée politiquement que d’autres figures et qui ne subit pas d’érosion de légitimité. En haut lieu son volontarisme séduit. Il a une méthode pour impulser le mouvement de réforme voulu par le Président de la République. Les facteurs de succès de sa mission ministérielle s’agrègent et se mettent en place. Il veut amorcer les transformations à un rythme soutenu mais les impatients tentent paradoxalement de le contrarier. En clair, la contradiction dans les demandes rend difficile l’exercice du pouvoir.

Avocat d’affaires réputé sérieux et travailleur, il a bâti sa prospérité à l’abri des projecteurs. Il cultive la discrétion et s’entoure d’amitiés solides qui ont traversé des épreuves de vie. Le bruit n’a pas fait partie de sa trajectoire professionnelle. Le voilà qui, embrassant la politique par devoir, retrouve la marre aux canards, le marché de la parole irresponsable, les accusations fantaisistes, de fausses nouvelles colportées, des jérémiades gratuites et sans fin, des intentions prêtées, des allusions assassines, la perfidie d’attaques politiques, bref un monde peuplé de sournois, d’hypocrites, de gens venimeux.

Il est prévenu par le chef de l’Etat qui l’investit de sa confiance. Ses débuts sont laborieux. Il connaît certes ses dossiers. Mais l’agenda politique du pays perturbe quelque peu le sien. Il s’adapte. Avec rapidité. Pas au goût de tout le monde. Il est jugé -déjà !- distant et taiseux. Lui sourit. Cette méconnaissance de sa personne intrinsèque l’intrigue quelque peu. Me Malick Sall dissocie la part de communication de la part de réflexion sur l’état de la société.

Natif du département de Matam, l’avocat entretient avec son terroir une attachante proximité. Sa démarche séduit grand monde. Le puissant réseau social qu’il s’est forgé découle de ce lien qui s’étend et se répand. Son sens tactique se révèle quand se construit sa vision stratégique au sein de la Justice, plus tentée par le conservatisme que par le modernisme. Le monde ancien, il connaît. Le nouveau, il le découvre. Mieux, il s’aperçoit que la passion politique s’éteint peu à peu dans de nombreuses contrées, notamment au Fouta.

La nature ayant horreur du vide, la pratique politique reste truffée d’esbroufe, de prétentions, de bluff et de fanfaronnades. Ces « anti jeu »ne font pas partie de son univers habituel. L’adversité dont il est victime lui permet de s’adapter aux circonstances. Il apprend très vite de ses erreurs. Et d’ailleurs qui n’en commet pas en politique ? Derrière les attaques qui le ciblent se cache une intention inavouée d’affaiblir son patron, le Président de la République en faisant sauter un verrou stratégique du dispositif de gouvernance actuelle.

Or malgré les cris d’orfraie, le ministre affiche une sérénité désarmante, en montrant une réelle capacité à réagir aux évènements. Il a voulu s’appliquer une simple règle de transparence, en annonçant qu’il est positif au variant delta du covid-19. Mal lui en prit. Puisque son initiative a été chahutée. Le communiqué, pourtant bien rédigé de sa cellule de communication, est sans équivoque sur les termes de la décision du ministre. Il ne masque pas une réalité. L’aurait-il tenté qu’il se serait retrouvé dans d’autres entraves encore plus pernicieuses.

Et puis l’autre versant du document a une indéniable valeur informative : le vaccin atténue la charge virale mais n’empêche pas de développer la maladie si l’imprudence n’est pas chassée. Le ministre invite ses compatriotes à se vacciner puis à se protéger en respectant les consignes édictées. A-t-il transgressé un ordre, une loi ou une contrainte ? Non.

A travers son geste, à saluer du reste, il administre la preuve que le mal endémique continue de sévir dans des formes nouvelles et très préoccupantes. Personne n‘est à l’abri : riche comme pauvre. En outre, jamais habité par le solitude, il ne lui viendrait à l’esprit de partager son « sort momentané » s’il était tenté par un enfermement ou un repli sur soi. Encore que le test auquel il s’est prêté, revenu positif, l’incite au confinement à juste raison. Alors qu’est-ce qui justifie ce traitement de défaveur à son égard ? Jalousie ? Petites haines de misérables ?

Tout paraît étrange dans ce déchaînement ininterrompu d’hostilité, d’hystérie. En vérité, il gêne. Etant homme du sérail, ayant blanchi sous le harnais, il donne l’impression de savoir bien naviguer dans ces eaux « troubles » dès lors que le cap est fixé. Sans exhibition. Ce qui devrait apparaître chez lui comme un atout devient du coup un handicap, simplement parce que le ministre est « dans le coup » pour déjouer… les coups !

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