[VIDÉO]-BORIS DIOP VS BACHIR DIAGNE : L’ARBITRAGE DE FELWINE SARR

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JURY DU DIMANCHE

Felwine Sarr, intellectuel sénégalais de renom, tranche en faveur de Souleymane Bachir Diagne, dans la guerre épique des mots, autour de l’œuvre de Cheikh Anta Diop, entre le philosophe, et l’écrivain Boubacar Boris Diop. « Boris est très à fleur de peau quand il s’agit de Cheikh Anta Diop », soutient-il, dans son arbitrage, dans le Jury du dimanche (JDD) de Mamoudou Ibra Kane, sur iRadio et Itv, ce 24 novembre.

« Je pense que Boris a fait un faux procès à Bachir, dit-il, d’emblée. Parce que, ce texte de Bachir était un hommage à Cheikh Anta Diop. Peut-être a-t-il estimé que l’hommage n’était pas assez appuyé, assez clair, et que quelques éléments critiques qu’il a mis dans l’hommage lui ont déplu ». C’est parce que c’est mon ami que je lui dis ça. Je pense qu’il a méjugé Souleymane Bachir. Ce qui est intéressant, c’est que le jour où l’article de Boris est sorti, j’étais en train de travailler sur un ouvrage du collectif des Ateliers de la pensée. Je travaillais sur un chapitre que Bachir avait livré 6 mois avant où il réfléchissait sur la pensée de l’identité et du devenir. Où il disait que dans les années 50 et 60, la violence et la négation coloniales ont amené les Africains à avoir une pensée de l’identité. ’’Vous n’êtes pas, je suis’’, donc la négritude, on s’est affirmé sur nos valeurs de civilisation, sur qui nous étions. Et il estime que maintenant, dans cette pensée du devenir, on n’a plus besoin de nous affirmer, on sait qui on est. Et les individus se posent la question ’’qu’est-ce qu’ils vont devenir ?’’. Comment leurs identités vont évoluer, plurielle, multiconfessionnelle, multiethnique. D’ailleurs, la jeunesse a une identité du devenir, et malheureusement, elle ne voit son devenir que dans l’exil. Et il a des pages admirables sur Cheikh Anta Diop dans cet article. Je pense que quand on veut savoir ce qu’on pense de quelqu’un on le lit dans la durée, on regarde tout ce qu’il a dit sur l’individu, pas un article, une interview, qui va (le) résumer.

« Une explication en terre égyptienne »

D’ailleurs, indique-t-il, il entend avoir une discussion avec Boris Diop très prochainement. « On va se voir en Egypte, en principe, en janvier, je voudrais bien avoir une discussion avec lui ». Car explique l’écrivain : « La deuxième chose, sur ce débat-là, ce qui est sous-jacent, c’est notre rapport à Cheikh Anta, que l’on nous laisse la liberté d’adhérer à Cheikh, et de pouvoir être critique sur des aspects sans nous soupçonner de faire le jeu des ’’anti-diopistes’’ ou d’une historiographie européenne, qui n’a pas reconnu Cheikh ou qui le combat. Pour nous tous, Cheikh a comblé un gouffre sur lequel nous nous sommes établis. Cheikh a réglé un problème fondamental, celui de notre contribution intellectuelle. Tout le monde adhère. Maintenant, Cheikh était un scientifique, et il était critique. Lui rendre hommage, c’est avoir un rapport critique avec sa pensée. Dire sur tel aspect, on peut aller plus loin. Sur un autre, il n’a peut-être pas vu cette dimension.

« On peut critiquer Cheikh Anta Diop sur tellement de choses »

Sur la question de l’économie par exemple, détaille le professeur agrégé en Economie à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, « il a écrit un ouvrage important qui s’appelle ’’Fondement d’une unité culturelle africaine’’ où il a une belle réflexion sur l’économie. Comment on peut à l’échelle du continent, on peut avoir des zones qui produisent de l’énergie éolienne, de l’eau, et comment on peut intégrer les ressources au niveau continental mais il était dans une vision industrielle de l’économie, la vision immatérielle, de l’économie des savoirs, des connaissances, qui aujourd’hui, la principale source de valeurs dans les sociétés humaines. Ce n’est plus le capital, le travail et l’industrie qui produisent de la richesse mais l’innovation, l’intelligence, et le savoir. Cette dimension immatérielle, l’économie de la connaissance, Cheikh ne l’a pas vu mais c’est normal puisqu’il a beau être génial, et être qui il est, (mais) il est un être de son époque ».

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