(VIDÉO) NDINGLER DE A À Z - À LA SOURCE DU CONFLIT FONCIER

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REPORTAGE

Depuis presque cinq ans, un litige foncier oppose les habitants de Ndingler à Babacar Ngom. À l’origine, les villageois de Ndingler accusent le PDG du Groupe Sedima de vouloir faire main basse sur presque 75 hectares de leurs terres pour y développer son projet « agrobusiness ». L’affaire a pris une nouvelle tournure ces derniers jours.

L’hivernage commence à s’installer au Sénégal. De nombreuses localités du pays ont déjà reçu leurs premières pluies de la saison 2020. Ndingler en fait partie. Seulement, dans ce village sérère, niché en pleine forêt dans la commune de Ndiaganiao, les populations risquent de louper à nouveau cet hivernage. La raison ? Un litige foncier qui les oppose au PDG du groupe Sedima, Babacar Ngom. Ce conflit leur prive de l’usus de leurs lopins de terres estimés à environ 75 hectares alors que le village n’a que l’agriculture pour survivre.

Il est 10h à Ndingler en ce dimanche très ensoleillé. Après un long parcours sur la route nationale qui mène vers Ndiaganiao, dans le département de Mbour, nous y voilà sur une piste de production de 4 kilomètres qui mène directement à Ndingler. Le retentissement du moteur de notre véhicule 4X4, à l’entrée du village, avait fini par attirer l’attention d’un jeune homme. C’est ce dernier qui nous indique la maison du chef de village.

La concession est une grande superficie composée de cases en paille. Au milieu de la cour, le vieux Abdoulaye Dionne est train de prendre de l’air, sous un arbre, en compagnie de son petit-fils. C’est ce septuagénaire que le collectif du village avait désigné comme porte-parole dans ce dossier.

L’AGRICULTURE, LA SEULE SOURCE DE SURVIE

Vieux Abdoulaye Dionne avait réussi à faire face à la presse pour leur expliquer le fond du dossier qui les oppose au PDG de Sedima. C’est avec la même détermination qu’il nous reçoit pour parler à nouveau de leurs terres litigieuses. « Babacar Ngom était venu, ici, en compagnie du maire de Ndiaganiao (Gana Nging) pour nous décliner son projet. Il avait promis de prendre des enfants du village qui vont travailler avec lui. Il nous avait aussi promis de l’électricité et de l’eau potable. Mais, nous lui avions clairement signifié que nous ne voulions pas de son projet parce que tout simplement, nous n’allons pas céder nos terres. Nous n’avons que ces terres qui nous servent d’agriculture pour vivre », a-t-il indiqué.

Alors que le ciel a déjà ouvert ses vannes, ces cultivateurs de Ndingler ne voient qu’une seule et unique chose : la disponibilité de leurs terres. Ils veulent démarrer les travaux champêtres. Au niveau du Penc (place publique du village) où ils se sont retrouvés, ce dimanche, le ’’dossier de Babacar Ngom’’ est le seul sujet de discussion. « Moi, je cultive du mil. C’est le seul rendement que j’ai pour gérer la nourriture annuelle de ma famille. Si on me prive de culture, je ne pourrais pas survivre », déclare Cheikh Dionne, un autre notable du village.

Pour s’imprégner davantage du dossier, nous nous sommes rendus sur les superficies litigieuses. Pour un étranger, s’y rendre à pieds, n’est pas une chose aisée. Mais, les enfants de Sandock (les villages de Ndingler) en ont l’habitude. À bord de notre véhicule, sur indication d’un jeune du village, nous avons empruntés des raccourcis. Après moins de 20 minutes de route, nous apercevons les champs. Mais, impossible d’y s’approcher. Sur ordre de Babacar Ngom, nous dit-on, les lieux sont bien sécurisés par des éléments de la gendarmerie qui ont caché leur véhicule, sous un baobab, dans les champs. C’est une vaste superficie, sans clôture, mais bien délimitée à l’aide d’un vaste et long trou que l’on pouvait apercevoir de loin à l’aide du drone que nous avions.

UNE MÉDIATION EN BRANLE

Pour bien défendre ce dossier, Ndingler a mis en place un collectif composé de tous les hommes du village. Mais, le collectif a 5 membres permanents qui servent de relais entre les villageois et les médiateurs. Oui ! De la médiation pour trouver une issue heureuse de ce litige, il y en a dans ce dossier. Le maire de Ndiaganiao, Gana Nging nous le confirme. Le préfet de Mbour et récemment le ministre de l’Urbanisme de l’Habitat et de l’Hygiène publique, entre autres, sont en train de faire des démarches qui n’ont pas encore donné les résultats escomptés.

SAUVER L’IMAGE DE BABACAR NGOM

Mais, ce lundi 6 juillet, 2020, la presse a annoncé une reculade du PDG de Sedima. « Babacar Ngom a finalement lâché du lest dans ce litige qui l’oppose aux populations de Ndingler. Ces dernières peuvent continuer à cultiver leurs terres sans se soucier d’une expropriation. L’accord a été trouvé ce lundi 6 juillet. Le boss de Sedima devrait faire incessamment une sortie pour l’annonce officielle », a-t-on appris dans la presse. Cette sortie, prévue, jeudi 9 juillet, 2020, a été confirmée par ses services de communication. Le groupe Emedia y est d’ailleurs convié.

Interrogé sur cette nouvelle posture de Babacar Ngom, le jeune Mbaye Diouf, membre du collectif reste sceptique. Selon lui, le collectif n’est pas saisi de manière ni officielle ni officieuse de cette décision. « Nous l’avons appris comme vous. Le collectif ne s’est pas encore réuni pour ça. Nous attendons sa sortie, jeudi, pour apprécier », a-t-il lâché au bout du fil.

En tous les cas, pour l’expert en communication, Sidy Sarr, cette décision du PDG de Sedima, « va permettre d’atteindre un des objectifs de la communication de crise, qui est de trouver une sortie favorable de la crise. Par la suite, l’objectif majeur de la communication de crise sera aussi atteint : c’est de préserver la crédibilité de l’entreprise : sauver donc l’image de marque. Une image de Babacar Ngom entouré des paysans de Ndingler qui retrouvent leur terre, va marquer à jamais les esprits et redorer son blason. »

DÉLIMITATION DES FRONTIÈRES COMMUNALES

Il faut dire que sur ces périmètres, le PDG de Sedima y dispose d’un titre foncier en bonne et due forme de 224 hectares. Mais, cette partie appartient à la commune de Djilakh. D’ailleurs, informe le maire Gana Gningue, les populations de Ndingler et celles de Djilakh sont des parents. Mais, l’histoire a montré que leur « cohabitation n’a jamais été paisible » du fait de ces terres qui ont toujours été source de conflit bien avant l’arrivée du PDG de Sedima dans cette zone. Pour un règlement définitif de ce problème, le maire de Ndiaganiao appelle l’arbitrage de l’Etat. « Ce qui est beaucoup plus clair est que l’on matérialise la limite exacte entre les deux communes. Il faudrait que les autorités viennent avec des géomètres faire cette délimitation », a suggéré le maire Gana Gningue.

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