VENT DEBOUT !

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ÉDITORIAL

Au prix de longs efforts, la démocratie sénégalaise tient debout. Ses inspirateurs, ses initiateurs et mêmes ses premiers acteurs, ont tous fait quelque chose pour consolider l’édifice. Avec labeur et au gré des conjonctures et des circonstances. Dans ce lent cheminement, il y a eu des hauts et des bas. Normal puisqu’il s’agit d’une œuvre humaine, donc jamais parfaite mais toujours perfectible.

Dans les temps anciens, l’instant de vote était solennel : les électeurs s’endimanchaient avec finesse et élégance, si ce n’est avec éclat, pour accomplir leur devoir de citoyen. Ils rivalisaient dans l’éloquence, la retenue, la courtoise, le fair-play. L’humour, l’apostrophe, l’allégorie rythmaient les campagnes d’alors.

Du Sine au Saloum, du Cayor au Cap Vert, du Fouta au Fouladou, du Walo au Djolof, les joutes verbales ne manquaient pas. Le public, qui en raffolait, fredonnait des airs connus. Le sérieux de la confrontation entre rivaux politiques n’évacuait pas la dimension festive des meetings. Au contraire.

Bounama Fatim Mbaye, Latyr Lam, Boun Abass Guèye, Yandé Codou Sène, Saloum Dieng, Mbana Diop, Samba Diop Lélé, Diabou Seck et Djiguina Sakiliba étaient des chanteurs respectés dans les lointaines contrées pour avoir propulsé au devant de la scène des leaders de la trempe de Aly Bocar Kane, Ibrahima Seydou Ndao, Mady Cissokho, Demba Diop, Makha Sarr, Samba Défa Wane, Ousmane Socé Diop et Maurice Guère, entre autres...

Ils avaient l’art de railler sans blesser. Les idées se télescopaient sans dégâts collatéraux. Par une boutade bien sentie, on parvenait à désarçonner un adversaire. Lequel, aidé de ses proches, pouvait à son tour répliquer dans un savoureux langage. Le sens de la formule ou de la répartie tétanisait les foules des grands meetings d’alors.

Les batailles n’en furent pas moins âpres pourtant entre protagonistes à l’image du combat épique ayant opposé Senghor (BDS) à Lamine Guèye (SFIO). Ces hommes et ces femmes ont bâti autour d’eux des équipes soudées pour la conquête des suffrages. Ils ont même scellé des alliances -pas seulement politiques mais sociales aussi- qui ont résisté au temps et aux épreuves. Cela démontrait la fidélité dans le compagnonnage, conférant ainsi à ces acteurs un statut de grande singularité. Très certainement il y avait de la violence mais elle revêtait, somme toute, un caractère résiduel.

Il en est tout autrement aujourd’hui. L’invective et la parole méchante s’entremêlent. Elles traversent les luttes d’influence souterraines au point de déborder les flancs des candidats souvent très peu outillés pour discipliner ce qui se dit en leur nom. Pour tout candidat dépourvu d’ascendance sur ses troupes, ce qui guette c’est soit la danse sur un volcan ou le tourbillon en gros temps.

Le 24 février sera assurément une date décisive. Rendez-vous majeur dans le calendrier républicain, ce vote va ouvrir ou fermer des horizons pour les cinq candidats en lice. Une pression accrue commence à s’exercer sur eux. Les Khalifes Généraux des principales confréries et le Clergé catholique se sont exprimés ouvertement en faveur d’un scrutin calme et digne, invitant les protagonistes à pacifier l’espace politique. Faudra-t-il se doter d’un moral d’acier pour ramer à contre-courant des radicalismes qui s’affichent ? La raison finira-t-elle par prendre le dessus sur la passion ?

La classe politique doit se montrer à la hauteur et surtout ne pas baisser la garde. Elle est certes traversée par une division entre tenants de la ligne de continuité autour du Benno et ceux qui prônent la rupture, regroupés au sein du C25, les recalés en quelque sorte. Mais sa responsabilité est grande quant à l’issue de la prochaine présidentielle, ouverte et indécise…

Un nouveau moment de vérité se profile avec l’entrée imminente en campagne présidentielle des 5 candidats retenus après le filtre des parrainages. Nous avions espéré nous débarrasser de quelques entraves et nous remettre d’aplomb en voyant se réduire le nombre de candidats. Voilà que des incertitudes planent. Ils revient aux acteurs politiques de rendre notre démocratie effective.

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