WATERGATE BIENVENUE DANS LA « SCANDAL ROOM » !

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ÉTATS-UNIS

[WASHINGTON] - Imaginons. Imaginons toujours. Imaginons encore aujourd’hui, que le coup des écoutes téléphoniques du Watergate avait marché. Richard Nixon serait sûrement allé jusqu’au terme de son deuxième et dernier mandat de 4 ans. Mais pas que ! Fort probablement, le 37ème Président des États-Unis d’Amérique aurait eu un parcours politique sans faute. Lui qui mit fin à l’intervention américaine au Vetnam ! Lui qui établit des relations diplomatiques avec la Chine après une mémorable visite à Pékin ! Lui, le successeur de Lindon Johnson, lui-même successeur de John Kennedy ; Richard Mulhous Nixon pour ne pas le nommer avait également la réputation d’être l’initiateur de la "Détente" et du "Traité ABM" avec sa grande rivale, l’Union soviétique !

Et tout d’un coup... la vitrine se brise. Et patatras ! La "Maison (blanche)" de l’homme le plus "puissant" de la planète tombe comme un château de cartes. Le collapse (l’effondrement en anglais) fit beaucoup de bruit. Un grand bruit. A cause ou par la grâce de deux jeunes journalistes subitement sortis de l’anonymat. Le Plan A du Président Nixon fut mis en échec. Il n’y eut pas de Plan B. Richard Mulhous NIXON ne passera que... 5 ans 6 mois 20 jours à la White House.

Carl Bernstein et Robert Upshur Woodward dit Bob Woodward, reporters au célèbre quotidien the Washington Post, étaient âgés seulement de 28 ans pour le premier et de 29 ans pour le second. Fouineurs devant l’éternel, les deux confrères révélaient à l’Amérique et au reste du monde, l’un des secrets les plus gardés. Le monde s’effondre, aurait (encore) écrit le romancier nigérian Chinua Achebe. S’en était suivi un grand vacarme dans un silence de cathédrale. Le silence du secret. Le Grand Secret d’une Chambre d’Hôtel, qui a donné son nom au "Sandale du Watergate", fut percé par une enquête journalistique rigoureuse et vigoureuse.

Du journalisme comme on l’aime !

L’Hôtel Watergate ou The Watergate Hotel est, en dépit de sa célèbre, une bâtisse quelconque à première vue. Sa couleur grise en rajoute une couche à son apparence ordinaire. L’adage ne ment pas : les apparences sont souvent trompeuses. Situé au 2650 Virginia Avenue, l’hôtel "5 étoiles" est un des plus connus de Washington, la capitale américaine. L’immeuble est à 5 minutes à pieds de la Maison Blanche. Seuls deux petits kilomètres séparent les deux endroits pour ne pas dire que l’un est à deux jets de pierres de l’autre.

Nous sommes en 1972. L’avenir d’un Président et pas des moindres, se joue dans une chambre. Originellement appelée la "214", la pièce, pas trop grande, que votre serviteur a eu l’occasion de visiter, est vite rebaptisée "Scandal Room". Le visiteur qui pourrait s’attendre à un luxe... scandaleux est plutôt frappé par la sobriété du lieu. Ce n’est sûrement pas la chambre la plus luxueuse du Watergate Hotel, encore moins des autres hôtels célèbres pour leur clinquant à travers le monde. Mais la 214 n’est pas une chambre comme les autres. Elle est la chambre qui suscite le plus de curiosités dans cet hôtel. Inutile de chercher à la convoiter. Elle n’est pas à réserver. Elle est paradoxalement... gratuite pour ses hôtes. Juste une demande de visite exprimée verbalement à la réception et un(e) guide est à votre service. Avec le sourire, s’il vous plaît. Et la disponibilité aussi.

Depuis la découverte de l’affaire d’espionnage politique par le duo infernal Woodward-Bernstein, la "Scandal Room" n’est plus une chambre banale. Elle est même devenue un vrai musée. Musée des archaïsmes ? Ça y ressemble fort. Le matériel qui avait servi de système d’écoute est d’un autre âge en cette ère de révolution technologique. Cependant il était bien de son âge. Autres temps, autres mœurs. Question d’époque. Question de génération. Le curieux visiteur peut voir poser sur une table des équipements rudimentaires à l’image de cette vieille machine à taper ou encore de ce vieux gros lecteur 33 tours. Ils ne sont qu’un exemple parmi les équipements ayant fait leur temps qui ont été laissés sur place. Des témoins vivants de l’histoire même si nous étions loin de la sophistication et de la miniaturisation des objets de nos temps. De vrais mouchards invisibles.

Empruntons la machine à remonter le temps pour mieux comprendre ce qu’il s’était passé. A l’entame de son premier mandat en 1969, l’Amérique venait, en effet, de montrer à nouveau sa grandeur à la face de l’univers. Appolo 11 était alors une véritable démonstration de force dans la conquête de l’espace, autrement appelée "la course aux étoiles" que se livraient l’Union soviétique et les États-Unis. Pour la première fois dans l’histoire spatiale, des hommes, deux astronautes américains en l’occurrence, Neil Armstrong et Edwin "Buzz" Aldrin, se posent sur la lune. Leur compatriote, Michael Collins qui assurait le rôle de pilote du module de commande et de service, est aussi associé à la prouesse planétaire. "C’est un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité", aurait déclaré Armstrong. La petite phrase est devenue célèbre depuis lors. Kennedy l’avait rêvé en fixant l’objectif majeur à la NASA, mais c’est sous la Présidence Nixon que la lune sera finalement conquise.

Sans doute sûr de lui, que rien ne pouvait lui arriver, le chef de la Maison Blanche d’alors avait dû être tenté par le diable. Et il avait momentanément réussi à échapper au scandale du Watergate. L’enquête du FBI sur l’espionnage du siège du Parti Démocrate avait fait long feu et Richard Nixon avait été réélu pour un second mandat en 1972. Mais c’était sans compter avec la pugnacité, l’esprit de suite et le professionnalisme des deux journalistes investigateurs du Washington Post. Grâce à un informateur anonyme, pour ne pas dire une source célèbre pour son anonymat, Bob et Carl réussirent à révéler au grand jour, avec des preuves irréfutables, les liens des cambrioleurs du Watergate avec la présidence et sur les financements irréguliers de la campagne de Richard Nixon.

Que restait-il au Président à faire après le beau travail des confrères en relation avec leur "Deep Throat" ("Gorge profonde") ? Démissionner ou subir l’humiliation d’une procédure d’"Impeachment déjà enclenchée par le Sénat américain ? Le Président Richard Mulhous Nixon préféra le premier terme de l’alternative. L’époux de la First Lady Pat Nixon devint ainsi le premier et l’unique président américain à démissionner. Quelque peu réhabilité par l’histoire, l’homme par qui est arrivé le scandale du Watergate est décédé en 1994 à l’âge de 81 ans.

49 ans après le scandale du Watergate, le locataire de la Maison Blanche s’appelle Joe BIDEN. Un président démocrate avec une vice-présidente, Kamala HARRIS et sa triple particularité pour les États-Unis d’Amérique : la première femme élue à la vice-présidence et sa double origine, noire de la Jamaïque et asiatique de l’Inde. Depuis Richard Nixon et bien avant lui, l’Amérique navigue au gré des alternances entre Républicains et Démocrates. Le pays de l’Oncle Sam s’est même payé le luxe d’élire puis de réélire un certain Barack Hussein Obama, originaire d’Afrique de par son père venu du Kenya pour poursuivre son rêve américain. Et c’est le fils qui réalisera "les rêves de (mon) père" ! Obama, le héros du Yes we can.

Oui l’Amérique est bien ce "Pays du Tout est Possible" ! Ici comme ailleurs, tous les coups sont permis. Du moins en politique. Tout est permis sauf... les coups interdits. Le coup des écoutes téléphoniques du Républicain Richard Nixon en était un. Ses "oreilles" avaient été jugées trop "longues" par les Américains qui étaient tout sauf sourds à ce qu’il s’était passé dans la "Chambre 214".

Finalement, il faut bien se rendre à l’évidence pour conclure l’histoire du Watergate. Le cimetière des ambitions présidentielles a bien un nom depuis ce scandale. Écoute téléphonique. Chambre d’Hôtel. Chambre de... Salon de... Sur bien des "tombes" d’hommes politiques se lit l’épitaphe : "Ci-gît l’Ambitieux imprudent". Les pierres tombales de cette nature sont encore fraîches dans les mémoires. Un politicien averti...

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