VOUS AVEZ DIT MIGRATION CIRCULAIRE ?!

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CHRONIQUE

Macky Sall choisit la migration circulaire. Cette nouvelle convention de migration paraphée avec l’Espagne prétend une migration beaucoup plus organisée. Il s’agit, selon le président de la République, d’organiser le départ des ’’travailleurs migrants’’, sur la base d’un cahier de charges géré par une task force qui regroupera les agents des ministères de l’Intérieur, de la Jeunesse, des Affaires étrangères, de l’Agriculture. Bref, des ministères sectoriels, parce que, la question migratoire est transversale.

Sur cette nouvelle convention, les candidats intéressés seront des ’’travailleurs saisonniers’’. En d’autres termes, ils seront recrutés pour une période de travail bien déterminée, en Espagne. Après, ils rentreront au bercail.

Théoriquement, cette proposition passe. Mais, sur le plan pratique, son opérationnalisation va poser des difficultés aux autorités. La raison est toute simple. D’abord, au niveau du recrutement, puisque ce sont des organes du pouvoir qui vont se charger de la sélection des candidats, des velléités de favoritisme ne manqueront pas. Ceux qui ne seront pas sélectionnés, après avoir déposé leurs dossiers, vont se ruer sur les brancards, accusant le pouvoir d’avoir privilégié ses militants. L’exemple de la Der (Délégation à l’entrepreneuriat rapide) en est une parfaite illustration. Ensuite, quelles seront les garanties pour le retour au pays de ces ’’travailleurs migrants’’ choisis, à la fin de saison ? La réponse du Président est claire : ’’ Nous allons leur offrir un emploi à temps plein’’. Quel emploi ? N’est-ce pas cette denrée, sous nos cieux, qui hante son sommeil avec le réveil brutal des jeunes lors des récents manifestations... ?

L’autre difficulté, qui n’est pas la moindre, reste les conditions de travail sur lesquelles les ’’heureux’’ sélectionnés seront mis, une fois, en Espagne. Cela va sans dire que le Gouvernement espagnol prendra toutes les dispositions nécessaires pour que ces ’’travailleurs migrants’’ ne se fondent pas dans la nature une fois que leur contrat est terminé. Dès lors, une autre équation se pose. Puisque qui paie commande, ces éventuels migrants vont subir le dictat des autorités espagnoles, entre autres, passeports confisqués, hébergements dans des lieux où leurs libertés de mouvements seront réduites... La même situation que vivent les ’’travailleurs migrants’’ sénégalais qui sont au niveau des pays du Golf.

La migration est un phénomène naturel. Donc, libre. La vocation de l’État ne saurait être l’organisation des voyages de migrants. Mais, de mettre des mécanismes souples et inclusifs permettant à sa population de se déplacer librement.

Des accords entre le Sénégal et un pays européen dans le domaine de la migration ne sont pas nouveau. En juin 2001, à Paris, un accord relatif aux échanges de jeunes professionnels avait été signé entre le Sénégal et la France. En 2006, le Sénégal a également signé un accord sur la gestion concertée des flux migratoires avec la France, dans le but de faciliter l’obtention de cartes de séjour pour les salariés et les travailleurs temporaires.

Si ces accords avaient produit les effets escomptés, on n’en serait pas là avec la problématique de l’immigration clandestine. Mais, en lieu et place d’une Politique migratoire bien définie, polarisant toutes les questions liées à cette question, l’État semble opter pour la politique de la main tendue.

Comment comprendre que le Sénégal, pays d’accueil, de départ et de transit, ait élaboré, entre 2015 et 2018, un document de Politique nationale de migration (DPNM), le premier du genre depuis son indépendance, et que celui-ci ne puisse être validé. Pourtant, le processus pour la réalisation de ce document a duré trois (03) ans avec l’implication d’une bonne partie des acteurs en la matière. L’objectif était d’avoir une référence dans ce domaine sans une contestation majeure. Le document a été validé par le Comité national de Pilotage dirigé, à l’époque, par la Primature. Mais, depuis plus de deux ans, sa validation politique cloche, poussant certains observateurs notamment ceux qui ont participé à l’élaboration dudit document à se poser moult questions. Pourquoi, après son élaboration, le document est rangé dans les tiroirs alors que la question migratoire est devenue une problématique internationale ?

Aujourd’hui, la diaspora sénégalaise est considérée comme la 15e région. C’est une sage décision du régime de Macky Sall. Il reste leur intégration dans le tissu économique du pays. Les montants de leurs transferts d’argent ont pris une ampleur considérable au cours des dernières années. Leur volume est passé de 233 millions de dollars en 2000 à 925 millions en 2006, puis à 1 614 millions en 2013, pour atteindre 2 220 millions en 2017. Cela représente en moyenne à peu près 930 milliards de FCFA par an au cours des dix dernières années (2008-2017). La part de ces transferts dans le PIB du Sénégal est passée de 6 % en 2001 à 8,6 % en 2007 et à 13 % en 2017. C’est dire que l’apport de ces émigrés sénégalais est d’une importance capitale.

Malheureusement, en l’absence d’une Politique nationale migratoire, ces transferts d’argent de la diaspora ne servent qu’aux dépenses de ménage. Alors que l’économie nationale devrait en bénéficier.

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