Vidéo - COUVRE-FEU D’HIER À AUJOURD’HUI - LES CONFESSIONS D’ABDOULAYE MAKHTAR DIOP

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Entretien

Le couvre-feu instauré depuis le 23 mars dernier plonge Abdoulaye Makhtar Diop dans le souvenir des précédents qu’il a vécus. « Mais pas avec la même intensité », indique-t-il, dans cet entretien exclusif accordé à Emedia. La précision est de taille.

« Des couvre-feux d’une plus forte intensité, très chargés politiquement, et en violence » Le parlementaire explique pourquoi. « Je condamne les comportements des citoyens sénégalais, (auteurs de sabotages et de provocations qui ont donné lieu à des courses poursuites lors des premiers jours du couvre-feu instauré le 23 mars dernier par le chef de l’État, Macky Sall). Parce qu’ils ne connaissent pas le sens profond d’un couvre-feu. Le dernier couvre-feu à Dakar, c’était en 1988. Ceux qui sont nés cette année-là n’ont jamais vécu de couvre-feu encore moins ceux qui sont nés 10 ans après. La deuxième chose, les conditions de ce couvre-feu, diffèrent totalement des conditions à l’origine de l’autre couvre-feu. Qui naissait de crise politique et de crise grave au sein de la société. Mais je vous dis que la police, la gendarmerie et même l’armée, en tout temps, ont eu ces réactions parce que moi-même, jeune étudiant en 1969, à l’occasion du couvre-feu, nous avions eu des problèmes avec les policiers parce que nous ne comprenions pas. A tel point que même quand on se promenait dans notre cour intérieure, c’est pourquoi les gens ne comprennent pas ce que cela veut dire un couvre-feu. »

« Quand il y a couvre-feu et que le gouvernement veut l’appliquer à la lettre, vous n’avez pas le droit chez vous de mettre plus d’une lampe de plus. Ce point lumineux ne doit même pas donner dans la cour. Et à l’extrême vous utilisez des bougies. Nous avons vécu ça à Dakar, où il est arrivé même des moments l’éclairage public était supprimé. Nous n’avons pas encore atteint ce degré. Donc, il faut que les gens disent aux Sénégalais qu’est-ce que c’est un couvre-feu. Je crois qu’ils vont comprendre petit à petit. Fort heureusement, nous ne sommes pas dans un contexte de crise politique. Parce qu’à l’époque ce sont les partis d’opposition qui alimentaient et aidaient de tels mouvements. Aujourd’hui, on ne peut mettre personne en cause mais l’indiscipline et l’inconscience des jeunes. »

Poursuivant, il ajoute : « En 1969, nous avions la crise de l’Université de 1968, suivie de la grève générale des travailleurs, avec mort d’hommes. En 1988-1989, j’ai été nommé ministre sous le régime du couvre-feu. Et pour vous dire à quel point c’était grave, ce couvre-feu ne s’arrêté qu’à Dakar, ce n’était pas étendu au Sénégal. C’est là où on mesure le degré de solitude du pouvoir. Donc les émotions étaient plus fortes mais aujourd’hui, sans en avoir l’air, je suis un peu casanier. Ce confinement hors de la charge émotive doit permettre aux gens de réfléchir sur leur vie, en société, en famille. Et réfléchir ensemble sur le futur. Et là quand on sortira de cette crise, on pourra le mesurer. »

De ces précédents couvre-feux, l’ancien ministre retient le nom du colonel Massar Diop de la gendarmerie, qui, à l’époque, était capitaine, et qui dit-il, « s’était fait une réputation tellement il mettait de l’ordre dans les quartiers du Plateau. Cet homme les gens de ma génération se rappelleront de lui ».

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