VIDEO : LA VIOLENCE VERBALE À LA MODE… QUAND LES JEUNES DONNENT LE LA

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PAROLE AUX JEUNES

Au Sénégal, les drames se multiplient et ne se ressemblent pas. La situation est alarmante et inquiétante. Depuis un certain temps, on assiste à une sur-médiatisation d’une série de violences qui touche toutes les couches sociales.

L’actualité des mois d’Octobre et de Novembre aura été très macabre au Sénégal. L’affaire du douanier, chef de la brigade de l’AIBD, retrouvé mort dans son véhicule. Mariama Sonko, militante de Pastef, morte par strangulation avant d’être violée. Ou encore, Cheikh Diop, ancien pensionnaire de Rebeuss, décédé des suites de ses blessures après s’être immolé par le feu à quelques encablures du palais présidentiel. Et aujourd’hui, l’affaire qui émeut le tout Sénégal : Khadim Ndiaye brulé vif par son épouse…

Et si le poison était déjà dans la violence verbale devenue acceptée dans la vie de tous les jours ? Le constat est que nous en sommes arrivés à cautionner une certaine violence dans le verbe, même pour illustrer une image à la base positive. Dans le langage des jeunes, les termes les plus usités renvoient à la violence physique. « Yakoy dagaté », « sotanté acide », « fël fëlaale » ; « féroce », la liste des expressions en vogue est loin d’être exhaustive.

Nous sommes allés à la rencontre de jeunes élèves pour leur donner la parole et recueillir leurs avis sur le sujet. En face du collège Sacré Cœur, quatre élèves devisent tranquillement. Ndatté Diouf, élève au lycée Galandou Diouf, précise d’emblée qu’elle ne fait pas partie du lot de personnes qui utilisent des propos violents. « Avec mes amies, nous discutons et rigolons de tout mais, l’éducation que nous avons reçue nous interdit de verser dans de telles vulgarités. Ce sont des propos incorrects », jure-t-elle. Sa camarade de classe, Adja Khadija Tall partage son opinion. Pour elle, « cette manière de s’exprimer est trop sauvage et, une personne bien éduquée ne devrait pas en faire usage. »

Au lycée John Fitzgerald Kennedy, l’ambiance est autre. C’est l’heure de la pause. L’établissement est animé. Sous l’ombre des arbres devant le portail de l’école, Seynabou Guène, élève en classe de 4e, est en pleine discussion avec ses amies. Sur le sujet, elle est catégorique et trouve que cette nouvelle façon de s’exprimer est d’une vulgarité sans nom. Son avis n’est pas partagé par Mamita, la benjamine du groupe. Cette dernière adore les nouvelles expressions des jeunes et ne s’en cache pas : « Les jeunes sont féroces dans leurs expressions. J’adore ça », s’esclaffe-t-elle ; jugeant que c’est un choix à faire entre la violence verbale et celle physique. « Pour faire face à mes ennemis… Je ne me bats plus. Si j’ai un problème avec une rivale, je lui balance ces mots à la figure et j’avance… »

Ousmane Bâ, sociologue : "La famille, l’école, les médias..."

Nous avons également interrogé Ousmane Ba, sociologue et chercheur à l’Institut National Supérieur de l’Education Populaire et du Sport (INSEPS). Son analyse repose sur les instances de socialisation qui s’affaiblissent.

« Le problème de fond ne consiste pas à seulement dire que c’est un langage violent des jeunes parce qu’ils constituent un prototype de la population. Ils ne sont pas extirpés de la société sénégalaise et, si on veut comprendre leur comportement, il va falloir regarder de plus près la manière dont ils ont été éduqués. »

« La première instance de socialisation, à savoir la famille, n’a peut-être pas impacté positivement dans la formation des enfants, qui deviennent jeunes puis adultes. Quand je parle de famille, je fais allusion à la formation des couples dans le passé, du point de vue traditionnel et coutumier. Il y avait une manière de former un couple. Aujourd’hui, la formation des couples ont un impact dans la personnalité de l’individu issu de ce lien. Donc, on peut dire que maintenant l’éducation familiale pose problème. »

« La deuxième instance de socialisation est l’école, qui devrait compléter le rôle de socialisation de l’individu en lui enseignant de respecter les normes sociales et d’adopter un bon comportement. Elle est en lambeaux. »

« La troisième instance, ce sont les médias. Ce sont les moyens que les jeunes utilisent de plus en plus avec le développement des TIC. Donc, il est plus facile de faire la propagande de ce genre de langage. Mais, ce n’est pas un phénomène nouveau. Il s’est juste développé avec la modernisation de la technologie. Malheureusement, à part les hommes religieux, il n’existe plus de modèles ou références dans ce pays. »

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