[VIDÉO]– RAMA YADE : « J’AI LE DROIT D’AVOIR UNE ORIGINE »

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JURY DU DIMANCHE

Invitée du Jury du dimanche (JDD) de Mamoudou Ibra Kane, ce 12 janvier, Rama Yade, d’origine sénégalaise, rembobine le film de son engagement en politique en France. L’ex-candidate à l’élection présidentielle en France, enseignante à Sciences Po (l’Afrique au centre du monde) et écrivain rappelle qu’elle n’en garde pas que de bons souvenirs.

Préjugés sur les ministres originaires d’Afrique

« Quand je me suis engagée en politique, j’étais la seule dans mon espèce (rires), à ce niveau-là, narre-t-elle. Et ma présence a toujours dérangé. Pas forcément la population française, qui m’a fait l’honneur, un moment, de me désigner leur personnalité préférée, ce qui était inespéré. Mais au niveau de l’élite, ils ont du mal à accepter la présence des noirs, des Africains dans la vie politique. (...) On doit faire face à des préjugés. Et d’un côté, il y a ceux qui attendent énormément de vous, les femmes, les jeunes puisque qu’en ce moment, j’étais la plus jeune du gouvernement, les Africains, les immigrés attendent énormément de vous. Donc, beaucoup de pression. Et de l’autre, on veut vous faire la peau. Parce qu’on veut que vous échouiez pour que ceux qui sont comme vous n’y arrivent pas eux non plus. Donc, vous êtes dans l’obligation finalement de porter une double pression, contrairement aux autres hommes politiques qui ont droit eux, d’être juste des hommes politiques...

Un jour, j’ai fait un lapsus, lors d’une visite à Haïti, la première République noire à s’être libérée de l’esclavage, en tant que ministre. Et portée par l’émotion, j’ai dit à l’Assemblée des Haïtiens devant moi, des choses très fortes sur l’esclavage et les liens qui nous unissaient des 2 rives (Haïti et Gorée au Sénégal), et j’ai présenté le Sénégal en disant comme dans mon pays, et j’étais ministre français. Ça a choqué plein de gens, non pas en Haïti et au Sénégal, mais au sein de l’extrême droite qui n’a cessé d’exploiter ce lapsus-là. Ce n’était pas fait exprès, c’était sorti tout seul. Mais j’ai le droit, au fond, c’est ça qui m’interpelle, d’avoir une origine. C’est impossible de nier d’où je viens. Je le porte sur mon visage de toute façon. »

A partir de là, défend-elle, la diaspora africaine « porte une hybridité culturelle ». Et, appuie-t-elle : « Il faut nous accepter comme nous sommes, et nous sommes ainsi parce que les heurts de l’histoire du continent africain nous ont conduits à être comme nous sommes. Mais nous ne sommes pas heureux quand les pays où nous sommes nés ne sont pas heureux. »

Quand Rama Yade se compare à Sibeth Ndiaye : « Je n’ai pas voulu m’effacer... »

« Le point commun (avec Sibeth Ndiaye, secrétaire d’État auprès du Premier ministre, porte-parole du gouvernement d’Édouard Philippe), c’est le Sénégal, qui décidément est un grand fournisseur de ministres pour la France, (rires) mais c’est tout. Le reste, c’est 2 personnalités différentes. J’étais plutôt considérée comme un élément de rébellion permanent dans le gouvernement français (sous Nicolas Sarkozy). Puisqu’à chaque fois on a considéré que je n’étais pas assez obéissante, que je ne collais pas assez à la ligne gouvernementale. Contrairement à une porte-parole du Gouvernement qui par définition colle à la ligne gouvernementale en permanence. Mais c’est vrai que je n’ai pas voulu m’effacer derrière la fonction, et j’ai, à la fois, défendu un gouvernement à travers son action, et en même temps, j’ai défendu aussi les fonctions qui m’ont été confiées. La plus belle d’entre elles ayant été les droits de l’homme. De ce fait, quelque fois ça frictionnait, c’était tendu. J’ai plusieurs fois été menacée d’être virée, j’ai été convoquée je ne sais combien de fois à l’Elysée, à Matignon, pour quasi outrage.

Aujourd’hui, si j’étais encore en fonction, que de combats je pourrai mener sur la question des migrants, des Rohingyas en Birmanie, des femmes qui continuent à être violentées dans de grandes parties du monde. Il y a beaucoup de combats à mener encore, et je trouve regrettable que la question des droits de l’homme soit passée au second plan au nom d’une real politique ou d’une certaine forme d’égoïsme des Etats. »


Toutefois, tranche-t-elle, « pas de divorce avec la France mais avec une certaine France (dont) je n’ai jamais été mariée. »

Mais son rêve se poursuit, dit-elle. Car touche à tout, entre l’enseignement, les Institutions de développement, Rama Yade dit avoir pris du recul après 10 ans de politique en France, étape qu’elle décrit comme « un ring avec de petites phrases, des insultes, et l’accélération quotidienne de l’action ». Un recul pour « gagner en sérénité, en réflexion, en liberté aussi, trouver des nouveaux schémas de pensées, comprendre le monde dans lequel nous vivons. Aller Washington parce que c’est là que se joue le destin du monde. Et travailler en même temps sur l’Afrique parce que c’est là que demain se jouera le destin du monde ».

L’administratrice du Sénat en disponibilité ne pense pas faire de la politique au Sénégal

Panéliste lors de la Nuit de la pensée, dernier acte de la 3e édition des Ateliers de la pensée, du 30 octobre au 02 novembre derniers, à Dakar, Rama Yade avait discouru sur le thème « Africaniser l’ordre international pour répondre aux défis mondiaux ».

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